Automobile : de nouvelles filières en cours de structuration en écosystèmes

Systèmes extérieurs, composants châssis, colonnes de direction…, plusieurs métiers sont concernés. Les écosystèmes déjà en activité sont en avance sur leurs engagements. Les opérateurs misent sur le sourcing pour doper davantage leur activité.

De nouveaux métiers de l’industrie automobile seront structurés en écosystèmes. Selon Hakim Abdelmoumen, président de l’Association marocaine de l’industrie et du commerce automobile (Amica), il s’agit des systèmes extérieurs, composants châssis, colonnes de direction, produits d’optique avant et feu arrière, compresseurs HVAC (climatisation), plastique d’aspect et bien d’autres. «La dynamique des écosystèmes a donné ses résultats. Sur ceux qui existent, nous avons parfois dépassé les objectifs arrêtés en termes d’investissement, de chiffre d’affaires et d’emplois. Avec ces nouveaux qui sont en chantier, nous allons réaliser un grand saut au niveau du chiffre d’affaires à l’export et du taux d’intégration à partir de fin 2018/début 2019», prévoit M. Abdelmoumen.

En effet, les cinq écosystèmes déjà en activité depuis 2014 (moteurs et transmission, câblage, métal et emboutissage, batterie et intérieur véhicule-sièges) sont en avance sur tous les engagements pris lors de la signature de leurs contrats de performance (emplois, investissements, chiffre d’affaires additionnel et la profondeur supplémentaire apportée à la filière), selon les données de l’Amica. Pour les industriels, plusieurs métiers de l’industrie automobile font leur apparition pour la première fois au Maroc et gagneront à être structurés en écosystème notamment pour réussir leur intégration en profondeur et leur permettre de dégager plus de valeur ajoutée.

Plus de 35 milliards de DH d’exportations à fin août

En attendant, l’industrie automobile continue de booster les exportations d’une manière soutenue au fil des mois. Après avoir enregistré une nette hausse de 14,9% sur le premier semestre, ses expéditions ont dépassé 35,7 milliards de DH à fin août, signant encore un bond d’environ 14,7%. Cette performance confirme le rang de l’automobile comme premier secteur exportateur du pays bien devant l’agro-alimentaire (31 milliards), les phosphates (26,6) et le textile (23,7). Selon les données de l’Office des changes, la part du secteur automobile dans le total des exportations atteint ainsi plus de 25% contre 22,1% un an auparavant et 20,5% à fin août 2014.

Cette évolution est à mettre surtout à l’actif de la construction. Ce segment a vu son chiffre d’affaires progresser de 24,7%, à 19 milliards de DH notamment grâce à la montée en cadence de l’usine de Renault Tanger dont la production a dépassé 300 000 unités. D’autre part, la plateforme logistique internationale (ILN) du groupe tourne à plein régime, permettant l’export de pièces réalisées chez environ 20 fournisseurs locaux vers d’autres usines de Renault. A travers le port Tanger Med, cette activité a permis en 2015 des expéditions de 86 617 m3 réparties en 1 425 conteneurs destinés au Brésil, à l’Inde, à la Colombie, à la Roumanie et à l’Argentine.

Pour leur part, les exportations du segment câblage culminent à plus de 13,5 milliards de DH, en hausse de 2,6%. Selon les industriels, cette progression est à la fois le résultat des unités anciennes, des extensions et des nouvelles unités installées qui ont commencé leurs premières livraisons aux donneurs d’ordre. Cela dit, force est de constater que la part de ce segment dans les exportations totales du Maroc évolue bien moins rapidement que celle de la construction. Alors que ce dernier est monté de 5,6% en 2013 à 15,4% en 2016, le câblage est passé de 8,4 à 11% à peine. Selon M. Abdelmoumen, cette proportion est appelée à croître significativement avec l’arrivée de nouveaux investisseurs et l’extension d’unités des opérateurs déjà installés. A ce titre, il rappelle que TE Connectivity vient d’inaugurer son deuxième site produisant des connecteurs de câbles. Dans la matière première du câblage, le français Acom vient de commencer l’exploitation de son usine et Coficab a finalisé son projet d’extension. Aussi, Delphi a annoncé la création de 7usines (23 000 emplois d’ici 2020). Leoni, Fujikura, Lear ont également engagé de gros investissements.

Le vrai décollage attendu en 2019

Pour M. Abdelmoumen, parmi les industriels de son association, l’on parle de moins en moins du nombre de voitures produites localement. Les industriels appréhendent le potentiel actuel du secteur surtout à l’aune du marché régional qui se chiffre en milliards d’euros, et ce, grâce au sourcing. «Avec PSA, le contrat de sourcing tourne autour de 1 milliard d’euros par an, celui de Renault dépasse les 2 milliards, Ford compte doubler son approvisionnement avec l’ouverture d’un bureau d’achat dans la zone franche de Tanger pour servir son usine de Valence d’une capacité de 450 000 unités, et les démarches sont en cours avec Volkswagen», rappelle-t-il. Ceci aidera à aller vers une intégration en profondeur, et à terme développer de nouveaux métiers dont la fabrication des moteurs et toutes les pièces moteur jusqu’à la fonderie. D’autres métiers vont encore prendre de l’ampleur dans le futur notamment l’injection plastique, l’outillage et l’emboutissage.

Et il semble que l’industrie locale n’est plus en retrait de ce dynamisme. Des opérateurs locaux commencent peu à peu à fournir les constructeurs automobiles installés et ceux intéressés par le sourcing. Systèmes extérieurs, batteries, radiateurs, tuyaux d’échappement, pistons…, plusieurs petits industriels saisissent la vague. Pour l’Amica, l’objectif est d’entraîner un maximum d’acteurs locaux. «Le développement actuel du secteur automobile est une opportunité pour que les industries marocaines y trouvent leur compte. Pour cela, nous sommes en train de mettre en place des groupements associant des PME marocaines à de grands équipementiers avec une première vague qui concernera 20 petits industriels locaux», annonce M. Abdelmoumen. 

In fine, ceci prédispose le secteur à son vrai décollage attendu, selon M.Abdelmoumen, pour 2018-2019. Avec l’entrée en activité du site de Kénitra de PSA, la plateforme Maroc, classée 17e mondial, peut monter au 15e rang grâce aux 600 000 voitures et 200 000 moteurs annoncés. Grâce à ce volume, le secteur qui table sur plus de 100 milliards de DH d’exportations d’ici 2020 verra cet objectif ambitieux à portée de main!.