Aviation privée : les aéroclubs attirent de plus en plus de Marocains

Ils sont au nombre de huit et couvrent les villes de Casablanca, Tanger, Rabat et des destinations touristiques comme Marrakech et Agadir

Le Maroc veut développer l’aviation privée et pour y parvenir, il compte beaucoup sur les différents aéroclubs présents dans le Royaume. Ces derniers ont vu leur activité croître considérablement ces dernières années, grâce notamment à l’essor que connaissent les sites de deals. Ils en ont fait une interface pour mieux se faire connaître auprès du grand public. Abdelmoughit Boujemaoui, président de l’Association des aviateurs de l’aéroclub de Tit-Mellil, explique que «le pilotage privé n’est pas exclusivement réservé aux hommes d’affaires. Notre objectif est de le démocratiser davantage».

Aujourd’hui, les personnes qui affluent chez les différents aéroclubs du Royaume se comptent par milliers chaque année. En tout, il en existe au moins huit qui sont opérationnels et qui couvrent les villes de Casablanca (3 aéroclubs), Rabat-Salé, Tanger, Fès, Agadir et Marrakech. Les aéroclubs de ces trois dernières villes misent beaucoup sur leur potentiel touristique pour attirer le plus de clients. Tous proposent quasiment les mêmes prestations.

D’abord, l’offre qui s’est le plus développée grâce aux sites de deals est celle des vols d’initiation et baptême de l’air. A partir de 360 DH, n’importe qui peut effectuer un baptême de l’air d’une durée de vol d’au moins 20 minutes. Mais ce qui intéresse le plus les aéroclubs aujourd’hui, ce sont les formations pour l’obtention d’une licence dite PPL.

Un minimum de 45 heures de vol pour passer l’examen pratique

Au Maroc, il existerait aujourd’hui près de 200 personnes, principalement des hommes d’affaires, titulaires de cette licence. Cette dernière permet de piloter un avion réservé à l’aviation privée pour se déplacer soi-même ou transporter des personnes sans rémunération. Elle est reconnue au Maroc mais aussi en Europe.

Comme pour toute licence du genre, la formation se compose d’une partie théorique et d’une partie pratique. Comme on l’explique auprès de l’aéroclub royal de Tit-Mellil, chacune d’elles est sanctionnée par un examen. C’est le ministère du transport, à travers la direction de l’aviation civile, qui veille sur les examens.

«Pour passer l’examen pratique il faut avoir effectué un certain nombre d’heures de vol, 45 heures minimum, dont certaines seul à bord (10 h minimum)», explique-t-on auprès de l’aéroclub de Marrakech. Il faudrait également que le candidat ait effectué une navigation de 150 nautiques seul à bord avec 2 atterrissages complets sur deux terrains différents. Il faudrait enfin être âgé de plus de 16 ans et avoir réussi au préalable à l’examen théorique. Ce dernier est organisé en moyenne tous les quatre mois par la Direction de l’aviation civile. A noter que la formation théorique n’a rien d’exceptionnel. Il s’agit principalement de notions générales sur la navigation, la météorologie, la mécanique d’avion ainsi que la réglementation aérienne.

A raison de deux à trois séances par semaine, un candidat peut être prêt pour ces examens au bout d’une année environ. Mais cela coûte de l’argent. Tous les aéroclubs du Royaume imposent des frais d’adhésion allant de 1 400 DH à 2 500 DH par an, auxquels il faut ajouter les frais de formation. La réglementation en vigueur impose en effet l’obtention d’une carte de stagiaire auprès de la Direction de l’aviation civile ainsi qu’un carnet de vol. Il faudrait compter 800 DH pour les différents coûts afférents à cette carte. A cela s’ajoute évidemment le tarif des vols. Ceux-ci varient en fonction du modèle d’aéronef que l’aéroclub mettra à la disposition du candidat. En général, les prix varient de 800 DH à 2 500 DH, selon la politique tarifaire de chaque aéroclub ainsi que de sa flotte d’avions. En d’autres termes, il faudrait compter un investissement d’au moins 50000 DH pour prétendre passer l’examen pour l’obtention de la licence. Il est à noter que la plupart des aéroclubs disposent d’une flotte composée d’avions de marque Cessna, de deux ou quatre places.

Le développement de l’aviation privée fait partie des volets sur lesquels se penchent les pouvoirs publics pour développer le secteur de l’aviation d’affaires. Si celui-ci bénéficie principalement de la présence sur le marché marocain de quelques compagnies taxis, il n’en demeure pas moins qu’une forte croissance du nombre de licenciés capables de louer leurs propres avions permettra de le doper significativement. En attendant, il faut noter que selon les statistiques de l’ONDA, le trafic enregistré sur ce segment dans les différents aéroports du Royaume a atteint 50 470 passagers en 2014 pour 11 205 mouvements d’avions. Des chiffres qui sont en forte croissance par rapport à 2013 où 40601 passagers et 9 823 mouvements d’avions ont été comptabilisés. Le premier semestre 2015 n’a fait que confirmer la tendance avec l’enregistrement de plus de 21 800 passagers à fin juin dernier et 5017 mouvements de vol (le deuxième semestre connaît généralement plus d’affluence vu qu’il intègre à la fois les vacances d’été mais aussi les vacances de fin d’année qui sont générateurs de trafics). Par ailleurs, le ministère de l’équipement a déjà confirmé son intention de convertir l’aéroport de Tit-Mellil, là où se trouve le plus d’aéroclubs (3), en hub de l’aviation d’affaires.