Banques participatives : l’activité continue de s’améliorer

Le retard dans la publication des textes réglementaires pèse sur les banques. Une fois l’assurance Takaful opérationnelle, les banquiers devraient se heurter au manque de produits de placement des fonds. Par manque d’opportunité d’emploi, certaines écoles supérieures ne fournissent plus de formation sur la finance participative. L’année 2019 devrait finir sans changement dans les parts de marché.

L’activité des banques participatives continue de s’améliorer. Les 5 banques et 3 fenêtres participatives que compte le secteur devraient clôturer l’année sous une note favorable, comme l’atteste la hausse de l’encours global des dépôts et des crédits. Si le 1er a augmenté de 56% à fin novembre pour atteindre 2,7 milliards de DH, le second, lui, s’est inscrit en progression de 87% à 8,6 milliards de DH. Le nombre de clients, lui, se situe à près de 79 000.

L’année 2019 devrait finir sur le même ordre de grandeur, sans changement dans les parts de marché, sachant que Umnia Bank, Bank Assafa et Dar Al Amane représentent le trio de tête avec une part de marché global qui dépasse 60%. Sans surprise, le financement Mourabaha immobilier représente toujours le gros du financement avec 88%. C’est dire que les banques continuent d’accorder des financements pour l’acquisition d’un bien immobilier, pour satisfaire les besoins d’une clientèle demandeuse. Sauf que, autant les banques se sont aventurées à leur lancement à accorder ce type de financement sans qu’il soit adossé à une assurance Takaful, autant ces opérations commencent à peser sur les banques.

Des cas de décès ont été enregistrés (de la personne contractant un bien immobilier), sans grande incidence sur la banque ou les ayants droit, parce que réglés à l’amiable. Dans ces conditions, les banques sont devenues légèrement frileuses et les clients également.

L’assurance Takaful n’est certes pas la seule contrainte. Les banques font toujours face à la rareté des ressources. D’ailleurs, le taux d’emploi se situe autour de 300%. Cette difficulté, les banques ont tenté de la résoudre en faisant appel aux conventions d’investissement «wakala bil istithmar» que Bank Assafa était l’instigatrice.

Ce moyen de refinancement a constitué certes une bonne alternative au problème des ressources, mais «cela reste insuffisant et revient plus coûteux. L’argent est confié par la banque mère moyennant une rémunération. Celle-ci est due sur un court terme alors que le placement de cet argent, dans des produits participatifs évidemment ne génère des gains que sur le long terme», explique un banquier. En tout cas, ce sont les deux premières banques qui ont massivement recours à ce produit, car elles se sont lancées dans le financement de la clientèle des particuliers, de manière assez massive. Ce qui les a obligés à trouver des solutions alternatives.

Cette année a vu le lancement des dépôts d’investissement également. Umnia Bank était la première à mettre en place ce produit. Bank Assafa l’a suivie timidement à partir du second semestre de l’année passée. La banque estime avoir fait appel aux conventions d’investissement pour financer son activité, ce qui lui a permis de disposer d’une assise financière confortable, sans pour autant faire appel à ces dépôts rémunérés.

«Les résultats sont satisfaisants certes, mais le secteur pâtit toujours des mêmes problématiques. Cela fait trois ans que nous attendons la publication officielle des textes législatifs réglementant Takaful. Le législateur a reporté encore une fois le délai au 1er trimestre de cette année. Si cela est effectif, les banques participatives devraient connaître donc un vrai démarrage», explique un professionnel du secteur. Notre source assure que les principales compagnies de la place, à savoir RMA, Wafa assurance, Saham, Atlanta et Axa assurance, ont fourni à l’ACAPS un dépôt préalable du dossier pour obtention d’agrément, en attendant la sortie des textes.

Il faut savoir que l’assurance Takaful n’est pas la clé de voûte du secteur bancaire participatif. Une fois opérationnelle, se pose alors tout un problème lié au placement des fonds. L’opérationnalisation de l’assurance Takaful est question de quelques semaines.

Qu’en est-il alors du rendement relatif au placement des fonds collectés en l’absence d’un marché de capitaux ? «Il n’existe, à cette heure, aucun placement rémunérateur, à part les comptes d’investissement qui offrent en moyenne 2%. On n’est pas sortis de l’auberge !», ironise notre source. D’où la nécessité de développer un marché des capitaux avec un indice Sharia compliance. Notons à ce stade que la bourse a achevé son travail sur cet indice et l’a remis à l’AMMC pour validation. En revanche, aucune visibilité ne se dresse sur la partie liée à l’asset management ou encore les OPCI, sur lesquels les contrats de Takaful devraient s’adosser. Les lois doivent changer sur ces compartiments aussi et cela relèverait encore une fois du parcours du combattant. Pour faire un topo global et rapide, ce secteur, vu le potentiel qu’il recèle mais aussi les retards qu’il accuse, requiert un régulateur officiel, qui orchestrerait les avancements de tous les acteurs de l’écosystème. «Chaque entité travaille en silo, sans concertation, sans groupement. Ce qui implique des retards et des divergences de visions», explique notre source. Le secteur est dans une situation telle que certaines universités et écoles supérieures ont mis en stand by leur cursus relatif à la finance participative, comme l’UIC, l’UIR, Mundiapolis, financité…, en l’absence de postes d’emploi et de visibilité quant à l’évolution du marché de travail des lauréats.