Automobile : les professionnels tablent sur une croissance de 10 à 15% à partir de 2017

Les concessionnaires espèrent franchir cette année le record de 121 000 unités atteint en 2015. Une offre diversifiée, des prix en baisse et un meilleur taux d’équipement sont à l’origine du dynamisme du marché. Citadines, ludospaces et SUV mid-size concentrent le gros de la demande.

L’euphorie se prolonge chez les concessionnaires de voitures ! A fin septembre, les ventes de véhicules particuliers culminent à 110 205 unités, en hausse de 30% comparativement aux neuf premiers mois de 2015. C’est dire que le secteur s’approche des 121000 unités vendues sur toute l’année 2015, record de la profession à ce jour. Pour les professionnels, 2016 devra se terminer sûrement sur un nouveau record bien que le marché soit moins animé qu’en début d’année. «La dynamique s’est un peu calmée avec la trêve estivale et les préparatifs de la rentrée, mais nous observons toujours un trafic important dans les showrooms», relève un commercial de Renault. Pour le directeur commercial d’une grande concession, même si les visiteurs se font moins nombreux, le peu de clients qui passent par les showrooms concrétisent leurs intentions d’achat. Il note au passage que les commerciaux ont dorénavant affaire à des clients plus avisés et très bien informés sur le produit, surtout le segment qui correspond à leur budget.

Le Salon Auto expo a déplacé une partie des ventes en mai et juin

Qu’est-ce qui explique alors ces prouesses en termes de volumes vendus ? Un premier facteur, classique, est celui du salon. Certes, l’Auto Expo de cette année était un très bon cru avec des ventes en hausse de plus de 25% par rapport à celui de 2014. Mais pour la majorité des professionnels, cet événement ne crée pas de surplus d’activité en lui-même ; il ne fait que déplacer les ventes sur les mois de mai et juin. «Le salon ne peut justifier les bonnes performances commerciales du secteur. La preuve, c’est que l’on était déjà sur une hausse de plus de 20% au premier trimestre», commente Abdelouahab Ennaciri, DG de Scama (Auto Hall). A l’en croire -son avis est partagé par plusieurs autres concessionnaires sondés-, la raison principale qui sous-tend la croissance des ventes est le besoin de mobilité. Il rappelle à ce titre que le taux de motorisation du marché marocain reste bien en deçà de celui observé dans des pays voisins. «A un certain niveau de revenu et avec un impératif de mobilité qui se pose avec acuité, la demande décolle. Autrement, nous sommes en train de rattraper le retard pris sur les années antérieures en termes de niveau de motorisation», explique M. Ennaciri. A ce titre, la tendance est jugée durable. Cela ne veut pas dire que les ventes vont encore progresser de la même manière pour les prochaines années, mais le marché pourra facilement atteindre des taux de croissance stabilisés autour de 10 à 15% à compter de 2017.

Si le besoin existe bel et bien et la demande suit, le deuxième facteur avancé par les professionnels émane du côté de l’offre. A l’unanimité, concessionnaires et spécialistes affirment qu’elle est aujourd’hui très diversifiée. S’ajoutent à cela des prix en nette baisse et un taux d’équipement très amélioré. Ces changements se voient sur les citadines, les ludospace et les SUV mid-size, segments qui concentrent le gros de la demande. D’ailleurs, ces modèles, qui ne cessent d’améliorer leurs parts de marché depuis le début de l’année, sont considérés par plusieurs spécialistes comme le moteur de la croissance du marché.

Le renouvellement des taxis a aussi soutenu la demande

En dehors de ces facteurs, la demande est soutenue par le renouvellement du parc des taxis, grands et petits. Il s’en vend «en moyenne un millier d’unités par mois», indique M. Ennaciri. D’autres professionnels estiment quant à eux que le renouvellement du parc a contribué à hauteur de 15 à 20% à la hausse des ventes.

Le financement est également cité par quelques concessionnaires. La baisse des taux couplée à des formules très intéressantes, notamment les crédits à taux zéro, ont encouragé une bonne partie de la clientèle à franchir le pas. Cet argument n’est cependant pas partagé par tout le monde. A l’image de ce directeur développement d’une enseigne française qui explique que la proportion des achats à crédit, dans son portefeuille, a baissé par rapport au comptant en 2016. Chez Auto Hall, la pénétration du crédit est restée la même. L’importateur de Ford et Nissan affiche un mix de 60% à crédit et 40% au comptant. Selon des estimations recoupées, le marché devrait être à 50%-50%. «Les banques et sociétés de financement n’ont pas changé leur politique risque et continuent toujours de verrouiller au maximum leurs procédures d’octroi de crédit, notamment dans le contexte actuel», fait remarquer un concessionnaire. Le plus important est que les commandes continuent de tomber et, pour l’instant, c’est bien le cas.

Dacia et sa consœur Renault trônent sur le segment des véhicules particuliers avec des parts de marché respectives de 27,2% et 10,4%, suivies de Ford avec 9,8%. Volkswagen (6,8%), Hyundai (6,8%) et Peugeot (6,7%) jouent des coudes. Toutefois, la marque allemande réalise la meilleure croissance des ventes avec 83%. Le segment des véhicules utilitaires légers, enfoncé dans la crise depuis des mois, sort peu à peu la tête de l’eau. A fin septembre, le VUL a nettement réduit sa baisse pour la stabiliser à -5,6%, à 7900unités vendues. Selon les opérateurs de ce segment, les ventes continuent de pâtir en partie du ralentissement économique et du manque de visibilité des entreprises qui n’investissent que très peu dans leur parc. Mais également de la hausse des prix des pick-up amorcée depuis 2014. Les véhicules de ce segment se vendent 20% plus cher qu’habituellement. «Le VUL est en train de vivre une reconfiguration. Les acheteurs s’orientent massivement vers le fourgon qui concentre dorénavant plus de ventes que le pick-up», note M.Ennaciri.