Bientôt les élections pour la présidence de la Fédération du tourisme, quel bilan pour Othmane Chérif Alami ?

Tous les objectifs fixés n’ont pas été atteints, reconnaît-on à  la FNT, mais beaucoup a été fait. Des professionnels reprochent au président sortant le manque de mesures concrètes en faveur du secteur.

Plus qu’une semaine avant que le mandat de trois ans de Othman Chérif Alami à la tête de la Fédération nationale du tourisme arrive à son terme (FNT). Selon les statuts de cette fédération, l’assemblée générale élective d’un nouveau président doit se tenir dans les 6 mois qui suivent, mais à la FNT on affirme que ces élections se tiendront bien avant. Ce dernier sera-t-il candidat ? Si dans la profession on affirme qu’il entend bel et bien se représenter, l’intéressé, lui, refuse de se prononcer sur le sujet. Une chose est sûre, la concurrence sera vive, puisque deux autres professionnels au moins visent le poste. Quel bilan pour le président sortant ? Les engagements sur lesquels M. Chérif Alami avait été élu il y a trois ans ont-ils été réalisés ?
L’on se rappelle en effet que lors de sa campagne électorale, il s’était engagé sur trois points tous aussi importants les uns que les autres : faire de la FNT un interlocuteur privilégié des pouvoirs publics pour faire avancer le secteur, suivre l’évolution de la Vision 2010 et participer à l’élaboration de la Vision 2020 et, enfin, développer les services aux membres.
Il faut dire d’emblée que si la FNT dresse un bilan plutôt positif de son action durant ces trois  années, même si elle concède que toutes les doléances n’ont pas abouti, ce n’est pas l’avis des autres professionnels qui ont été invités à s’exprimer sur ce bilan. Il faut être dans le bain pour comprendre, semble dire M. Chérif Alami qui se défend : «Nous avons travaillé en bonne intelligence avec le ministère du tourisme et nous sommes allés au front en essayant d’être convaincants, mais on n’a pas toujours eu gain de cause, et ça n’a pas toujours été facile». Plus concrètement, on affirme à la FNT que cette dernière n’a pas été étrangère à la mise en œuvre du programme Cap 2009 pour faire face à la crise en convainquant le gouvernement d’injecter 350 MDH dans la promotion pour résister à cette crise. On cite aussi la mise en place du fonds de soutien aux hôteliers, Rénovotel 2, la contribution à l’élaboration de la loi pour organiser le métier des guides accompagnateurs, l’élaboration du cahier des charges pour les transporteurs touristiques, la nouvelle loi sur le classement des hôtels qui est au Secrétariat général du gouvernement, ainsi que l’élaboration de la convention collective pour le secteur hôtelier.
Sur le deuxième axe, celui du suivi de la Vision 2010 et de la préparation de la Vision 2020, la FNT se targue d’avoir dès le mois de mai 2008 dressé un «bilan stratégique de la Vision 2010» et rédigé un mémorandum des points forts et des points faibles de cette vision en plaidant notamment pour une meilleure gouvernance, une meilleure valorisation des ressources humaines et pour le rattrapage du retard en matière de formation. Pour la préparation de la Vision 2020, la FNT affirme s’être battue pour que le secteur privé ait son mot à dire et qu’il soit bien représenté au sein du comité de préparation en faisant appel à toutes les compétences, et ce, malgré des divergences profondes avec certains professionnels. Entendez les professionnels regroupés au sein de l’Association nationale des investisseurs touristiques. Par ailleurs, le président de la FNT et son binôme Ali Ghanam, président de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH) se sont investis avec le ministère de tutelle pour l’élaboration et la rédaction de cette Vision 2020. L’on rappelle qu’ils étaient toujours présents lors de la tournée du ministre dans les régions.
Pour ce qui est des services aux membres de la fédération, il faut reconnaître que la FNT a réalisé au cours de ces trois années des études utiles (ILVT, poids du secteur dans l’économie, impact des droits de douane sur l’investissement…),  mais qui demandent une mise en œuvre plus perceptible sur le terrain.

Des fédérations sectorielles molles, voire inertes

C’est précisément ce que certains, des plus indulgents parmi les professionnels, reprochent à la FNT. En outre, fait remarquer un hôtelier, des choses intéressantes ont été réalisées par la FNT, mais force est de constater qu’elle n’a pas joué son rôle sur un bon nombre de dossiers qui sont totalement ou partiellement de son ressort comme l’amélioration de la qualité de service, la formation, l’assainissement de certaines professions. Conclusion : «Il y a pas mal de choses qui sont signées, mais on ne voit rien sur le terrain».
Dur constat que le président du CRT de Marrakech, Hamid Bentahar, atténue néanmoins. Selon lui, «la FNT n’a pas été dans une posture facile et dispose de peu de moyens à la fois humains et financiers pour jouer son rôle qui est de fédérer les professionnels, car il y a un vrai savoir-faire chez ces derniers dont elle devrait profiter». Il faut aussi, poursuit M. Bentahar, professionnaliser les associations métiers, et pour cela, il n’y a qu’à observer ce qui s’est passé dans d’autres pays dont certains ont réussi à créer des mécanismes pour dynamiser ces associations, conclut-il. Il est vrai qu’à l’exception de la FNIH, les autres fédérations professionnelles restent molles, voire inertes.
Un autre professionnel qui s’exprime, pour la circonstance, de manière anonyme, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Selon lui, la FNT a ramené les professionnels plusieurs années en arrière, car, aujourd’hui, l’administration décide seule de tout. Il en veut comme preuve la gestion du budget de promotion par le seul Office du tourisme. Il fait remarquer, par ailleurs, que la création des agences régionales du tourisme pour remplacer les CRT dans le cadre de la Vision 2020 va aboutir à la marginalisation des professionnels. D’après lui, des signes avant-coureurs montrent que ces agences régionales vont être de vrais établissements publics. Bref, les avis semblent être partagés.