Avenue Royale de Casablanca, rêve ou réalité ?

En proie à des difficultés financières, la Sonadac a du mal à poursuivre la réalisation du projet.
Appelée à la rescousse, la CDG peine à acquérir les 25% du capital qui permettrait de renflouer la société.
Problèmes d’expropriation, impayés des relogés vis-à-vis du CIH : les difficultés s’amoncellent.

Le projet de l’Avenue Royale est de nouveau dans l’impasse. La Sonadac (Société nationale d’aménagement de Casablanca), maître d’œuvre du projet, est de plus en plus confrontée à des problèmes financiers et la CDG (Caisse de dépôt et de gestion), appelée à la rescousse, n’en a toujours pas pris le contrôle. D’après les informations qui filtrent au compte-gouttes de cette institution, il semblerait que le projet de reprise en main de la Sonadac soit toujours à l’étude. Pourtant, Mustapha Bakkoury, DG de la CDG, avait clairement souligné (cf La Vie éco du 19 novembre 2004), l’intention de la caisse de monter dans le capital de la Sonadac à un niveau qui lui permette d’agir sur la stratégie. «Ce sera soit la majorité, soit un pacte d’actionnaires qui lui permettra d’y arriver», avait-il précisé.

Le Fonds Hassan II aura investi 500 MDH à fonds perdus
Selon des sources bien informées, il est question que la CDG reprenne les 52 % (sur un capital de 291,5 MDH) détenus par des collectivités locales. Ce qui portera ses participations à près de 62 %. Le reste est détenu par la direction des Domaines et le Trésor public (32 %), la BCP (5 %) et le Crédit agricole
(3,5 %).
Mais, entre l’intention et la concrétisation, le temps passe. Le projet de convention entre l’Etat et la CDG qui est, affirme-t-on, en cours de discussion, bloque en fait sur des problèmes juridiques liés à l’exercice du contrôle de l’Etat sur la Sonadac au cas où elle serait reprise par la CDG. Par ailleurs, cette dernière pose un ensemble de conditions dont l’apurement du foncier. En toute logique, il devrait y avoir une évaluation de la valeur de l’action de la Sonadac pour déterminer le prix de cession. Cette réévaluation doit notamment prendre en compte les réserves foncières de la société, qui se sont accrues au fil des ans, mais également les difficultés pratiques rencontrées par rapport aux actions d’expropriation.
Pour le moment, les retards cumulés dans la prise de décision de la reprise de la CDG ne sont pas pour arranger la situation. Selon Mohamed Naïmi, directeur général de la société, les difficultés financières actuelles sont essentiellement dues à la mévente des 14 hectares mitoyens à la Mosquée Hassan II, lesquels ont été gagnés sur la mer. Ce dernier rappelle que le contrat-programme signé avec le Fonds Hassan II, en 2000, prévoyait que la vente des terrains, évalués à 500 MDH, soit réalisée au premier semestre 2002 pour doter l’entreprise des moyens financiers nécessaires à la poursuite de son activité.
Pour mémoire, en 2000, le Fonds Hassan II a octroyé à la Sonadac une avance de 500 MDH. «Depuis 2002, nous avons fonctionné avec une trésorerie tendue. Malgré cela, nous avons pu finaliser la deuxième tranche du programme Nassim de 2 600 logements, réservé aux populations expropriées», explique M. Naïmi.
Preuve des difficultés financières, la société n’a pas honoré ses remboursements de prêts vis-à-vis de la BCP et du CIH qui se chiffrent à 60 MDH. Elle se trouve également incapable d’honorer les indemnités d’expropriation.
Toutefois, les travaux de démolition des habitations libérées continuent. A la date du 27 janvier 2005, 23 constructions avaient été détruites. En attendant la libération de deux logements encore occupés, un autre pâté de maisons sera rasé dans les dix prochains jours. Cependant, cette destruction de blocs d’habitations par à-coups défigure encore plus un quartier déjà insalubre et qui menace ruine. La situation est d’autant plus critique du point de vue de l’image que ce quartier est situé à proximité du parc des expositions de la foire de Casablanca.

Le nombre de ménages à reloger pour la première tranche passe de 2 200 à 2 350
Précisons que les expropriations actuelles ne portent que sur la première tranche jugée prioritaire qui permettra d’entamer le tracé. Le programme initial de l’Avenue Royale prévoyait le relogement de 12 000 ménages et la libération de 50 hectares pour ouvrir une large voie devant relier la Mosquée Hassan II à la place Mohammed V. La tranche prioritaire concerne, quant à elle, 11 hectares. D’après le recensement de la Sonadac, le nombre de ménages visés par la tranche prioritaire, qui était de 2 200, a grimpé à 2 350. Dans ce lot, il reste encore 280 ménages à reloger, éparpillés dans différents pâtés de maisons. Ceci ralentit encore plus les opérations de démolition.
Et comme si toutes ces difficultés ne suffisaient pas, les responsables de la Sonadac rencontrent encore d’autres problèmes, dont la surenchère aux indemnités des derniers occupants. Il y a eu également multiplication des ménages habitant les maisons à exproprier en vue de profiter de l’acquisition d’un logement à un prix équivalent au tiers de celui du marché (65 000 DH). «Généralement, chaque pièce d’un logement est occupée par un ménage, sinon plus», se plaint Abdelhak El Mountasser, directeur central de la Sonadac.
Des problèmes ont également été rencontrés avec des administrations dont celle de l’OFEC (Office des foires et expositions de Casablanca) qui n’a pas encore libéré ses locaux administratifs même s’ils sont dans l’axe de la première percée de l’Avenue Royale.
Enfin, les habitants de Nassim ont pris la fâcheuse habitude de ne pas honorer leurs engagements en termes de paiement des traites vis-à-vis du CIH. Cette situation rend cette institution encore plus regardante dans l’octroi de nouveaux prêts pour l’acquisition de logements.
Au final, ce projet, lancé en grande pompe il y a douze ans, risque de sombrer. Les Casablancais auraient-ils simplement rêvé de cette Avenue Royale ?.

La multiplication des ménages qui s’installent dans les maisons à exproprier pour profiter de l’acquisition d’un logement à bas prix n’est pas le moindre des problèmes.

La maquette de l’Avenue Royale. Le projet a été lancé en 1993. Douze ans après, il est dans l’impasse.