Bank Al-Maghrib table sur une évolution stable de l’économie

L’inflation devrait atteindre 1,8% en 2018 et revenir à 1,5% en 2019 contre 0,7% en 2017. Le taux de croissance devrait, quant à lui, se situer à 4% en 2017 et 3,3% en 2018, avec une légère accélération à 3,5% en 2019. Le taux directeur est maintenu à 2,25%.

«La mise en œuvre de la réforme du régime de change, entamée le 15 janvier dernier, a suscité une réaction positive des marchés et a bénéficié d’un accueil favorable de la part des institutions concernées, aussi bien nationales qu’internationales», s’est félicité Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib. Malgré tout, il a refusé de se prononcer sur l’éventualité d’un nouvel élargissement de la bande de fluctuation du dirham, au cours de l’année 2018. Le wali de Bank Al-Maghrib a indiqué que, depuis l’entrée en vigueur de la réforme du régime de change, le montant en devises servi par la Banque centrale aux banques a atteint 320 millions de dollars, dont 240 millions ont été avancés, entre le 15 janvier et le 12 février, et 80 millions le 20 mars ; ce qui dénote, selon lui, d’un «bon fonctionnement» du marché de change interbancaire.

Ces déclarations ont été faites lors de la conférence de presse qui a suivi la première réunion de l’année du conseil de la banque tenu, mardi 20 mars à Rabat. Au cours de cette séance, les membres ont examiné l’évolution récente de la conjoncture économique et les projections macroéconomiques pour les huit prochains trimestres. Eu égard à l’évolution à moyen terme de l’inflation et de la croissance, le conseil a jugé que le niveau actuel du taux directeur est approprié et a décidé de le maintenir inchangé à 2,25%.

C’est ainsi qu’en 2017 l’inflation a connu une décélération à 0,7%, du fait d’un recul des prix des produits alimentaires à prix volatils. Sa composante sous-jacente s’est, en revanche, accélérée à 1,3%, après une sensible baisse temporaire de 0,8% en 2016. L’inflation devrait atteindre 1,8% en 2018, portée notamment par le relèvement des tarifs réglementés, et revenir à 1,5% en 2019. C’est certainement pour anticiper cette tension, pourtant modérée, que l’institution a fait preuve de sagesse en maintenant le taux directeur à son niveau actuel, alors qu’avec des prix qui évoluent très lentement -du moins à ce jour-, il existe une petite marge pour mettre un peu d’huile dans le moteur de la consommation pour stimuler un peu plus la croissance.

Les activités non agricoles évoluent mollement

Cette croissance, elle, se serait accélérée à 4% en 2017, grâce à un rebond de 14,8% de la valeur ajoutée agricole, tandis que la progression de celle des activités non agricoles se serait limitée à 2,7%.
Pour 2018, Bank Al-Maghrib table sur une production céréalière autour de 80 millions de quintaux et une hausse de la valeur ajoutée agricole de 2,3%. En parallèle, les activités non agricoles poursuivraient leur reprise avec un taux de 3,2%, ce qui amènerait la croissance globale à 3,3%. En 2019, cette dernière s’accélérerait à 3,5%, avec une amélioration de la valeur ajoutée agricole de 1,8% (sous l’hypothèse d’une production céréalière moyenne de 70 millions de quintaux) et une augmentation de celle des activités non agricoles de 3,6%. Sur le marché du travail, l’économie nationale a créé, en 2017, 86 000 emplois dont 42 000 dans le secteur primaire, 26 000 dans les services, 11 000 dans le BTP et 7000 dans l’industrie. En parallèle, l’année a enregistré une entrée nette de 135000 demandeurs d’emploi, avec une légère baisse du taux d’activité de 0,3 point à 46,7%. Par conséquent, le taux de chômage est passé de 9,9% à 10,2%. A ce jour, les pouvoirs publics semblent incapables de trouver une réponse. Quel que soit le profil de la croissance, le chômage reste autour de 10%.

Au niveau des finances publiques, l’exécution budgétaire, au titre de 2017, s’est soldée par un déficit de 3,6% du PIB. Les recettes ont ainsi augmenté de 5,7%. En parallèle, les dépenses globales se sont alourdies de 2,7%, avec des hausses de 8,7% de la charge de compensation à 15,3 milliards de DH et de 5,1% de l’investissement. A moyen terme, le déficit devrait s’établir en moyenne à 3,2% du PIB, en 2018 et 2019.

Au plan des comptes extérieurs, l’année 2017 a enregistré une progression notable des exportations de biens de 9,4%, avec un net rebond des recettes voyages de 8,5% à 69,7 milliards de DH et une amélioration des transferts des MRE de 4,5% à 65,4 milliards. Les importations de biens se sont, quant à elles, accrues de 6,4%, tirées par une augmentation sensible de la facture énergétique de 27,4% à 69,7 milliards de DH. Tenant compte d’une entrée des dons du CCG de 9,5 milliards de DH, le déficit du compte courant se serait allégé de 4,4% à 3,8% du PIB. A moyen terme, la dynamique des exportations devrait se poursuivre et les recettes voyages maintenir un rythme de croissance soutenu de 5,7%, en 2018, et de 5,2%, en 2019, tandis que les transferts des MRE progresseraient respectivement de 5% et 4,1%. En ce qui concerne les importations, leur rythme s’accélérerait à 7,1%, en 2018, en raison de l’accroissement prévu de la facture énergétique et des acquisitions de biens d’équipement, avant de ralentir à 4,2%, en 2019. En tablant sur l’entrée du reliquat de 7 milliards de DH des dons du CCG en 2018, le déficit du compte courant s’établirait autour de 4% du PIB, en 2018 et 2019. Dans ces conditions, et sous l’hypothèse d’afflux d’IDE équivalents à 4,4% du PIB en 2018, et à 3,5% du PIB en 2019, les réserves de change avoisineraient les 257,3 milliards de DH, en 2018, et 244,4 milliards de DH, en 2019, assurant respectivement la couverture de 5mois et 26 jours et 5 mois et 17 jours d’importations de biens et services.