Aziz Rebbah veut lancer le transport VIP par autocar

Les nouveaux autocars assureront un transport de point à  point en passant par les autoroutes et sans transiter par les gares routières publiques. La réforme globale du secteur sera pilotée par l’Agence nationale de réglementation et de sécurité du transport en cours de création.

L’annonce faite par le ministre du transport et de l’équipement, Aziz Rebbah, de lancer dans les prochains jours des appels d’offres dans le cadre de la  réorganisation du secteur du transport de voyageurs sur la base d’un nouveau cahier des charges, a, le moins que l’on puisse dire, semé la confusion chez la majorité des transporteurs.

Ces derniers reprochent ouvertement à leur ministère de tutelle d’avoir concocté son projet en solitaire sans que les associations professionnelles ne soient mises à contribution pour sa préparation. «Nous ne savons pas sur quoi porteront ces appels d’offres, ni ce que contient ce cahier des charges dont on nous parle et que nous devons découvrir comme tout un chacun après le lancement des appels d’offres», se plaint un transporteur, avant d’ajouter que «la réaction du secteur risque d’être virulente». Il rappelle que lors de l’élaboration de la loi 16/99 libéralisant le transport de marchandises, entrée en vigueur en 2003, les choses s’étaient déroulées  différemment, c’est-à-dire dans la concertation la plus totale entre les professionnels et le ministère de tutelle. Du reste, rappelle-t-il, à raison, le transport de voyageurs est toujours régi par le Dahir du 12 novembre 1963 et pour le réformer, il faudrait commencer par modifier cette loi qui fait de l’autorisation de transport (agrément) la première condition pour être transporteur.
Que se passe-t-il alors ? Assurément, il y a un gros problème de communication entre le ministère et les professionnels. En fait, les appels d’offres annoncés par le ministre et qui vont être lancés prochainement ne concernent pas, du moins pas directement, le transport de voyageurs aujourd’hui en service.

Il s’agit de l’arrivée d’un nouveau mode de transport de luxe, à cheval entre le transport touristique et celui de voyageurs. Selon Hassan Khalii, secrétaire général de la Fédération marocaine de l’Union des transporteurs routiers de personnes, qui dit adhérer pleinement à ce projet, affirmant qu’il a eu l’occasion d’en débattre avec le ministre, ce transport destiné à une clientèle VIP se fera avec des autocars d’une trentaine de places.

Le ministère veut attirer de nouveaux investisseurs pour ce segment

Ces véhicules seront équipés de tout le confort possible, avec éventuellement une hôtesse et un service repas servi durant le voyage. Ils assureront, sans passer par les gares routières publiques, des liaisons point à point, à portes fermées, en empruntant uniquement le réseau autoroutier.

La clientèle ciblée par ce nouveau mode de transport est évidemment une clientèle aisée, ce qui fait qu’il n’y aura pas de toutes les manières de concurrence entre ces autocars d’un nouveau standing et ceux qui assurent actuellement le transport de voyageurs.

Avec un tel modèle de transport, le ministère espère, en réalité, tirer le secteur vers le haut en espérant que les sociétés de transport qui sont déjà bien structurées et organisées soient séduites par ce concept et y adhérer. Et, précise une source qui suit ce dossier, le ministère atteindra son objectif si des investisseurs en dehors du secteur manifestent leur intérêt à ce projet. En tout état de cause, ce fameux cahier des charges qui a créé le malentendu, faute d’une bonne communication, est en cours de finalisation, et sera soumis dès la semaine prochaine à l’appréciation de certains professionnels triés sur le volet pour éventuellement y apposer leurs remarques avant le lancement des appels d’offres…

L’agrément sera remplacé par un système contractuel entre l’Etat et le transporteur

Cependant, cette initiative ne doit pas être considérée comme isolée de la réforme globale du transport de voyageurs mais bien comme un maillon de ce processus. En effet, la réforme du transport public de voyageurs se fera suivant un programme et une stratégie qui a déjà commencé avec la publication des noms des titulaires des agréments de transport au début du mois de mars 2012, événement qui a fait beaucoup de bruit étant donné la sensibilité du sujet.

La prochaine étape devrait être la prise en main de cette réforme dès le début de l’année 2013 par l’Agence nationale de réglementation et de sécurité du transport (ANRST) qui est en cours de création. C’est elle qui devrait, sur la base d’une nouvelle étude, piloter tout le projet de réforme du secteur de transport de voyageurs avec au bout du parcours la suppression du fameux agrément et son remplacement par un nouveau système contractuel entre l’Etat et le transporteur sur la base d’un nouveau cahier des charges à élaborer. Le but est de tirer l’activité vers le haut, avec une période de transition de trois ans pour permettre aux transporteurs actuels de se mettre à niveau et de se conformer à la nouvelle loi qui viendra modifier le dahir de 1963. Cette mise à niveau passe évidemment par un renforcement du professionnalisme des acteurs, une modernisation du parc d’autocars et une amélioration de la formation des salariés du secteur.

Tout ceci devrait bien se dérouler, à condition que le département du transport s’oriente vers une meilleure communication, plus pédagogique, en direction des transporteurs dont la majorité baigne dans l’informel.