Aviculture : l’hécatombe continue dans les fermes

Fès, Tanger et Marrakech ont beaucoup souffert de la vague de chaleur de la dernière semaine d’août.
Les équipements de protection, qui ne fonctionnent en moyenne qu’une semaine par an, manquent souvent d’entretien.
Un taux de mortalité de 20% dans les élevages de poulets et 15% dans ceux de dindes.

Décidément, le mois d’août aura été noir pour le secteur avicole qui s’est vu confronté à une nouvelle vague de mortalité, il y a quelques jours, après avoir vécu un scénario similaire au cours de la deuxième semaine du même mois. Les grosses chaleurs du mois d’août, avec des températures dépassant les 44° à l’intérieur du pays et les 30° en zones côtières, ont provoqué de lourds dégâts dans les fermes. Selon la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (Fisa), le taux de mortalité lié à la vague de chaleur qui a caractérisé le climat depuis le 26 août est de 20 % dans les élevages de poulets, 15 % dans celles de dindes et 5 % dans les couvoirs. S’y ajoutent une forte baisse de la croissance de la volaille : 20 % pour les poulet, 15 % pour les dindes, entre 10 et 15 % de chute de ponte et du taux d’éclosion pour les reproducteurs et accouveuse et une baisse de     10 % de la production chez les pondeuses. Le montant exact des dégâts n’est pas encore estimé, mais il est certain que beaucoup d’opérateurs auront du mal à s’en remettre. Déjà lors de la première vague de chaleur, les pertes avaient été estimées à 100 MDH, dont 60 millions dus à la mortalité et le reste correspondant au manque à gagner relatif à la baisse de la productivité dans les élevages. Avec les nouvelles pertes, il y a fort à parier que le seuil de 150 MDH au titre de l’été 2010 sera atteint, ce qui constituerait un record.
Le niveau moyen des pertes est cependant différent selon les régions. Suite à la canicule des derniers jours du mois d’août, le taux de mortalité s’est situé entre 50 et 60 % à Fès, 30 à 40 % à Tanger, 30 % à Nador, entre 20 et 30 % à Marrakech et entre 10 et 15 %  à Meknès. Avec 5 % de mortalité, les dégâts sont limités à El Jadida et la Fisa indique que rien n’est à signaler à Ouarzazate et Safi.

La période de la canicule plus longue qu’en 2009

Il est curieux de constater qu’un secteur qui est en train d’achever sa mise à niveau, imposée par voie réglementaire, reste aussi vulnérable aux grosses chaleurs de manière répétitive, sachant que, justement, les pertes ont été plus importantes qu’en 2009. Elles étaient seulement estimées à 60 MDH dont 40 millions en mortalité directe. De plus, la profession avait invoqué, l’année dernière, un manque de préparation, des coupures d’électricité et un manque de réactivité des éleveurs à l’époque plutôt que l’absence d’équipement chez les professionnels. Les températures plus élevées de cette année et la longue période de  canicule sont des éléments aggravants, selon M.Chaouki Jerrari, directeur de la Fisa.
Pour le moment, les professionnels sollicités ne veulent pas détailler leurs pertes et encore moins s’attarder sur les causes. Quoi qu’il en soit, Khaireddine Soussi, président de la fédération, explique que «les estimations se font sur la base de données objectives et de recoupements des informations. Et il n’est pas étonnant que les éleveurs avicoles évitent d’étaler leurs déconvenues car ils refusent d’avouer leurs erreurs dans la conduite des élevages ou encore du retard qu’ils mettent à s’équiper alors qu’ils peuvent bénéficier de subventions pour financer leurs investissements».
C’est l’exemple de Saïd Chennaoui, éleveur avicole dans la région de  Had Soualem qui reconnaît ne pas avoir encore tranché dans l’équipement de sa ferme alors qu’il avait perdu 20 % de sa production l’année passée. C’est pourquoi il a tout simplement suspendu l’activité au début de l’été. «Il faut savoir qu’un équipement de refroidissement par brumisation (pad cooling) ne fonctionne qu’une semaine par an. Et même quand les équipements sont là, par manque d’entretien, ils ne sont pas opérationnels durant les moments critiques. Et puis, il ne faut pas oublier que les grosses chaleurs ne sont que des éléments aggravants lorsqu’un élevage n’a pas été vacciné dans les normes. Parfois, une simple panne d’électricité, associée à un retard de réactivité ou encore une mauvaise formation d’un personnel mal encadré, peut donner le coup de grâce», renseigne-t-il.
Khaireddine Soussi  conclut, dans une perspective plus large, qu’une année de canicule «aura forcément des conséquences sur l’ensemble de la chaîne» . Et d’expliquer: «Il faut comprendre que les différentes filières ne disposent pas des mêmes protections et que le propriétaire d’un petit élevage qui produit  5 000 à 10 000 poulets par cycle ne pourra pas financer des équipements lourds de la même manière qu’un propriétaire d’une pondeuse ou le producteur de dindonneaux à grande échelle, par exemple».