Au SIAL Middle East, des coopératives agricoles s’essaient au commerce international

75 coopératives agricoles ont représenté le Maroc durant la 10e édition du Salon international de l’alimentation SIAL Middle East 2019 qui s’est tenu aux Emirats Arabes Unis du 9 au 11 décembre. Entre 2008 et 2018, les exportations en produits de terroir ont triplé sous l’effet du Pilier de la stratégie du Plan Maroc Vert.

Un pavillon authentique et bien animé assurant une immersion dans la civilisation marocaine. Des produits de terroir issus des douze régions du Royaume présentés par des coopératives qui n’ont pour la plupart jamais exporté. Un staff anglophone à leur chevet pour faciliter les échanges et les sessions B to B entre les représentants de coopératives et les visiteurs. En fait, la présence marocaine au SIAL Middle East – qui s’est tenu du 9 au 11 décembre – est pour le moins inédite dans de tels salons, qui restent l’apanage de grands industriels de l’agroalimentaire contrairement aux coopératives, qui n’ont ni les moyens et encore moins le réflexe de la prospection à l’international. «Notre présence ici dans ce salon international pour la 7e fois ainsi que le dynamisme que connaît la commercialisation des produits de terroir à l’échelle nationale, notamment dans les grandes surfaces et dans le Marché solidaire de Casablanca, sont le résultat des efforts consentis par le Royaume en faveur de l’agriculture solidaire dans le cadre du pilier II du Plan Maroc Vert», indique d’entrée de jeu Mehdi Rifi, le directeur général de l’Agence de développement agricole (ADA); un organisme public en charge de l’exécution du PMV et créé en 2009. Selon le responsable qui a fait le déplacement avec ses équipes, le chiffre d’affaires à l’export des produits de terroir marocains ont plus que triplé en dix ans, passant de 80 à 300 millions de DH (+275%), grâce à la stratégie de développement des produits de terroir mise en place dans le sillage du PMV. A cette évolution remarquable s’ajoutent plusieurs chantiers réalisés tels que la mise en place d’un système de labellisation (voir encadré) et d’une stratégie dédiée aux produits de terroir, le financement de 400 unités de production et accompagnement de plus de 700 coopératives rassemblant plus de 20 000 petits producteurs. Des réalisations qui ont permis à ce secteur agricole, jadis désorganisé et dépourvu de stratégie publique dédiée, de voir le jour sous une forme moderne.

SIAL Middle East
SIAL Middle East

Engouement pour la petite agriculture marocaine

Érigé sur 318 m², le pavillon Maroc attirait l’attention des visiteurs par ses produits de terroir uniques comme l’argane et ses produits dérivés, les dattes de la variété mejhoul, le safran ou le rose à parfum. Dans un salon dominé par les produits classiques de l’agroalimentaire ou des produits innovants, tous issus de l’agriculture productiviste, l’offre marocaine s’est distinguée par des produits qui sont tous issus de la petite agriculture. Une agriculture de plus en plus prisée au niveau national et international pour sa durabilité, son cachet social et sa faible exposition aux techniques productivistes. Si dans le stand turc, à titre d’illustration, on pouvait trouver des amandes pas chères destinées aux applications industrielles les plus éprouvées, dans le pavillon Maroc, on y trouvait des amandes authentiques du terroir d’Al Hoceima. «Nos amandes poussent dans un environnement sain, dans une zone montagneuse non polluée et sans intrants chimiques. Ceci fait que nos produits sont d’une qualité meilleure, mais les positionner sur le marché international prendra encore plus de temps et nécessitera plus d’efforts», nous explique le représentant de Louzema, une coopérative spécialisée dans la production d’amandes, créée en 2009 et comptant 180 membres de la commune de Bni Hdifa. Si la coopérative n’écoule ses produits que sur le marché intérieur pour l’instant, elle ambitionne d’exporter sur le court et le moyen terme. «Exporter pour une coopérative est une tâche très ardue, surtout dans le secteur agricole où l’export est lié à beaucoup de barrières et exige une force de frappe financière face à des distributeurs qui ont un grand pouvoir de négociation, mais notre présence aujourd’hui est un bon premier pas», poursuit-il. L’écho est le même chez un jeune représentant d’une coopérative de safran de la région de Taliouine. «Les visiteurs ont été surpris de découvrir que le prix du safran marocain qui est meilleur que le safran iranien – vu son niveau supérieur de concentration du safranal et l’agriculture non productiviste de laquelle il est issu – est très abordable. Notre présence ici aux Emirats nous a permis de prendre conscience de la qualité de notre produit et d’avoir des promesses d’achat après analyse des échantillons achetés par nos prospects», déclare le jeune représentant de la coopérative Al Kimma de Taliouine, qui vient de décrocher il y a quelques mois l’agrément sanitaire de l’ONSSA et celui de l’export de l’EACCE. Deux prérequis pour exporter. Créée en 2013, la coopérative peine toujours à commercialiser sa production de 70 kg avec des prix intéressants et voit dans l’export un débouché pour améliorer ses revenus. «Sur les 70 kg que nous produisons, nous commercialisons 10 kg dans le Marché solidaire de Casablanca avec l’appui de l’ADA et le reste est liquidé dans le circuit traditionnel», poursuit notre interlocuteur. Fait important à noter, les coopératives vendent une bonne partie des échantillons qu’elles exposent à des prix souvent supérieurs à ceux du marché local, ce qui leur permet de non seulement promouvoir leurs produits mais également générer des recettes. Produit star du Maroc, l’arganier n’est plus à présenter ou à promouvoir. «Les visiteurs ont déjà une idée sur l’huile d’argane et viennent directement nous parler des possibilités d’export sur ce marché», nous explique Farik Hicham, président de la coopérative Zoyout Regraga. Créée en 2012, cette coopérative spécialisée dans la production de l’huile d’argane et l’huile d’olive exporte une bonne partie de sa production en Europe. En participant au SIAL Middle East, elle espère faire un premier pas dans le marché des pays du Golfe et de l’Asie. «Nous avons parcouru un long chemin avec l’ADA pour moderniser notre outil de production, améliorer le packaging et la commercialisation de nos produits. Nous espérons qu’il y aura une continuité de ce qui a été fait après 2020, en se concentrant cette fois-ci sur la logistique et le marketing», ajoute Farik Hicham, pour qui il faut attirer des investisseurs et des jeunes compétences capables de mieux vendre les produits du terroir marocain. «Un agriculteur ne peut pas s’occuper de la production et de l’amont. Nous avons compris cela et nous avons recruté un jeune cadre capable de nous aider à commercialiser», conclut-il. D’autres coopératives spécialisées dans d’autres produits – tels que le couscous, le miel, les épices, les dattes, la figue de barbarie, les plantes médicinales et le rose à parfum – ont pu s’essayer à la prospection et à la promotion de leurs produits. Un exercice qui a nécessité l’accompagnement d’un cabinet et des sessions de formation plusieurs semaines avant la tenue du salon pour préparer les exposants aux démarches du commerce international. Si, à l’heure où nous mettions sous presse, le bilan final de la participation marocaine n’a pas encore été dressé, celui de l’année 2018 a été très positif, à en croire les données fournies par l’ADA. Pas moins de 240 rencontres B to B avaient été organisées, permettant aux coopératives de décrocher des commandes.

Préalable indispensable à toute stratégie de commercialisation et de valorisation des produits de terroir, l’instauration du système des signes distinctifs d’origine et de qualité de ces produits a été entreprise dès 2008 par le ministère de l’agriculture. Promulguée le 23 mai 2008, la loi n°25-06, relative aux signes distinctifs d’origine et de qualité (SDOQ) des denrées alimentaires et des produits agricoles et halieutiques, a créé le cadre juridique qui permet la reconnaissance et la protection des produits marocains du terroir. Trois signes distinctifs ont été retenus : l’Indication géographique (IG), l’Appellation d’Origine (AO) et le Label agricole (LA). Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, le système marocain en matière de labellisation a permis la reconnaissance de 66 SDOQ; dont 54 IGP, 6 AOP et 6 LA après étude et examen des cahiers des charges y afférents, par la Commission nationale des SDOQ. En effet, 62 produits ont été labellisés, il s’agit entre autres de l’Indication Géographique Protégée (IGP) «Argane», l’IGP «Clémentine de Berkane», l’Appellation d’origine protégée (AOP) «Safran de Taliouine», l’IGP «Dattes majhoul de Tafilalet», l’IGP «Amande de Tafraout», l’IGP «Keskes khoumassi», l’IGP «Figue de barbarie d’Aït Baâmrane», l’IGP «Dattes boufeggous», l’IGP «Câpres da Safi».

 

SIAL Middle East
SIAL Middle East

 

• Plus de 10 000 exposants

• Plus de 20 000 visiteurs

30 pavillons nationaux

183 grands industriels de l’agroalimentaire

10 éditions