Au coeur du centre de recherche et développement de Kia à  Namyang

A 100 kilomètres de la capitale sud-coréenne, Séoul, se trouve le plus grand centre de recherche & développement d’Asie.
Une armée de 8 000 ingénieurs et techniciens travaillent sur les futurs modèles.
450 hectares, 71 types de chaussées pour les tests et une soufflerie géante qui coûte 50 000 dollars par jour rien qu’en électricité.

Mercredi 30 juin. A une centaine de kilomètres de Séoul, l’autocar qui transporte une douzaine de journalistes de plusieurs pays du Moyen-Orient et d’Afrique du nord, s’est arrêté devant une guérite. Trois agents de sécurité procèdent à des mesures, le ton ferme. Ils demandent à tout le monde de déposer dans des bacs appareils photo, téléphones portables, caméras ou tout autre matériel électronique. Des mesures draconiennes qui donnent l’impression d’accéder à une base militaire. Nous sommes dans le centre de recherche et développement Namyang du groupe Kia et Hyundai. Un site gigantesque de 450 ha gardé jour et nuit pour empêcher toute tentative d’espionnage industriel. Car c’est ici que se joue l’avenir du groupe Kia-Hyundai. Une armée de 8 000 personnes, des ingénieurs et des techniciens parmi les plus brillants du pays, y conçoit, dessine, imagine et teste les véhicules du groupe qui seront mis ultérieurement sur le marché mondial.
Sur les différentes pistes du site, des voitures camouflées sont testées par des professionnels. On distingue à peine la forme de la nouvelle version de la Picanto qui ne sera dévoilée que dans un peu plus d’un an. Même les représentants du groupe au Maroc n’en ont aucune idée. «Je crois que les feux arrière ont subi des changements importants» , lance Jawad Belkhouya, administrateur de Kia Maroc, qui semble très curieux de voir à quoi ressemblera la nouvelle version. Sauf qu’il devra attendre, comme tous les représentants de la marque dans le monde, le lancement officiel du nouveau modèle.
Les équipes du centre de recherche et développement de Namyang travaillent d’arrache-pied, et dans le plus grand secret, dans ce site équipé d’installations ultramodernes. Un site impressionnant qui comprend des espaces de test sur 71 types de chaussées auxquels est soumis tout modèle avant sa mise sur le marché.
C’est ici également que cette équipe évalue la différence qui existe entre les produits de leur groupe et ceux des concurrents à travers le monde. Sur une aire de 5 000 m2, des centaines de voitures de marques différentes (allemandes, françaises, japonaises et autres) sont stationnées pour être minutieusement scrutées.
Non loin des pistes d’essai, des bâtiments abritent le centre de design le plus important du groupe ainsi que les installations de conception de la motorisation, de la confection intérieure et de la fabrication des prototypes qui serviront aux tests.

Dix centres de R&D dans le monde

Parmi les lieux de passage obligatoire pour les voitures testées, il y a la soufflerie. C’est un immense tunnel à vent muni d’une hélice de 8,3 mètres qui sert à évaluer l’aérodynamique et l’acoustique des véhicules. Ce ventilateur géant, le plus grand en Asie, peut reproduire des vents d’une vitesse allant jusqu’à 200 km/h comme il simule des vents forts aux niveaux latéraux. Pour faire fonctionner cette machine, le groupe débourse quelque 50 000 dollars par jour rien que pour les frais d’électricité. C’est dire qu’il ne lésine pas sur les moyens pour développer la recherche.
«Kia consacre 5% de son chiffre d’affaires au financement de cette activité», indique Michael Choo, directeur des relations publiques. Soit près de 1,4 million dollars par an.
Le centre de Namyang est à l’image des ambitions de Kia qui commence depuis quelques années à jouer dans la cour des grands. En 2009, les ventes de la filiale de Hyundai ont totalisé 1 874 000 unités en progression de 20% par rapport à l’année d’avant. Son bénéfice net s’est élevé à 358 millions de dollars durant le premier trimestre 2010. Elle affiche ainsi une santé insolente dans un secteur qui traverse une crise inquiétante. 
Quelque 187 980 unités ont été commercialisées dans la région Moyen-Orient et Afrique, en hausse de 34%. Le groupe est en train de consolider sa présence dans cette zone puisque ses ventes en 2010 y ont totalisé 101 188 unités à fin mai, en progression de 44%.

Sauvé par Hyundai

Pourtant, il y a quelques années, personne ne prédisait un avenir aussi radieux à cette marque qui affichait un air plutôt vieillot. D’ailleurs, le constructeur sud-coréen fondé en 1944 en tant que fabricant de vélos avant de se reconvertir dans la voiture, allait mettre la clé sous le paillasson après la crise asiatique en 1998. C’est son compatriote Hyundai qui l’a sauvé d’une faillite certaine. Mais, depuis, il a entamé une mue totale. En l’espace de quelques années, le groupe a opéré une percée fulgurante et a réussi en 2009 à se classer quatrième dans les ventes avec plus de 5 millions de voitures vendues à travers le monde.
Le secret de cette résurrection ? «La faiblesse de la monnaie nationale, le won, a renforcé notre compétitivité», souligne M. Choo.
Mais c’est surtout en adaptant un rapport qualité/prix aux standards internationaux que la marque a réalisé un bond extraordinaire. Cette mutation a été possible grâce notamment aux efforts de recherche et développement entrepris dans le domaine technique et de design. Outre le centre de Namyang, le groupe dispose de neuf autres établissements dédiés à la recherche. Ils sont implantés en Corée du Sud, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Japon et en Inde. Cinq de ces centres sont consacrés à l’analyse et au développement du design au niveau du continent où ils sont implantés. Du coup, «des changements radicaux ont été introduits au niveau du design des véhicules de Kia», souligne Chi-Young Jeong, ingénieur en chef des recherches au centre de Namyang. La Picanto a subi un lifting total en 2007. Et les berlines, comme Opirus ainsi que le 4×4 Sorento équipés d’une calandre étroite et d’arêtes marquées, ont gagné en agressivité. Les ingénieurs et techniciens du groupe n’arrêtent pas d’innover. «On a diversifié l’offre en mettant sur le marché 14 produits et 19 modèles variés et on va lancer 5 nouveaux modèles d’ici fin 2010», explique M. Jeong.
Cette transformation est due essentiellement à un génie du design, l’Allemand Peter Schreyer, concepteur du roadster Audi TT, qui a été débauché de la firme allemande en 2006. Depuis, c’est lui qui imagine tous les nouveaux modèles de la marque sud-coréenne.