Banques : les dépôts baissent de 1,5% au premier trimestre par rapport à  décembre 2008

La tendance est principalement dictée par les comptes courants en recul de 9,5%.
Le coefficient de réemploi approche les 90%.
La part des MRE dans les dépôts s’est stabilisée à  20,4%, contre une moyenne de 22,2% au cours des trois derniers exercices.

L’année 2009 marque vraisemblablement une véritable inflexion dans la structure bilantielle du secteur bancaire marocain et par ricochet du refinancement de l’économie marocaine. En effet, la publication des états des ressources et emplois du secteur bancaire, à fin mars 2009, confirme une tendance lourde que l’on a mis du temps à assimiler comme telle. Celle du fléchissement des dépôts bancaires qui ont fait le lit d’une surliquidité qui a caractérisé le secteur pendant plus d’une décennie. D’ailleurs, pour éviter les tensions sur le marché monétaire, Bank Al Maghrib  injecte chaque semaine de 10 à 15 milliards de DH et ce, malgré la baisse du taux de la réserve monétaire censée mettre les banques plus à l’aise.
Plus inquiétant pour le secteur bancaire, c’est pour la première fois depuis longtemps que l’encours des dépôts est en régression, pendant tout un trimestre, le premier de l’année en cours en l’occurrence. En se situant à 557,2 milliards de DH à fin mars 2009, ces dépôts sont en recul de 1,5% par rapport à fin 2008 et ce, principalement du fait des comptes courants qui dévissent de 9,5% à près de 84 milliards de DH. Cela reflète une très forte tension sur la trésorerie des entreprises dont le carnet de commandes à l’export se dégonfle et les délais de paiement domestiques s’allongent en moyenne, selon les derniers constats des affactureurs, de 120 jours à 150 jours.

L’encours des crédits progresse moins rapidement
Pour leur part, les comptes chèques sont également en berne avec des encours qui régressent de 1,1% à 216,2 milliards de DH. Là aussi, la situation est délicate puisqu’il s’agit de la partie la plus stable et la moins onéreuse (ressources non rémunérées). Quant à la part des MRE dans les dépôts de la clientèle, elle se stabilise à 20,4%, à 5,1 milliards de DH, contre une moyenne de 22,2% au cours des trois derniers exercices.

Les crédits d’équipement se maintiennent
En face de ce tarissement des ressources, le «credit-crunch» tant redouté ne s’est point produit. Tout au plus, l’on constate une décélération dans la croissance des encours qui s’établissent à 527,8 milliards de DH, soit une évolution de 1,8% par rapport à fin décembre 2008 et +20,2% par 12 mois glissant. Indéniablement, la locomotive de ce mouvement se situe plutôt du côté des crédits à l’immobilier (promotion immobilière et accès à la propriété) qui gagnent 10,6% en trois mois à 158,4 milliards de DH. Une situation qui tord le cou aux craintes d’une récession immobilière annoncée tout en reflétant un certain retour vers moins d’exubérance par rapport à des progressions de 30%, voire 40%, enregistrées chez certains établissements bancaires entre 2007 et 2008. A ce propos, il est à souligner que les crédits à la promotion augmentent à un rythme beaucoup plus rapide  que les financements de l’acquisition. Les premiers se sont appréciés de 24,3% par rapport à décembre à 56,3 milliards de DH tandis que les seconds n’ont pris que 4% à 102 milliards de DH. Ce qui prouve par ailleurs qu’il y a des mises en chantiers mais les achats ne suivent pas au même rythme.
Les crédits à l’équipement arrivent à tirer leur épingle du jeu en se hissant à 104,7 milliards de DH, soit une progression de 6,4% sur trois mois et, surtout, à un rythme d’évolution plus soutenu que celui des crédits à la consommation qui affichent, eux, une évolution de 5,1% sur la même période.
Est-ce pour autant que l’investissement constituera le principal moteur de la croissance économique en 2009 (que les conjoncturistes situent entre 5% et 5,7%) ? C’est sans doute assez prématuré et réducteur de tirer des conclusions, mais la demande interne est déjà poussive en fléchissement comme en témoignent certains indicateurs (immatriculations de voitures neuves, taux d’impayés chez les opérateurs des crédits à la consommation…).
Dans le sillage de ces évolutions contrastées (crédits et dépôts), le taux moyen de «réemplois» des banques marocaines atteint des niveaux jamais égalés dans la durée. Aussi, cet indicateur frôle désormais les 90% contre 71% en début 2006. A ce rythme, les établissements bancaires devraient bientôt utiliser structurellement d’autres moyens de refinancement pour continuer à produire du crédit.
D’ailleurs, les statistiques à fin mars 2009 dénotent déjà de sorties plus fréquentes sur le marché pour le refinancement aussi bien des besoins structurels que d’appoint de trésorerie. A titre d’illustration, l’encours des titres de créances émis s’est accru de 69% en un an pour atteindre 32 milliards de DH, porté en cela essentiellement par les titres de créances négociables (TCN) auxquels les banques ont fait massivement appel depuis l’été 2008 où bon nombre d’entre elles se sont retrouvées en porte-à-faux vis-à-vis du ratio de liquidité.
Par ailleurs, pour tenter de pousser le taux de bancarisation au-delà  de 30%, les banques commencent à se lancer sur le segment des populations à faible revenu par des offres dédiées de sorte à augmenter leurs ressources (
voir cet article).