Autoroute Settat-Marrakech : encore des déboires… et du retard

L’accident sur le pont d’Oum Rabiî, en décembre dernier, a rallongé un peu plus le délai de réalisation

Autoroutes du Maroc a décidé de retirer le marché à Megec, la société qui en était
adjudicataire

C’est l’entreprise turque Dogus qui continuera les travaux dans le cadre d’une procédure de gré à gré.

Plus d’un mois et demi après l’accident survenu au chantier du pont en construction d’Oum Rabiî, sur le tronçon d’autoroute Settat-Skhour Rhamna (61 km), le rapport d’enquête se fait toujours attendre. Une enquête menée par les équipes de la société des Autoroutes du Maroc (ADM) pour élucider les circonstances dans lesquelles une poutre de 46 mètres de long et pesant 120 tonnes s’était effondrée en entraînant dans sa chute quatre autres et en tuant, au passage, un ouvrier se trouvant sur les lieux du sinistre. Finalement, le rapport d’enquête que tous les professionnels du BTP attendaient ne sera pas rendu public et encore moins les circonstances de l’accident. En revanche, la décision des pouvoirs publics, à travers le ministère de l’équipement et ADM, est tombée, elle, à la mi-janvier comme un couperet : la société adjudicataire dans le cadre d’un groupement du marché spécifique à la construction du pont en question s’est vu retirer le marché. Il s’agit de la société Megec (Maghrébine d’étude et de génie civil). Le verdict est donc tombé mais par contre les attendus du jugement ne sont pas connus. Ce qui, apparemment, laisse déduire que les enquêteurs d’ADM ont abouti à la responsabilité avérée de l’entreprise. Et c’est là un premier revirement par rapport à la thèse initiale. En effet, au lendemain même de l’incident, un communiqué émanant du ministère de l’équipement et de ADM semblait presque blanchir Megec en le mettant sur le dos d’un conducteur de grue. Aujourd’hui, la décision démontre finalement que la faute n’était pas celle du grutier.

Contactée par La Vie éco, la direction générale de la société Megec n’a pas souhaité donner suite à nos appels. Toujours est-il que dans les milieux du BTP, même si l’information est déjà connue, elle n’a pas été ébruitée car, pour certains, à l’image de la FNBTP, «cela contribuera à détériorer une atmosphère qui n’est déjà pas bonne depuis l’accident». Même son de cloche du côté d’ADM, dont les responsables, peu diserts, se sont simplement contentés de faire remarquer qu’«il vaudrait mieux tourner la page».

En fait, ce sont plutôt les déboires que connaît le tronçon (notamment le retard dans les travaux) qui sont à l’origine de cette mauvaise ambiance, l’accident n’ayant été que la goutte qui a fait déborder le vase. Au demeurant, la décision d’ADM de retirer le marché à Megec a apporté son lot de problèmes car, alors que les travaux étaient déjà en retard, ce sont là quatre autres semaines qui viendront rallonger les délais. En effet, même si, selon ADM, «les travaux ont continué normalement sur le reste du chantier», ceux du pont d’Oum Rabiî, en revanche, se sont arrêtés pendant au moins les deux semaines qui ont suivi l’accident.

Une fois Megec écartée, il fallait trouver un remplaçant et vite. ADM s’est rabattue sur un plan B. Selon des sources bien informées, la poursuite des travaux du pont en question a été confiée à la société turque Dogus. Et pour gagner du temps, ou plutôt arrêter le compteur des retards, ADM a préféré procéder rapidement en optant pour la méthode du gré à gré au lieu de relancer un autre appel d’offres.

Ce qui au passage pose quelques questions. Pourquoi ADM a-t-elle choisi la société Dogus, celle-là même avec qui elle avait eu quelques frictions à cause du retard de livraison d’un autre tronçon, en l’occurrence Asilah-Tanger ? Quelles sont les raisons pour lesquelles Megec a été écartée ? Si elle est responsable d’une ou plusieurs fautes, quelles sont-elles ? Pourquoi le rapport d’enquête n’a pas été réalisé et diffusé aux premiers concernés ? Megec, pour autant qu’elle ait commis des erreurs, est-elle la seule responsable, dans la mesure où il y a un contrôle des travaux ? Lequel contrôle est effectué par des cabinets désignés à cette fin. Toutes ces questions, toutefois, demeureront certainement sans réponse car les uns et les autres ont préféré la loi du silence. A commencer par Megec qui, comme nous l’ont confirmé des sources, semble accepter la sentence. Mais avait-elle vraiment le choix, elle qui a encore pas moins de 45 MDH à récupérer de chez ADM ?

Et en attendant, le doute s’installe de nouveau quant à la mise en service du tronçon dans les délais annoncés, à savoir mars 2007. Sachant que dans un premier temps, il devait l’être en janvier. Sauf que la défaillance de certaines entreprises adjudicataires avait obligé ADM à repousser la date. Mais comme dit l’adage : «A quelque chose malheur est bon». Avec la dernière décision d’ADM, les entreprises sauront au moins qu’elles n’ont pas droit à l’erreur et que, finalement, on ne badine pas avec la sécurité.