Au mieux, la consommation de ciment devrait stagner jusqu’en 2017 !

La demande pourrait terminer l’année en cours sur une baisse de 4% du fait du ralentissement des mises en chantier de logements. La reprise anticipée après 2017 devrait se matérialiser par des progressions annuelles de la consommation de 3 à  4%, bien en dessous de la croissance moyenne de 7% observée sur la précédente décennie.

Le ciel ne semble pas près de s’éclaircir pour le secteur du ciment. La consommation boucle le premier trimestre sur une hausse famélique de 0,6%, à 3,5 millions de tonnes, après trois années consécutives de baisse qui ont enfoncé la demande de 12,4%. Le premier quart de l’année termine de justesse dans le vert du fait des inondations qui ont touché le Sud et qui ont induit des reconstructions, dopant par là même la consommation de ciment dans la zone. La suite de l’année promet d’être moins favorable encore.

Selon Mohamed Chaibi, président de l’Association professionnelle des cimentiers (APC), la consommation de ciment pourrait terminer l’année sur une baisse de 4% ou au mieux une stagnation, à 14,1 million de tonnes. C’est que les facteurs qui ont induit une dégradation de la demande de ciment sur les dernières années persistent. En effet, les pressions sur les mises en chantier de logements devraient se prolonger, selon M. Chaibi. Il énumère: «Les banques restreignent leurs financements aux promoteurs immobiliers et aux acquéreurs de logements-ce qui amoindrit les liquidités sur le marché. Dans la foulée, l’auto-construction voit elle aussi ses moyens de financement comprimés, ce qui agit négativement sur les mises en chantier initiés sur ce segment. S’ajoute à cela le gel par les grands opérateurs de la promotion immobilière de leur production en raison de leur situation financière tendue, en attendant d’écouler leurs stocks. Le tout est compliqué par l’allongement des délais de paiement qui ralentit la cadence de production et de mises en chantier». Bien sûr, l’année en cours est aussi marquée par des facteurs favorables, notamment la bonne campagne agricole qui encourage les travaux de construction parmi la population rurale mais également parmi les citadins dont une partie des revenus est liée à la terre. A cela s’ajoute le fait que 2015 est une année d’élections communales qui sera marquée par une tendance des équipes sortantes à accélérer l’exécution des budgets, induisant le lancement de plus en plus de chantiers. «Mais ces éléments positifs ne devraient pas compenser les fortes pressions baissières sur les mises en chantier», tranche M. Chaibi.

500 kg de ciment par habitant et par an

Le plus préoccupant est que la tendance devrait se prolonger sur les trois années à venir, pronostique le président de l’APC, ce qui signifie concrètement que dans le meilleur des cas, la consommation de ciment devrait stagner jusqu’en 2017, prévision par ailleurs valable pour la majorité des autres matériaux de construction dont la consommation est fortement corrélée au ciment. Les opérateurs jugent en effet que trois ans sont nécessaires pour l’assainissement des finances publiques et le rétablissement des équilibres macroéconomiques mais aussi pour que la demande externe se reprenne. Les cimentiers estiment aussi que c’est le délai nécessaire afin que l’actuel stock de logements puisse être écoulé et encourager une reprise ferme des mises en chantier.

Et il ne faut pas espérer qu’après 2017 la consommation affiche des progressions au même rythme que ce qui a été enregistré durant la dernière décennie. Au lieu d’une croissance moyenne de la consommation de près de 7% observée entre 2000 et 2010, «nous n’anticipons que des hausses de la consommation de 3 à 4% par an au-delà de 2017», prévient le président de l’APC. C’est qu’il y a très peu de chances pour que les conditions très favorables réunies entre 2000 et 2010 se reproduisent. La dernière décennie a été en effet marquée par un encouragement vigoureux du secteur immobilier, à travers le dispositif du logement social. Et il est très peu probable de voir un tel effort se reproduire. Qui plus est, le déficit en logements dépassait le million d’unités avant 2010 alors qu’il a été ramené à moins de 600 000 unités actuellement. Enfin, avec 500 kg de ciment consommé annuellement par tête d’habitant, le marché national est au maximum correspondant au niveau de développement du pays et il faudrait passer à un pallier supérieur de croissance du PIB pour voir cette consommation croître de manière plus importante, argumente M. Chaibi.

Tout cela ne présage rien de bon pour l’évolution de la surcapacité de production du secteur. Avec la consommation actuelle de 14,1 millions de tonnes qui devrait donc plus ou moins faire du surplace d’ici 2017, le surplus de production du secteur devrait stagner à 7 millions de tonnes, vu la capacité de production installée jusqu’à présent autour de 21 millions de tonnes. Ceci à supposer qu’aucune des capacités supplémentaires évoquées depuis quelques temps par les opérateurs en place mais aussi par de nouveaux entrants n’entre en service d’ici là n Reda Harmak