Bientôt une nouvelle approche en matière d’approvisionnement en carburant

Elle repose sur la capitalisation de l’expérience du Comité
national des approvisionnements.
La concertation avec la Samir pour la délocalisation de sa raffinerie se
poursuit.
Le rétablissement des droits de douane à l’importation des
produits raffinés n’est pas à l’ordre du jour.

«Une nouvelle approche, pragmatique, en matière d’approvisionnement en produits pétroliers, va bientôt être finalisée», confie à La Vie éco le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Boutaleb. Tout en refusant, pour le moment, d’en décliner les contours, il assure néanmoins que cette approche consistera à «capitaliser» le travail mené depuis une année par le Comité national d’approvisionnement (CNA), regroupant les opérateurs du secteur et dont il est le président. Le CNA a en effet bien fonctionné puisque, en dépit des incendies survenus à la Samir à deux reprises, l’approvisionnement du pays en produits pétroliers s’est déroulé dans de bonnes conditions. Mieux, déclare M. Boutaleb, le programme d’approvisionnement pour le premier trimestre 2004 est déjà au point.
Du coup, la question de savoir si les pouvoirs publics vont rétablir, comme le demande le raffineur, les droits de douane sur l’importation des produits pétroliers suspendus depuis l’incendie de la Samir en novembre 2002 au profit des sociétés de distribution semble de ce point de vue dépassée. Pour le ministre, en tout cas, l’opposition classique distributeurs/raffineur n’est plus de mise, l’essentiel étant d’assurer la sécurité d’approvisionnement du pays.
Faut-il en conclure que les doléances de la Samir (rétablissement des droits de douane et mise en place d’une nouvelle formule de prix, entre autres), formalisées dans une sorte de contrat-programme à conclure avec l’Etat, sont tout simplement rejetées ? Et le projet de délocalisation de la raffinerie de Mohammédia vers Jorf ? Une fois de plus, le ministre reste elliptique sur ces questions: «D’autres solutions existent en ce qui concerne le raffinage et la concertation se poursuit toujours entre le gouvernement et la Samir».

Le raffinage a-t-il encore un avenir ?
Il faut néanmoins rappeler que la Samir, lors de son conseil d’administration du 9 octobre dernier, avait publiquement rejeté l’idée de délocaliser sa raffinerie sur le site de Jorf Lasfar, même si, pour faire bonne mesure, elle acceptait, si une nouvelle raffinerie était construite, d’y participer en tant qu’actionnaire minoritaire. Or, ce dont il s’agit, ce n’est pas de construire une nouvelle raffinerie – qui coûte en effet cher – mais de déplacer l’actuelle. De nombreux observateurs estiment aujourd’hui que, même si le marché évolue au rythme de 4 % l’an, une deuxième raffinerie au Maroc ne se justifie pas. Un expert des questions pétrolières va plus loin: «Dans un pays comme le Maroc où la consommation est de 6 millions de tonnes, même une raffinerie est à peine économiquement viable. Voyez la Mauritanie : elle avait une raffinerie, elle n’en a plus. Le pays s’approvisionne directement en produits finis et il y gagne énormément». Et la sécurité des approvisionnements alors ? «Ce que l’on oublie de dire ou que l’on ne veut pas dire, c’est qu’un pays non producteur de pétrole est de toute façon dépendant de l’extérieur. Qu’il importe par le biais de son raffineur ou par le biais des sociétés de distribution, quelle différence ? L’essentiel n’est-il pas que le produit soit disponible, de meilleure qualité et, si possible, à bon prix ? C’est cela l’enjeu aujourd’hui», conclut notre interlocuteur.
On le voit, la réflexion sur ce dossier évolue à mesure que la libéralisation totale du marché approche. Bien sûr, la décision de se passer d’un raffineur est toujours difficile à prendre, et il n’est pas dit d’ailleurs que c’est la configuration vers laquelle on s’oriente.
Mais une chose paraît évidente : ce que l’Etat peut exiger d’un raffineur, en termes de disponibilité et de qualité des produits, il peut tout aussi bien l’exiger des importateurs – nonobstant les considérations sociales qui pourraient en découler.
En tout cas, la Samir est aujourd’hui sommée de se mettre à niveau si elle veut préserver son existence ; et avant d’être une recommandation des pouvoirs publics, cela est d’abord une exigence du consommateur