Banques marocaines : 17 pays africains conquis en quelques années

Tunisie, Mali, Sénégal, Burundi, Bénin, Gabon…, des participations directes ou par filiales interposées. L’essentiel s’est fait entre 2004 et 2008.
Dans certains pays, elles contrôlent jusqu’à  40% des dépôts.

Après quelques percées timides au cours des années 90, impulsées notamment par des considérations politiques (coopération bilatérale), de BMCE Bank au Mali, de la Banque centrale populaire en Guinée et en République Centrafricaine, voire de l’ex-Wafabank en Tunisie (participation minoritaire dans la Biat), les deux principales banques privées marocaines, BMCE Bank et Attijariwafa bank, se sont imposées, en l’espace de quelques années, comme des mastodontes en Afrique. Résultat, au 1er janvier 2009, les trois plus grandes banques commerciales marocaines étaient présentes dans 17 pays.
Le groupe BMCE Bank a d’abord ouvert une banque d’affaires au Sénégal (BMCE Capital Dakar) avant de prendre le contrôle de la Congolaise de banque (LCB) en République du Congo (capitale Brazzaville). Elle a été rejointe dans cette stratégie d’«africanisation» par son concurrent direct, Attijariwafa bank. Cette dernière s’est d’abord déployée, en 2005, au Maghreb, en reprenant et en redressant la Banque du Sud (devenue Attijari Bank Tunisie), aujourd’hui l’une des banques les plus dynamiques de la Tunisie, avant de s’ériger, à la fin de 2007, comme le leader incontesté au Sénégal, suite à une politique de croissance interne volontariste et à une expansion externe agressive (acquisition de 2 banques locales). Il faut souligner à cet égard que cette banque a pratiquement marché sur les traces de l’ex-Wafabank qui, au moment de la fusion avec la BCM, avait déjà ficelé un projet dans ce pays, qui tardait à être concrétisé.
Toujours dans la zone ouest-africaine, BMCE Bank a pris le contrôle de Bank of Africa (BOA), groupe bancaire présent dans 11 pays et considéré comme le 3e réseau bancaire dans l’espace Union économique et monétaire ouest- africaine (UEMOA). La banque marocaine ambitionne, à travers ce nouveau bras armé en Afrique, de s’ériger en banque de référence en Afrique subsaharienne. Entrée en 2008 au Burundi, BOA prépare de nouvelles implantations, notamment au Cameroun et dans les pays anglophones.
Pour ne pas se laisser distancer, AWB, en juillet 2008, a cassé sa tirelire en payant près de 700 MDH pour acquérir 51 % de Banque Internationale du Mali (3e banque du pays en total bilan), avant de rafler, à l’automne 2008, cinq banques à la fois, rachetées au groupe français Crédit Agricole. Cette dernière opération, au coût total de 2,8 milliards de DH, consolide son leadership au Sénégal (Crédit du Sénégal a renforcé sa part de marché de dépôts, déjà estimée à 30 %). Elle lui permet, surtout, de prendre des positions importantes dans des pays aux secteurs financiers assez dynamiques tels le Cameroun (Société camerounaise de banques), le Congo-Brazzaville (Crédit du Congo) et la Côte d’Ivoire où il aura à en découdre avec les filiales de son compatriote marocain (respectivement LCB et BOA Côte d’Ivoire) et, enfin, au Gabon (Union Gabonaise de Banques). Le management de ces deux banques regarde maintenant du côté de l’Algérie, de la Libye et d’autres pays africains. AWB et la BCP ont d’ailleurs déjà obtenu des agréments en Mauritanie. La banque publique, qui contrôle depuis plus de 15 ans la deuxième banque en Centrafrique (Banque populaire maroco-centrafricaine) et la Banque populaire maroco-guinéenne, ambitionne également de rattraper son retard par rapport à ses deux consœurs marocaines.

Le quart des bénéfices sera réalisé à l’international d’ici 2010
Mais les banques marocaines n’ont pas le monopole de cette stratégie africaine. Elles font face, dans l’ensemble des territoires ciblés, à l’arrivée de grosses pointures de l’Afrique anglophone comme la nigériane United bank of Africa, qui vient d’ailleurs d’évincer AWB sur un deal au Burkina (privatisation de la Banque internationale du Burkina). Pour l’instant, la contribution potentielle des nouvelles filiales africaines au niveau des comptes consolidés de leurs nouvelles maisons mères marocaines est davantage visible au niveau du produit net bancaire (PNB) ou du total bilan qu’au niveau du résultat net part du groupe. Les raisons? Des efforts de restructuration qui ne sont pas totalement achevés pour les filiales tunisiennes et sénégalaises de AWB, et l’effet de dilution de la détention pour BMCE Bank, qui ne contrôle que 42,5 % de BOA qui, elle-même, ne détient pas 100 % de ses propres filiales. Mais, d’ici 2010, la Banque de détail à l’international (BDDI) devrait représenter au moins 25 % de la capacité bénéficiaire. Les observateurs tablent sur un meilleur potentiel de croissance que représentent de nouveaux relais par rapport au marché domestique marocain, sans compter la volonté manifeste des nouveaux actionnaires d’administrer une politique de croissance interne intensive (comme c’est le cas actuellement chez AWB Sénégal et AWB Tunisie). D’ores et déjà, ce ratio est atteint chez AWB pour le PNB consolidé auquel les entités africaines contribuent à 26 % à fin 2007 (comptes pro-forma).