Avec 2 MDH, du flair et des idées, il bà¢tit un fleuron industriel

A dix-sept ans il se lance dans le monde du travail. Aujourd’hui, il est patron d’une unité de 700 personnes qui réalise 2,5 milliards de DH de chiffre d’affaires.
El Fadel Sekkat est un patron «itinérant» qui n’a pas de bureau personnel.
Il fait Å“uvre utile en finançant des actions caritatives et préside la Société musulmane de bienfaisance d’Aïn Chok.

El Fadel Sekkat est un homme qui tient à  passer inaperçu. Peut-être pour se ménager un poste d’observation plus aisé. Il pousse ce souci de la discrétion au point que, dans son unité de production de produits métallurgiques, il n’a tout simplement pas de bureau. A Maghreb Steel, il y a bien les bureaux du directeur général et de ses adjoints, les différents services (la société compte un effectif de plus de 700 personnes), mais pas celui du président. Et quand on le questionne sur ce point, il répond : «Je ne ressens pas le besoin d’avoir un espace personnel, je me mets dans un coin, et l’essentiel est d’être près de tout le monde et à  l’écoute de ce qui se passe». En fait, les 30 ha sur lesquels est installé Maghreb Steel sont un énorme bureau et El Fadel Sekkat y trône pendant les 12 heures de travail quotidien qu’il s’impose, de 8 heures à  18 heures. Un vrai patron «itinérant», si l’on ose dire. Et encore, regrette-t-il, «c’est dommage que je ne puisse faire davantage, car l’usine travaille non-stop, selon le système des 3×8».

Il reprend une entreprise qui n’arrivait pas à  décoller pour 2 MDH
Maghreb Steel est manifestement une success story dans le monde du capitalisme marocain. Son chiffre d’affaires prévisionnel pour l’année 2006 est de 2,5 milliards de DH. Peu courant pour une entreprise familiale, peu courant aussi quand on sait qu’El Fadel Sekkat est pratiquement autodidacte. Il est né à  Fès en 1945. En 1951, sa famille s’installe à  Casablanca o๠son père est industriel dans le plastique. Le jeune El Fadel n’est pas particulièrement attiré par les études et, après le lycée, il travaille à  plein temps dans l’unité de son père. Il a alors à  peine dix-sept ans. A un certain moment, son père décide de lui donner, tout comme à  ses deux autres frères, de quoi démarrer l’activité de son choix.

Fort de son pactole, El Fadel part à  la recherche d’une opportunité d’affaires. Son flair lui fera choisir le secteur de la production de produits métallurgiques encore naissant. Il rachète une société qui a du mal à  démarrer à  cause de problèmes de trésorerie, Maghreb Tube, qui emploie une trentaine de personnes. Pour 2 MDH, il reprend l’unité. Nous sommes en 1977. Deux ans plus tard, cette PMI opère une première extension, mais l’activité ne va prendre son essor qu’à  partir du moment o๠il aura l’idée d’introduire davantage de valeur ajoutée. Il s’équipe alors pour la galvanisation des tubes puis de la tôle. Cela nécessitera un investissement de quelque 40 MDH. Quand on demande à  El Fadel Sekkat si les banques ont accompagné ses différentes phases de développement, sa réponse est décapante : «Je n’imagine mes projets que sur la base de fonds propres, les banques, elles, je ne les sollicite que pour la partie fonds de roulement. Tenez, le terrain sur lequel se trouve l’usine aujourd’hui est un héritage familial, ce qui a permis d’aller plus loin et très vite. Il ne faut pas non plus oublier que nous fabriquons nous-mêmes nos équipements et nos constructions, ce qui nous permet de réaliser des économies colossales».

Le tournant : un marché de 430 MDH en Libye
L’entreprise fera tant bien que mal son chemin jusqu’en 1994. Cette année-là , un grand événement sera à  la base de la mutation de la société, qui s’appelait alors encore Maghreb Tube : un marché de deux unités de production de produits métallurgiques pour la Libye. Comme El Fadel Sekkat avait mis en place un bureau d’études digne de ce nom, il était bien placé pour postuler à  cette livraison «clés en main». Il rafla cette affaire dont le budget était de 43 millions de dollars, soit 430 MDH à  l’époque. L’industriel a ce mot pour résumer l’intérêt que cela a représenté pour lui : «J’ai exporté deux usines que j’ai livrées en 4 ans et j’ai importé l’idée de me doter d’un laminoir».

Le problème de la nocivité de l’amiante, sur lequel les écologistes ont commencé à  se battre très sérieusement durant les années 90, a aussi servi ses affaires en lui permettant de fournir des produits de substitution. Pour suivre le marché, la capacité de production est passée de 60 000 tonnes en 1994 à  100 000 tonnes en 1999. Elle devrait atteindre 300 000 tonnes d’ici peu.

El Fadel n’en finit pas d’envisager de nouveaux développements pour son entreprise. Aujourd’hui, il veut sauter le pas pour réaliser une aciérie en s’équipant d’un laminoir à  chaud, le laminoir à  froid ayant été introduit à  Maghreb Steel en 2000. Et ce ne sont pas là  des paroles en l’air, car les études sont achevées et il n’attend que le bon moment pour passer à  l’action. Des perspectives l’y encouragent : d’une part la consommation moyenne du pays reste encore faible (entre 40 et 50 kg per capita contre 100 en Tunisie, 300 en Chine, 500 à  600 kg en Europe), ce qui laisse de très bonnes perspectives pour la production ; d’autre part, l’unité de Maghreb Steel exporte aujourd’hui 70 % de sa production.

Par ailleurs, si son sourire cache un redoutable homme d’affaires, il révèle aussi l’homme qui se soucie de son prochain. El Fadel Sekkat est ainsi engagé dans le mécénat et le social. C’est lui qui préside aujourd’hui la Société musulmane de bienfaisance d’Aà¯n Chok, un quartier o๠il a édifié un hôpital. On doit aussi à  la famille la construction de la bibliothèque Mohamed Sekkat, dont le coût est estimé à  43 MDH .