Avec les dernières pluies, la campagne céréalière peut encore être sauvée

Les quantités de pluies de ces derniers jours restent faibles par rapport aux besoins. Les semis précoces de blés dur et tendre effectués avant les pluies de la deuxième décade de novembre sont dans un bon état végétatif. La production d’orge plus affectée que celle du blé.

Après une longue période d’accalmie qui a fait craindre le pire aux agriculteurs, les pluies sont de retour sur une bonne partie du pays. La météorologie nationale précise que les précipitations enregistrées, lors des dernières perturbations (lundi 16 janvier) sont plus élevées au Nord (48 mm à El Hoceima, 39 à Chefchaouen, 33 à Tétouan, 21 à Larache) que dans le reste du pays (15 à Meknès, 14 à Kénitra et Fès, 11 à Rabat, Casablanca et Beni-Mellal, 9 à Nouasser et Kasbat Tadla, 4 à Marrakech). Ces quantités de pluies restent cependant très faibles par rapport aux besoins des cultures, d’autant plus que la météo prévoit une stabilisation de la situation au cours des jours à venir. Néanmoins, elles redonnent, dans une certaine mesure, de l’espoir aux agriculteurs.
Les premiers à profiter pleinement de ces précipitations, quelles que soient leurs quantités, sont les semis précoces de blés dur et tendre effectués avant les pluies de la deuxième décade de novembre. Représentant selon les régions 15 à 30% des superficies emblavées, ils ont bien résisté et sont dans un bon état végétatif partout dans les régions de production (Saïss, Gharb, Chaouia, etc.). Le stade dominant actuellement varie entre tallage et début montaison. Les plantes présentent une bonne couverture du sol grâce à un taux de tallage élevé, une bonne densité et une faible évaporation due à un temps frais. Dans les régions côtières, les brumes et les rosées nocturnes et matinales ont aidé à la conservation de l’humidité au niveau racinaire.
Les semis effectués après les précipitations automnales (la majorité des superficies céréalières emblavées) ont peu germé et sont par conséquent considérés comme tardifs. Il faut rappeler que le démarrage de la campagne a connu un retard des précipitations de 3 semaines environ, ralentissant les travaux d’installation des cultures. Ces opérations ont desséché la partie superficielle du sol dans laquelle se trouvent les grains, entraînant un très faible pourcentage de germination et une grande irrégularité de levée. Dans ce cas, et selon les quantités de pluies enregistrées, les parcelles où la levée a eu lieu profiteront mieux des pluies que celles où les grains, non encore sortis de terre, nécessiteront plus d’eau.

Certains agriculteurs ont réservé leur superficie aux légumineuses tardives comme le pois chiche

Dans les autres régions au sud de Settat, la situation est mitigée. Habitués à semer après les précipitations automnales, la plupart des agriculteurs n’ont pas pu le faire, vu que la faible pluviométrie de novembre n’a pas suffi à ameublir un sol trop dur et tassé par le pâturage. Yassine Jamali, vétérinaire et producteur dans la région de Kalaat Sraghna, confirme toutefois que les blés dur et tendre précoces, dans la région allant de Settat à Tassaout, résistent étonnamment alors que l’orge est complètement brûlé par les maladies. «Il n’y a pas eu de désherbage ni d’engrais de couverture. Ici, on attend février pour décider si ça en vaut la peine», ajoute-t-il.
Pour le moment, on peut penser que les semis précoces n’auront pas de problèmes. De même, en fonction des précipitations espérées dans l’immédiat et au cours de ce qui reste du cycle, et selon l’évolution du climat (chergui, échaudage), une partie des semis tardifs peut encore être sauvée. Cependant, vu le retard des précipitations (nous sommes mi-janvier, c’est-à-dire que près du tiers du cycle est écoulé), les semis tardifs, même en bénéficiant de bonnes conditions climatiques, auront un rendement fortement réduit. Dans le meilleur des cas, il faudra s’attendre à un rendement à l’hectare diminué d’au moins de moitié.
Méfiants de nature, certains agriculteurs ont hésité à préparer leurs parcelles pour les cultures de printemps (maïs principalement), alors que d’autres ont prévu de les réserver aux légumineuses tardives (pois chiches) dont le semis s’effectue généralement vers la fin de l’hiver, selon les régions.
Pour M. Jamali, dans une région où il tombe moins de 150 mm, il faut abandonner la culture des céréales et s’orienter plutôt vers la production de fourrages.
Deuxième céréale d’automne, l’orge est d’habitude cultivé sur plus de 2 millions d’ha, soit près de 45% des superficies céréalières, dans les régions essentiellement bour (Settat, Doukkala-Abda, …). Cependant, cette culture ne bénéficie pas de la même attention que les blés. Ainsi, les semences communes utilisées sont de mauvaise qualité et non traitées, d’où les maladies (oïdium et helminthosporiose) qui se transmettent et accompagnent la culture là où elle se trouve. D’autant plus que les agriculteurs, habituellement, n’effectuent ni apports d’engrais ni traitements herbicides ou fongicides.