Bank Al Amal : des MRE actionnaires piégés

75% du capital de la banque est détenu par des MRE actionnaires malgré eux grâce aux intérêts de leurs dépôts auprès d’autres banques

Certains veulent revendre mais n’y arrivent pas : la valeur de l’action n’est pas connue.

Les Marocains résidents à l’étranger, actionnaires de Bank Al Amal, ne savent plus où donner de la tête. Depuis quelques années, plusieurs d’entre eux cherchent en vain à vendre tout ou partie des titres qu’ils détiennent, mais l’affaire n’est pas si simple. L’une des principales raisons de la réticente d’acquéreurs potentiels est que la valeur réelle de ces actions cessibles de gré à gré n’est pas connue.

Le début de la mésaventure se fond avec la création de cette banque, en 1989. L’objectif de la création de la banque était alors de contribuer au financement des projets portés par les MRE pour, entre autres, les encourager à revenir investir dans leur pays.

Le capital de départ, libéré progressivement, est alors fixé à 500 MDH, dont 25 % souscrits par les banques, la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et Bank Al Maghrib, et les 75 % restants répartis entre une large population de MRE. Pour éviter à ces derniers de débourser du cash, un montage particulier avait été effectué. Leur participation avait été financée avec les intérêts sur leurs dépôts.

Le partage avait été fait au prorata des transferts effectués pendant l’année civile précédant la constitution de Bank Al-Amal.

Certaines personnes ignoraient même qu’elles étaient actionnaires
Eu égard à la nature de l’actionnariat, deux catégories d’actions ont été créées :
1 250 000 actions dites de catégorie «A» donnant droit chacune à deux voix dans les assemblées des actionnaires et 3 750 000 de type «B» assorties chacune d’une seule voix. L’autre particularité est que ces dernières ne sont pas matérialisées.

Elles sont simplement inscrites sur les comptes titres (actions Bank Al Amal) ouverts sur les livres des différentes banques marocaines. C’est certainement la raison pour laquelle certaines personnes ignoraient même qu’elles étaient actionnaires dans cette institution. Mais, quand bien même elles l’auraient su, il leur aurait été impossible de s’en défaire.

Du côté de cet établissement, on essaie de dédramatiser la situation. Le DG, Faïçal Lahlou, rappelle qu’en vertu de l’article 11 des statuts de la banque, «les actions au porteur sont librement transmissibles par simple tradition du titre». Il précise aussi que «le transfert de ces actions peut s’effectuer par virement de compte à compte si la propriété de l’action est constatée par une inscription en compte».

Pourtant, à ceux qui sont directement venus réclamer la contrepartie de leurs titres, ne serait-ce que la valeur nominale, Bank Al Amal a fait savoir que «les actions ont été émises, à l’origine, par les banques qui détenaient les comptes de MRE concernés». En d’autres termes, c’est vers ces institutions qu’il faut se retourner.
La situation nette est de 560 MDH

M. Lahlou ajoute par ailleurs que «la banque n’a servi des dividendes qu’une seule fois, en 1993». Les instances ont par la suite décidé de surseoir à la distribution pour renforcer les fonds propres. Au terme de l’exercice 2007, les réserves s’élevaient ainsi à 103 MDH.

«Malgré quelques difficultés rencontrées dans l’exploitation, la situation nette reste positive et nous pouvons l’estimer à 560 MDH», confie-t-il. Cet indicateur donne une idée de la valeur de la banque mais ne permet nullement de la déterminer avec précision, et c’est là un autre problème auquel sont confrontés ces MRE actionnaires qui veulent revendre. Justement, le DG fait savoir que la question de la valorisation devrait être posée dans le cadre de l’étude stratégique sur le nouveau positionnement de la banque envisagée par le dernier conseil d’administration.

Il indique, en outre, que des solutions seront étudiées pour rendre les actions Bank Al- Amal plus liquides, étant donné que le scénario de l’introduction en Bourse est écarté pour le moment. Tout compte fait, «la banque a pu créer de la valeur pour ses actionnaires durant une décennie d’exercice», insiste Ahmed Aouam, directeur dans l’établissement. Cette performance n’a cependant aucun sens dans le sens où leurs actions ne leur rapportent strictement rien, ni ne sont cessibles dans les faits.