Aviation d’affaires : du potentiel… mais surtout beaucoup de défis à  relever

Une étude pour diagnostiquer le secteur et décider des mesures à  prendre pour le développer sera lancée à  la fin du mois.

Activité en développement, grand potentiel pour le Maroc, opportunités à saisir… Les mots encourageants n’ont pas manqué pour décrire l’aviation d’affaires lors de l’inauguration, mardi 1er septembre, du premier salon dédié à ce secteur. Une cinquantaine d’exposants, dont une grande partie d’étrangers comme Bombardier, ont présenté aux visiteurs les offres qu’ils proposent. Plus qu’un simple show, ce salon a été surtout l’occasion de mettre en avant un secteur qui est longtemps resté au second plan malgré tout l’intérêt qu’il représente pour l’économie nationale. Comme l’explique Mohamed Najib Boulif, ministre délégué en charge du transport, l’aviation d’affaires reste étroitement liée à des stratégies dont la portée est primordiale pour le Royaume, comme celles du secteur touristique et de l’industrie. Ce qui fait que les pouvoirs publics s’activent aujourd’hui afin de concevoir une feuille de route à même d’accélérer le développement de l’aviation d’affaires. Car, il faut bien le reconnaître, les statistiques disponibles auprès de l’ONDA auront beau afficher une forte croissance ces dernières années, il n’en demeure pas moins que le potentiel du secteur n’est pas complètement exploité.

En tout, en 2014, le trafic enregistré dans les différents aéroports du Royaume a atteint 50 470 passagers, pour 11 205 mouvements d’avions. Des chiffres en forte croissance par rapport à 2013 où 40 601 passagers et 9 823 mouvements d’avions ont été comptabilisés. Le premier semestre 2015 n’a fait que confirmer la tendance avec l’enregistrement de plus de 21 800 passagers à fin juin dernier et 5017 mouvements de vol (le deuxième semestre connaît généralement plus d’affluence vu qu’il intègre à la fois les vacances d’été mais aussi les vacances de fin d’année et qui sont générateurs de trafics).

Ces chiffres n’emballent cependant pas les pouvoirs publics qui veulent doper le trafic de l’aviation d’affaires vu que «le Maroc a le potentiel d’être un hub de l’aviation d’affaires en Afrique», souligne le ministre délégué en charge du transport. Pour ce faire, la tutelle se penche actuellement sur la mise en place d’une stratégie spécifique pour ce secteur. Annoncée il y a plus de deux ans, une étude devrait finalement être lancée fin septembre courant pour faire le diagnostic détaillé du secteur au Maroc et décider des mesurer à même d’accélérer son développement. 

Un potentiel mondial à saisir

En attendant, l’ONDA s’est déjà lancé dans un projet visant à confier la concession des services au sol dédiés à l’aviation d’affaires à un prestataire privé. Ce dernier devra, entre autres missions, opérer les investissements nécessaires au développement de cette activité selon les meilleurs standards internationaux en la matière. Selon l’office, ce projet concernera principalement les aéroports Mohammed V, Marrakech Ménara, Rabat-Salé, Agadir Al Massira, Tanger Ibn Battouta et Fès-Saïss. Concrètement, en confiant la gestion de ces services au privé (suite à un appel d’offres international), l’ONDA veut rehausser le niveau de qualité et, partant, renforcer l’attractivité du Royaume dans ce domaine. Ceci permettrait au Maroc de profiter des perspectives prometteuses de l’aviation d’affaires au niveau mondial. 

Selon le spécialiste Honeywell Aerospace, 10 000 nouveaux jets d’affaires devraient être livrés dans le monde d’ici 2022 pour une valeur de 250 milliards de dollars. Sur ce total, 30% remplaceront des appareils vieillissants d’ici la fin de l’année en cours. «Selon une autre étude de la compagnie canadienne Bombardier, la flotte mondiale d’avions d’affaires va progresser de 3,7% en moyenne par an d’ici 2031 pour atteindre 31 500 appareils, soit un quasi-doublement par rapport à la flotte actuelle», explique-t-on auprès de la direction de l’aviation civile relevant du ministère de l’équipement et du transport.

L’investissement reste très lourd pour les Marocains

Pour profiter de ce potentiel, il faudra non seulement capitaliser sur l’attractivité des aéroports marocains, mais également définir des mesures à même de soutenir l’investissement dans ce secteur. Il faut bien le rappeler, «l’investissement dans une compagnie de jets privés au Maroc est très coûteux», reconnaît-on auprès de la tutelle. Il suppose, en effet, la prise en compte de plusieurs facteurs d’ordre technique (comme le pilotage, la maintenance et les pièces de rechange), réglementaire pour tout ce qui a trait aux autorisations d’exploitation, les certificat techniques d’exploitation…, et opérationnels comme la gestion du carburant, des prestations à bord ou le handling… L’expérience a démontré que sans un soutien spécifique aux compagnies pour le développement d’une offre de qualité dans ce domaine, les opérateurs nationaux privés ne peuvent survivre. A en croire les rares opérateurs encore actifs dans le domaine de la location des jets privés et l’aviation d’affaires au niveau national, les cinq dernières années ont été marquées par la disparition (ou la suspension d’activité) d’une dizaine de compagnies qui avaient investi ce secteur dans les années 2000. Cette agonie s’expliquerait principalement par le fait que le marché se développe à peine et n’est donc pas encore assez profond pour absorber un grand nombre de compagnies, d’autant plus que celles-ci sont confrontées à la concurrence de compagnies étrangères.