Au Maroc, une femme enceinte sur quatre n’a pas désiré sa grossesse

Entre 1979 et 2011, l’indice synthétique de fécondité a chuté de 5,6 à 2,6 du fait du recours à la contraception et de l’augmentation de l’âge moyen du mariage. Le Maroc devrait profiter de cette détente pour investir dans l’économie, l’éducation, la santé et la bonne gouvernance.

Al’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la population, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) au Maroc a organisé, le 12 juillet à Rabat, en partenariat avec le ministère de la santé, une rencontre sous le thème : «Planification familiale : autonomisation des populations et développement des nations». Cette rencontre vise à mesurer les progrès accomplis par le Royaume en matière d’extension du programme de planification familiale et de communiquer autour de ses perspectives à venir. Elle était aussi l’occasion de débattre du lien entre planification familiale et dividende démographique.

Bérangère Boell-Yousfi, directrice-pays de l’UNFPA Maroc, indique qu’au Maroc «une femme enceinte sur quatre n’a pas désiré sa grossesse ou aurait souhaité la retarder et 73% des décès maternels auraient pu être évités», et ce, en dépit d’une baisse de 30% du taux de mortalité maternelle au cours des cinq dernières années. Et de considérer qu’«il faut s’assurer que les femmes et les jeunes ont accès aux services et informations de qualité en matière de santé reproductive». Car l’accès à des soins de santé sexuelle et reproductive de qualité, y compris la planification familiale volontaire, conduit à «l’autonomisation économique des femmes et des filles» et, par là même, à «l’émancipation politique» et «la transformation sociale».

Le taux d’utilisation des méthodes contraceptives modernes est de 56,7%

D’après l’UNFPA ; 225 millions de femmes, à travers le monde, souhaitant avoir recours à des méthodes de planification familiale, efficaces et sans danger, n’en n’ont pas la possibilité, du fait qu’elles n’ont pas accès aux informations et aux services nécessaires, ou ne sont pas soutenues par leur partenaire ou leur communauté. Dans les pays en développement, 214 millions de femmes en âge de procréer, et désirant éviter une grossesse, ne pratiquent aucune méthode de contraception moderne. Parmi celles-ci, 155 millions ne pratiquent aucune méthode de contraception et 59 millions pratiquent une méthode traditionnelle.

Au Maroc, bien que le taux d’utilisation des méthodes contraceptives modernes soit de 56,7%, des besoins non satisfaits persistent (11%). En outre, l’utilisation des méthodes contraceptives connaît une forte dominance de la pilule, au détriment des méthodes de longue durée. En ce qui concerne le taux de prévalence contraceptive, celui-ci est passé de 19% à 67% entre 1979 et 2011. Quant à l’indice synthétique de fécondité, il a chuté de 5,6 à 2,6 au cours de la même période. Cette baisse du nombre moyen d’enfants par femme s’explique principalement par l’évolution à la hausse de l’âge moyen du premier mariage (entre 1960 et 2014, il est passé de 24 à 31,4 ans pour les hommes et de 17,5 à 25,8 ans pour les femmes) ainsi que par le recours de plus en plus massif à la contraception.

La conséquence de cette baisse de la fécondité est une diminution, observée depuis 1970, du ratio de dépendance démographique, à savoir le rapport entre l’effectif de la population d’âges inactifs (enfants et personnes âgées) et l’effectif de la population en âge de travailler. Ce ratio continuera à diminuer jusqu’en 2030, pour se stabiliser entre 2030 et 2050, puis repartira à la hausse de manière soutenue. C’est dire que le Maroc devrait profiter de cette période d’«aubaine démographique» pour réaliser des investissements «stratégiques» dans l’économie, l’éducation, la santé, ou encore la bonne gouvernance.

A noter que la Journée mondiale de la population coïncide cette année avec la tenue du Sommet de la planification familiale de Londres, 2e réunion des donateurs et parties prenantes de l’initiative FP2020 qui vise à élargir l’accès à la planification familiale volontaire à 120 millions d’autres femmes d’ici à 2020. Lors de cette réunion, un appel sera lancé aux gouvernements et à la communauté internationale pour s’engager dans la planification familiale. Cet appel découle du droit des couples et des individus de décider, librement et avec discernement, du nombre et de l’espacement de leurs enfants, ainsi que de disposer des informations et des moyens nécessaires à cette fin.