Bientôt un seul gestionnaire pour les gares routières

Les services du ministère de l’intérieur sont en train de réfléchir au schéma à  mettre en place. Selon les premières indiscrétions, la Société nationale des transports et de logistique est bien placée pour être choisie. Le ministère en charge du transport va progressivement imposer la billetterie électronique à  partir de 2015.

C’est la révolution que beaucoup attendaient. Très prochainement, les gares routières devraient être modernisées et leur mode de gestion réorganisé. La réflexion est en tout cas lancée au niveau des ministères du transport et de l’intérieur. Intervenant il y a quelques jours en marge de l’inauguration de la nouvelle gare de la CTM à Tanger, Mohamed Najib Boulif, ministre en charge du transport, a annoncé que l’idée envisagée est de confier la gestion de l’ensemble des sites à un seul opérateur. Les services du ministère de l’intérieur sont en train de réfléchir à une vision à l’horizon 2020 et au schéma à mettre en place.
L’idée d’un seul gestionnaire pour les gares n’est pas nouvelle. Elle avait déjà été évoquée entre 2007 et 2008 par les pouvoirs publics. Mais à l’époque, ces derniers avaient préféré temporiser, le temps de mener une expérience pilote afin de mieux cerner la pertinence de ce modèle. C’est ce qui s’est concrétisé à travers la concession de la gestion de la gare de Kénitra à la Société nationale des transports et de logistique (SNTL).
«Actuellement, la gare de Kénitra est un exemple où le modèle de gestion mis en place a permis de se débarrasser de certains problèmes, à commencer par l’intermédiation», explique Abdelillah Hifdi, président de la Fédération du transport à la CGEM. Ces intermédiaires ont précisément été écartés à la faveur du système électronique de billetterie mis en place. Depuis, la spéculation sur les billets qui s’intensifiait à l’approche des périodes de forte affluence est circonscrite.

La SNTL étudie l’opportunité de créer une filiale dédiée à la gestion des gares routières

L’idée est donc de généraliser cette expérience. A ce niveau, il paraît que le choix de la SNTL s’impose de lui-même. D’abord, parce qu’elle a fait ses preuves à Kénitra. Ensuite, cette société est déjà actionnaire dans huit gares routières à travers le Royaume, ce qui renforce naturellement son implication dans leur gestion et faciliterait leur concession. Enfin, elle semble très intéressée par cette activité. Courant 2014, la SNTL a même soumissionné à deux appels d’offres relatifs à la gestion de gares routières à Meknès et à Dakhla. Dans la première ville, l’implémentation du système de gestion est en cours, tandis que dans la seconde où la gare est nouvelle, la SNTL devrait partager la gestion avec quatre autres compagnies privées que sont la CTM, Supratours, SAT et SATCOM. Parallèlement, la société mène une étude destinée à évaluer l’opportunité de créer une filiale dédiée à la gestion des gares routières. Ce travail est confié au cabinet de conseil Capital Consulting. On peut même dire que la balance semble déjà pencher de son côté. Il reste maintenant à savoir si le schéma envisagé va réellement porter ses fruits. A ce niveau, les transporteurs ne manquent pas de soulever une problématique majeure : le chevauchement entre la réforme des gares routières menée par le ministère de l’intérieur et celle conduite par le département du transport. En effet, hormis les gares routières privées qui appartiennent aux opérateurs comme la CTM, les autres sont toutes sous la tutelle du ministère de l’intérieur, à travers les communes urbaines. Logiquement, c’est donc ce département qui est censé mener le projet. Or, la réforme globale du secteur du transport de voyageurs, qui est conduite par le ministère en charge du transport, comprend un volet lié aux gares routières. Le contrat programme du transport de voyageurs comprend des dispositions qui commenceront à être appliquées par le ministère en charge du transport à partir de ce début d’année. Il est ainsi prévu d’introduire progressivement, à partir de 2015, la billetterie électronique dans l’ensemble des gares. Les équipes de M. Boulif devraient également mener une étude pour analyser la situation réelle de chacune des gares. Un cahier des charges devrait alors être conçu et imposé aux gestionnaires. On se demande comment cela pourrait se concrétiser alors que le ministère du transport n’a pas actuellement d’autorité sur ces gares. Autant dire que le problème de la tutelle de ces enceintes est bien complexe et qu’il faudra s’y pencher avant de prétendre à une réforme en profondeur des gares routières.