Banques participatives : de nouvelles règles pour le provisionnement des créances en souffrance

Ces établissements devraient bientôt appliquer des règles de classification des créances. Ils s’y préparent déjà mais craignent que ces règles n’entravent leur développement et ne brident leur rentabilité.

L’écosystème des banques participatives est toujours en cours de constitution. Alors que la mise en place de l’assurance Takaful est proche et que d’autres produits de financement sont près d’entrer en application (ijara mountahia bi tamlik), un autre projet est en gestation. Il s’agit des règles prudentielles relatives essentiellement à la classification des créances en souffrance et à la constitution de provisions auxquelles elles doivent se conformer.

Bank Al-Maghrib est en train d’élaborer un texte et les discussions sont avancées avec les différentes banques. Même si ce projet n’est pas encore effectif, certaines banques, voulant prendre de l’avance, sont en train de se préparer à ce risque de crédit. «Les critères de classification des créances rentrent dans le même cadre de la norme IFRS9 imposé aux banques conventionnelles. L’objectif est double. D’un côté, les banques participatives pourraient mieux gérer leurs créances. D’un autre, cela constitue un travail préalable à leur maison mère lors de la consolidation des comptes et donc des crédits accordés à la clientèle de leur filiale», explique un opérateur du marché.

Pour l’heure, les banques jouent leur propre partition. Si l’une d’entre elles provisionne ses créances dès la première échéance impayée, l’autre entame la provision à partir de la troisième. Généralement, les banques participatives s’alignent sur les ratios de leur maison mère. Cela pour les plus prévenantes, les autres, elles, attendent la publication officielle du texte pour appliquer ces règles et sont donc en phase de simulation.

L’équation de la norme IFRS 9

Pour Ahmed Tahiri, directeur des opérations au sein d’Al Maali Group, «l’activité de financement vient de démarrer au sein des banques participatives. Ainsi, il n’existe pas réellement un stock de créances en souffrance pour le moment». Cependant, une application stricte de la classification des créances et de constitution des provisions selon la norme IFRS 9 aura un double impact négatif. Tout d’abord, le provisionnement des créances saines affectera directement la rentabilité des banques participatives qui n’ont pas encore atteint leur seuil de rentabilité et ceci risque de le retarder davantage.
Le second impact, toujours selon M.Tahiri, concernerait le projet d’implémentation de la norme IFRS 9. En effet, cela suppose que les banques vont devoir orienter une partie de leurs ressources humaines à ce chantier au lieu d’avancer dans les projets de diversification de leur offre. Ce qui pourrait constituer un manque à gagner et freiner leur développement.

Manque de ressources

Sur un autre registre, la plupart des banques pâtissent d’un manque de ressources. Même avec le recours aux conventions d’investissement (wakala bil istithmar), moyen de refinancement auprès de leur banque mère, elles ont du mal à satisfaire la demande. «Elle est encore plus importante qu’avant et les dépôts ne sont pas suffisants pour financer les besoins d’acquisition de biens immobiliers ou autres», se désole un banquier. Ce qui a eu pour conséquence le renchérissement du coût de financement pour certaines, le resserrement des conditions de financement pour d’autres, ou, encore, la réduction de l’octroi de crédits, en attendant l’implémentation d’autres produits. A fin juillet, l’encours des financements Mourabaha a atteint 7,2 milliards de DH dont 90% accaparés par la Mourabaha immobilier. En face, l’encours des dépôts s’affiche à 2,4 milliards de DH. L’encours de la Wakala bil istithmar, lui, s’établit à 2,6 milliards de DH. «Cet état de fait, conjugué à l’obligation prochaine de respecter des ratios prudentiels, devrait inévitablement enfoncer le manque de liquidité, poussant les banques à augmenter davantage leur coût de financement», conclut notre source.

Assurance Takaful Banques participatives
Assurance Takaful Banques participatives

 

L’activité de financement des banques participatives ne devrait prendre son élan qu’après la mise en place effective de l’assurance Takaful. Banquiers comme certains clients potentiels attendent ardemment ces contrats. Pour Said Amaghdir, président de l’Association marocaine des professionnels de la finance participative (AMFP), «l’entrée en vigueur de Takaful se fera avant le 4e trimestre. Les derniers réglages sont effectués». Dès que les textes d’application entreront en vigueur, les compagnies d’assurance et de réassurance qui voudront exercer cette activité pourront déposer leur demande d’agrément auprès de l’ACAPS, qui devrait le leur octroyer rapidement, puisque tous les critères d’éligibilité sont déjà ficelés.