Bà¢le II : les banques marocaines conformes d’ici fin 2012

Les banques planchent actuellement sur leurs systèmes de notation interne et certaines ont même déjà  démarré la phase de test. Elles devront toutes mettre à  jour leurs fichiers clients et collecter des informations plus fines.

Pour le système bancaire marocain, le bout du tunnel se profile pour ce qui est de la mise en application des règles de Bâle II. A Bank Al-Maghrib (BAM), l’on s’attend à ce qu’un groupe de trois banques de la place aient complètement digéré ces dispositions d’ici fin 2012. Ce sera l’aboutissement d’un long processus pour ces dernières. En effet, les autorités bancaires ont depuis 2007 opté pour une démarche en deux temps pour la mise en place du dispositif prudentiel Bâle II qui est destiné à mieux appréhender les risques bancaires et les exigences en fonds propres.
Le premier lot, qui concerne la mise en place de normes standard et le travail sur la bonne gouvernance, a été mis en œuvre à partir du début 2008 déjà. Depuis cette date, «toutes les banques marocaines font des déclarations réglementaires selon les règles standard de Bâle II», assure Driss Boulaid, chef de mission à la direction de la supervision bancaire de BAM. Reste certains cas de banques où l’on maintient pour l’heure une dualité entre les anciens indicateurs et le nouveau système standard en attendant une migration complète.
Il n’empêche que tout le secteur bancaire a enchaîné depuis quelques mois avec le deuxième lot du paquet prudentiel : l’approche avancée, appelée aussi notation interne. «Nous avons tenu durant tout le premier semestre 2010 un cycle de réunions hebdomadaires avec les professionnels pour éclaircir tous les points techniques», indique M. Boulaid. S’en est suivie fin 2010 la diffusion d’une série de circulaires détaillant la mise en œuvre de l’approche avancée, notamment pour ce qui est du calcul du risque crédit (voir encadré).
Ce dernier point concentre le plus gros du chantier de migration vers le stade avancé de Bâle II. Il faut, en effet, rappeler que si dans l’approche standard les banques se sont basées essentiellement sur une pondération forfaitaire pour déterminer leur risque crédit, liberté leur est donnée dans l’approche avancée d’estimer elles-mêmes tous les paramètres de leur risque crédit, pourvu qu’elles les justifient auprès de BAM. Ces paramètres déterminés, les banques seront en position de modéliser leur risque pour implanter leur système de notation.
Et c’est justement ce à quoi elles s’attellent actuellement. L’on pourrait penser que les filiales de banques françaises (BMCI, Société Générale, Crédit du Maroc) sont les plus avancées en la matière de par le fait qu’elles bénéficient des modèles aboutis de leurs maisons mères qui ont déjà bien digéré les normes de Bâle II. Mais ces modèles pré élaborés sont en fait une arme à double tranchant. «Certes, ils allègent les travaux de développement pour les filiales de banques étrangères mais ils nécessitent plusieurs ajustements et calibrages car ils doivent parfaitement s’adapter aux spécificités locales» , tempère M. Boulaid.

La qualité des informations sur les clients fait encore défaut

En tout cas, les banques les plus avancées dans la finalisation de leur modèle de notation du risque entament à présent la phase de test par les données. Naturellement, pour pouvoir se livrer à ces tests, il faut déjà disposer de données fiabilisées. Or, les experts n’ont cessé d’évoquer les lacunes des banques marocaines en la matière, pointant des défauts en termes de codification ou de collecte des informations clients. Mais les banques semblent à présent décidées à s’attaquer au problème à bras le corps.
«Depuis quelques mois, les réseaux commerciaux sont sollicités pour collecter des bilans plus récents et l’on s’emploie à nettoyer les bases de données clientèle, sachant que certaines banques ont lancé la fiabilisation de leurs données à l’entame de la mise en conformité avec Bâle II», illustre-t-on au sein de BAM. Pour sûr, la démarche nécessitera beaucoup d’efforts surtout que depuis 2009 une nouvelle définition du défaut bancaire selon la norme bâloise a été introduite, imposant aux banques de récolter de nouveaux types de données.  
Avec tout cela, les taux d’avancement des différentes banques de la place pour la mise en œuvre de l’approche avancée restent très différents. A cet effet, des missions de terrain sont actuellement menées auprès de chaque banque pour l’appréciation de la mise en place des modèles de notation.
Une fois validés en interne par les banques, ces modèles seront soumis à l’homologation de BAM. Celle-ci n’accordera le précieux sésame que si elle acquiert la certitude que le système de notation est bien ancré dans les pratiques de gestion du risque des banques.
BAM devrait également être particulièrement vigilante sur le respect des règles de bonne gouvernance qui imposent par exemple qu’il y ait une séparation entre les équipes en charge de la conception du système de notation et celles responsables de sa validation. En outre, pour pouvoir faire valider leur système de notation, les banques devront présenter un plan de déploiement pour les filiales étrangères et par segment de clientèle (particuliers, corporate…).