Baisse des stocks de blé dur : pénurie de couscous et de pà¢tes ?

Les stocks mondiaux sont au plus bas et les prix s’envolent.
Même avec des droits de douane réduits, le blé américain arrive trop cher à Casablanca.

Les minotiers tirent la sonnette d’alarme. Leurs stocks de blé dur baissent chaque jour davantage. La raison principale en est que, en l’absence de blé dur local (celui-ci n’étant pas mis dans le circuit de commercialisation, car il sert à l’autoconsommation dans le milieu rural), le recours aux importations s’impose. Or, les prix sur le marché mondial de cette denrée sont très élevés pour cause de rareté de l’offre, notamment. Les Etats-Unis, producteurs de référence, ont dû, eux-mêmes, importer du Canada le blé dur en raison de la baisse de leur production et donc des stocks. Il faut dire que la sécheresse qui a sévi en Australie et le recours de plus en plus accru aux matières végétales (notamment le maïs) pour produire du biocarburant fait peser une menace, à terme, sur la disponibilité des céréales, produit de substitution par excellence, dans ce dernier cas . Au point qu’un expert en la matière, inquiet de cette perspective, soulevait, il y a quelques jours, sur les ondes d’une radio marocaine, ce dilemme auquel on ne s’attendait pas : «Le monde doit choisir entre nourrir les humains ou nourrir les voitures» !

Dans l’attente, l’offre existe toutefois mais ce qui pose problème pour les professionnels, en fait, c’est le niveau des droits de douane jugé excessif (95 %) pour un produit libre et qui, en outre, ne concurrence nullement la production locale ; la régulation du marché par les équivalents tarifaires pouvant se comprendre s’agissant du blé tendre qui constitue une grande partie de la production nationale (et encore, seulement lorsque la récolte est bonne comme durant la campagne 2005-2006).

Certes, en ce qui concerne le blé américain, les droits de douane sont réduits de 95 à 75 %. Mais même avec cette réduction, estiment les professionnels, le prix du blé dur demeure élevé : 300 DH le quintal. Rendu Casablanca, le quintal monte à 360 DH (contre 330 DH le même mois de l’année dernière), du moins selon les cotations publiées par l’ONICL (Office national interprofessionnel des céréales et légumineuses) sur son site Internet (www.onicl.org.ma).

La Fédération des minotiers demande une baisse des droits de douane
L’on comprend donc que la Fédération nationale de la minoterie (FNM) ait adressé, en février dernier, une lettre au ministre de l’agriculture et du développement rural dans laquelle elle attirait son attention sur cette situation. La FNM, qui réclamait une baisse des droits de douane sur ce produit, précisait notamment que les stocks des semouliers étaient à leurs plus bas niveaux et que même dans le cadre du contingent préférentiel avec les USA, «l’offre exportable en provenance des Etats-Unis reste très limitée».

Certains minotiers qui, malgré la cherté du blé dur à l’importation, ont continué à importer ce produit, se sont retrouvés avec des stocks d’invendus dont ils ne savent quoi faire. «J’ai 600 tonnes de farine de blé dur en stock. On ne veut pas me l’acheter parce qu’elle est jugée trop chère», témoigne un minotier. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un accord existe entre les professionnels et l’administration selon lequel l’écart entre le prix du blé tendre et celui du blé dur ne devrait pas dépasser une fourchette de 40 à 50 DH. Or, cet écart est aujourd’hui de l’ordre 90 dirhams (le blé tendre se vendant entre 270 et 275 DH).

Le problème, expliquent les minotiers, c’est qu’il n’y a pas vraiment d’alternative au blé américain ou canadien (ce dernier, d’excellente qualité, subit 95 % de droits de douane). «La France produit peu de blé dur, l’Italie est même déficitaire sur ce produit, et l’Espagne produit un blé dur dont la qualité ne convient pas pour la fabrication du couscous. Mais si les droits de douane ne baissent pas, nous serons obligés de prendre ce qu’il y a, quitte à fabriquer du couscous qui n’aurait pas sa couleur habituelle». En fait, l’importation du blé dur à partir de l’Europe, outre le problème de la rareté de ce produit et de sa qualité, se double de la question de la parité de l’euro. «Acheter en euro renchérirait considérablement le prix», soutient un professionnel. En d’autres termes, on risque fort bien de connaître une baisse de la production de couscous, semoule et pâtes alimentaires ou alors une envolée substantielle des prix.

A l’ONICL, la question est examinée, mais, on le sait, les décisions sur ces questions, comme sur beaucoup d’autres, ne se prennent pas aussi rapidement que le souhaitent les opérateurs et restent tributaires d’enjeux politiques.