Attractivité du Maroc : les RH, la logistique et la dépendance à  l’extérieur pénalisent le Royaume

Les investisseurs étrangers sont unanimes à  louer les efforts et les réformes du Maroc pour attirer plus d’investissements. Plusieurs d’entre eux capitalisent aussi sur la position du pays en tant que plateforme pour desservir le reste de l’Afrique.

Les décideurs internationaux réunis à Marrakech à l’occasion de la World Investment Conference North Africa ont été unanimes à louer les efforts déployés par le Maroc pour améliorer son attractivité par rapport aux investissements directs étrangers. L’ensemble des intervenants a mis en relief la portée des plans et programmes sectoriels qui sont en train de redéfinir les contours de tout le tissu économique. Efforts de nature à «mettre le Maroc et l’ensemble de l’Afrique du Nord sur la carte pour les entreprises internationales en tant qu’espace pour développer les affaires à long terme», affirme Abdelkader Amara, ministre du commerce, de l’industrie et des nouvelles technologies.

Les grands investisseurs déjà installés dans le Royaume, notamment Alstom, GDF Suez, Safran, Renault, Bombardier n’ont pas manqué de souligner, pour leur majorité, les avancées enregistrées à l’actif de l’économie marocaine, chacun dans son secteur respectif. Pour eux, le Maroc a pu surperformer la région en termes de pertinence, de célérité et d’efficacité des réformes de son cadre économique qui devient de plus en plus réceptif aux investissements étrangers, d’autant plus que ces investisseurs capitalisent sur sa position en tant que plateforme pour desservir le reste de l’Afrique. «C’est un marché qui présente beaucoup de potentiel pour Bombardier à plusieurs niveaux», indique Souad Elmallem, directeur Afrique du Nord de Bombardier. Selon elle, «l’investissement de Bombardier au Maroc reflète un engagement à long terme et servira de tremplin aux activités et à la présence de la société en Afrique du Nord».
Pour sa part, Majid Iraqui, DG Afrique du Nord d’Abu Dhabi National Energy Company, TAQA, a souligné la qualité de l’accompagnement des autorités marocaines pour concrétiser l’investissement de 1,6 milliard de dollars pour l’exploitation de la centrale électrique de Jorf Lasfar (JLEC), ainsi que la prise en charge réactive des demandes du groupe pour faciliter son entrée de marché.

L’intégration des chaînes de valeur, une nécessité

Cependant, plusieurs insuffisances ont été soulevées par les groupes internationaux et les représentants des institutions financières internationales. Il s’agit en particulier des efforts qui restent encore à concéder en matière d’intégration et d’extension des chaînes de valeur en amont et en aval. Les investisseurs potentiels seront plus tentés à investir s’il y a autour d’eux des opérateurs qui produisent localement les intrants dont ils ont besoin pour leur cycle d’exploitation, à l’image de l’investissement d’Alstom et Nexans dans une usine de câblage ferroviaire à Fès qui desservira à la fois le marché local et l’Europe. «Ce type d’investissements, portant sur l’intégration des chaînes de valeur, joue un rôle moteur dans la modernisation de l’économie», concède Maurice Benassayag, vice-président senior chargé des affaires publiques chez Alstom.

Aussi, la problématique de la formation et la qualification des ressources humaines est pointée du doigt en tant que véritable carence du système, surtout pour des métiers émergents, notamment les énergies renouvelables, l’aéronautique, l’aquaculture… «L’éducation adéquate ainsi que la formation professionnelle font défaut au Maroc, ce qui impacte la disponibilité des cadres qualifiés pour les multinationales, ayant un besoin précis en termes de profils», s’alarme Robert
Tashima, rédacteur en chef d’Oxford Business Group (OBG). L’économiste en chef de la Banque mondiale abonde dans le même sens. Selon Jean-pierre Chauffour, le Maroc, bien qu’il fasse figure d’exception dans la région, reste très en deçà des aspirations en termes d’éducation et de qualification des ressources humaines.

La thématique de la logistique a aussi été soulevée, surtout par les opérateurs des secteurs manipulant des produits périssables. Ces derniers rapportent qu’il y a encore du chemin à faire par rapport à la pratique, aux délais et à la diligence des procédures portuaires.

Sur un registre plus macroéconomique, plusieurs intervenants ont mis le doigt sur la dépendance du Maroc par rapport à l’extérieur, en tant que vrai facteur de risque ne contribuant guère à conforter l’attractivité du pays. «Le manque de diversité des échanges commerciaux avec l’étranger, cantonnés principalement aux relations avec les Européens, augmente la vulnérabilité du pays face aux chocs externes», a ainsi commenté M. Tashima.

Horizontalement, et bien que les efforts en matière de bonne gouvernance, d’incitations fiscales, d’allégement des procédures administratives et d’amélioration du climat des affaires en général, soient loués par l’ensemble des acteurs, les insuffisances qui persistent sur ce registre sont toujours soulevées par la communauté des investisseurs.