Baisse du chômage : le salariat gagne du terrain

L’agriculture, malgré ses résultats exceptionnels, a perdu 49 000 emplois en 2006
300 000 emplois nets créés en 2006 dont 90% dans les services, le BTP et l’industrie
Deux tendances lourdes : montée des activités non-agricoles
et de l’emploi rémunéré.

Le marché du travail est en train de subir des transformations significatives : le salariat, qui était, il y a encore peu, l’apanage du milieu urbain, gagne peu à peu le monde rural, et cela ressort clairement dans les enquêtes sur l’emploi publiées régulièrement par le Haut Commissariat au Plan (HCP). Les derniers chiffres, portant sur l’année 2006, sont particulièrement éloquents : la baisse du chômage de 1,4 point entre 2005 et 2006, en passant respectivement de 11,1 % à 9,7%, a été moins le résultat de la campagne agricole, pourtant exceptionnelle, que des autres secteurs d’activité. Bien plus, l’emploi dans le secteur agricole, sur l’ensemble de l’année 2006, a reculé de 49 000 postes, soit une baisse de 1,1 % par rapport à 2005 où les résultats de la campagne agricole avaient été pourtant tout juste moyens.

Les données publiées par le Plan montrent en effet que sur les 300 000 emplois nets créés au cours de l’exercice précédent, plus de 90 % l’ont été en zones urbaines. Mieux, ces emplois ont été exclusivement créés dans les secteurs non agricoles : les services(*) avec 215 000 postes (+ 6,4 %), le BTP avec 107 000 emplois (+ 15,6 %) et l’industrie avec 22 000 postes (+ 1,8 %).
Quid des 10 % restants, soit 30 000 emplois ? Ils ont été créés dans le monde rural, certes, mais, encore une fois, dans des secteurs non agricoles : les services et le BTP.

Faut-il revoir le concept de chômage ?
Bien sûr, le monde agricole a créé des emplois (c’est ce qui a fait baisser le chômage à 7,7% au cours du deuxième trimestre de 2006), mais ce sont des emplois précaires qui ont disparu avec l’achèvement des travaux liés à la campagne agricole. Et d’ailleurs, pour les deux trimestres suivants, le troisième et le quatrième, le taux de chômage était reparti à la hausse avec respectivement 10 % et 10,9 %.

Sans vouloir entrer dans les définitions et autres considérations techniques liées à la quantification du chômage, il est peut-être opportun de s’interroger ici sur ce que recouvre, en fait, le concept de chômage. Un vendeur de cigarettes sur les trottoirs est-il réellement un actif ? Ceux qui, en bonne année agricole, aident leurs parents dans les travaux des champs, sont-ils, eux aussi, des actifs ? Oui, selon la définition, assez large, du Bureau international du travail, la même qu’utilise le HCP dans ses analyses. Mais le HCP a raison de procéder ainsi, car, autrement, les comparaisons avec d’autres pays ne seraient plus possibles. C’est pourquoi, au vu de l’évolution que connaissent les marchés du travail consécutivement à la modernisation de la société, peut-être faudrait-il envisager d’appréhender le chômage en utilisant d’autres critères plus conformes à la réalité d’aujourd’hui.

L’auto-emploi perd du terrain
Notons que cette tendance à l’emploi sinon stable, en tout cas rémunéré, est à l’œuvre dans le marché du travail au Maroc. Il est significatif à cet égard de noter que la part de l’emploi rémunéré dans l’emploi total est passée de 68 % en 2004 à 69,4 % en 2005 et à 72,6 % en 2006. Et la part du salariat dans ces emplois rémunérés suit la même tendance évolutive (54 % en 2005 et 59,6 % en 2006), alors que l’auto-emploi, conséquence logique, s’inscrit, lui, à la baisse (46 % en 2005 et 40,4 % en 2006).

Une des conséquences du renforcement de l’emploi rémunéré, et particulièrement du salariat, peut être observée dans le recul du chômage en milieu urbain (15,5 % en 2006, contre 18,3 % en 2005), alors qu’en milieu rural, il a plutôt tendance à stagner (3,6 % en 2005 et 3,7 % en 2006). Ceci étant lié, bien évidemment, au fait que les activités non agricoles, marchandes surtout, se concentrent prioritairement dans les zones urbaines et périurbaines.

C’est cette évolution, in fine, qui donnera la mesure, plus ou moins exacte, de la réalité du chômage au Maroc.