Avocats d’affaires : comment les cabinets se partagent le marché

Le marché est constitué d’une quinzaine de cabinets nationaux et étrangers en plus d’avocats traditionnels. Les étrangers agissent plus sur des prestations de conseil alors que les nationaux, moins outillés, traitent généralement le contentieux. Le Conseil de l’ordre des avocats de Casablanca enquête sur les circonstances de l’installation des cabinets étrangers au Maroc.

La récente implantation du cabinet d’avocats d’affaires Baker & McKenzie à Casablanca confirme l’existence d’un marché du droit des affaires à potentiel de développement certain malgré la conjoncture économique difficile. Bien avant lui,  bon nombre de cabinets ont ouvert des antennes au Maroc. Carrigues, UGGC, Llorenz&Diaz de Aguilar, Bureau Lefebvre ou encore Norton Rose se sont même taillé des portefeuilles clientèle assez étoffés tout en intervenant sur des dossiers complexes. «Le marché est porteur eu égard au flux des affaires et compte tenu des différents chantiers lancés dans le Royaume sur des maturités de moyen et long terme, d’une part, et en raison de l’intégration économique du pays dans l’économie mondiale, d’autre part», explique un avocat associé chez un des premiers cabinets de la place. Selon lui, il existe un marché du droit des affaires durable à la fois pour les cabinets étrangers et ceux nationaux.
De l’avis de Kamal Nasrollah, avocat associé chez Baker&Mckenzie, le marché marocain est intéressant mais pas très profond. Autrement, les dossiers ne sont pas très nombreux, les intervenants non plus, «mais il s’agit d’une porte d’entrée sur le marché du droit en Afrique, surtout celle du Nord. Nous travaillons pour faire en sorte que le pays s’impose en tant que plateforme dans ce sens», concède-t-il.

Selon des estimations recoupées et concordantes, le marché pèserait avec sa configuration actuelle environ 500 à 700 MDH par an, sachant qu’il s’agit d’une activité très rémunératrice avec une facturation en taux horaire. «De par les méthodes de facturation entre cabinet mère et son antenne et étant donné que quelques cabinets n’ont pas de présence physique au Maroc, en plus de l’appréhension des avocats de divulguer leurs vrais honoraires, il est impossible d’avancer un chiffre pour évaluer le marché actuellement», explique une source bien placée dans le secteur.

Cela dit, le marché est actuellement constitué d’une quinzaine de cabinets d’avocats d’affaires étrangers et marocains qui ont pignon sur rue, à l’instar de Naciri&associés, Amine Hajji&associés, Hamid Andaloussi et Kettani Law Firm. A leur côté, l’on retrouve les avocats traditionnels ayant un certain background en droit des affaires et qui travaillent sur des dossiers moins sollicitants. Il faut dire que ces derniers traitent souvent du contentieux et ne sont pas suffisamment outillés pour assister les grands investisseurs, par exemple, dans des montages plus ou moins complexes.

La concurrence étrangère divise les avocats nationaux

A l’opposé, les deux autres composantes du marché, à savoir les cabinets marocains qui comptent des juristes chevronnés ainsi que les cabinets étrangers agissent surtout dans des montages recherchés, notamment les prises de participation, les joint-ventures, le financement des projets, les opérations de restructuration ainsi que l’arbitrage. Pour les plus à jour d’entre eux, ils offrent des services de conseil en droit des NTIC et de la propriété intellectuelle.

Mais si d’aucuns affirment que le potentiel que constitue le marché marocain du droit des affaires est de nature à satisfaire tous les opérateurs, d’autres y vont avec plus de réserve au vu de la concurrence que se livrent déjà les cabinets marocains et étrangers, à en croire leur propos. «Les praticiens locaux s’estiment lésés du fait des avantages fiscaux dont bénéficient les cabinets étrangers qui sont généralement organisés en structures commerciales, alors qu’ils ne subissent aucune procédure spéciale au Maroc pour aspirer à un statut d’avocat reconnu par les pouvoirs publics», fait savoir un avocat spécialisé en droit social à Casablanca. A ce titre, le Conseil de l’ordre des avocats de Casablanca vient de décréter, vendredi 17 mai, une enquête sur les circonstances de l’installation des cabinets étrangers au Maroc pour y voir plus clair. Sachant que des avocats siégeant même dans l’ordre ne cautionnent pas la démarche de leurs confrères et l’expliquent par des enjeux commerciaux en premier chef. En effet, pour plusieurs opérateurs locaux, les enseignes étrangères partagent leur pain et leur prend la clientèle. Un avis que rejettent catégoriquement les cabinets étrangers. «Nous nous positionnons déjà sur des domaines assez pointus, pour un profil de clientèle précis qui n’est pas forcément celui des praticiens marocains.

Par contre, nous travaillons souvent avec plusieurs d’entre eux sur des dossiers puisqu’ils maîtrisent, eux, les procédures sur le terrain et au niveau des tribunaux», réplique un avocat associé chez une grande enseigne du marché. Des propos corroborés par des praticiens nationaux qui attestent que les étrangers sont plus présents sur le conseil, disposant de l’avantage de la langue anglaise qui fait défaut à une majorité de nationaux.