Attijariwafa bank a-t-elle surpayé la Banque internationale du Mali ?

51% du capital ont été achetés
pour 60 millions d’euros, soit environ
690 MDH.
Le prix d’achat équivaut à  15 fois les bénéfices de la banque.
Le groupe Société générale et Bank of Africa s’étaient retirés de la course après l’étape de la «data room».

Attijariwafa Bank (AWB) a-t-elle surpayé l’achat des 51% de la Banque internationale du Mali (BIM) en juillet dernier ? Telle est la question que se posent bon nombre d’observateurs du microcosme bancaire marocain et qui, peut-être, explique l’apathie de la Bourse de Casablanca vis-à-vis du titre de l’acquéreur au lendemain de l’annonce de cette opération.

En mettant sur la table 60 millions d’euros (690 MDH ou encore 39,5 milliards de FCFA), la banque marocaine aura, en tout cas, largement coiffé au poteau les autres prétendants pour cette privatisation qui restera dans les annales de l’histoire économique du Mali. Il s’agit en effet d’une recette record qui se situe loin devant les cessions de l’Huilerie cotonnière du Mali (Huicoma) à 9 milliards de FCFA, de la Banque malienne de crédit et dépôts à 4,5 milliards de FCFA et de la licence de téléphonie mobile Ikatel qui avait rapporté 30 milliards de FCFA.

Une valorisation jugée très élevée
Les offres des deux postulants restés dans la dernière ligne droite, United Bank of Africa et Ecobank, s’étant limitées respectivement à 41,2 millions d’euros et 26,7 millions d’euros. Au-delà de l’écart entre les trois offres, qui n’est pas rarissime dans ce genre d’opérations, deux éléments interpellent quant à la consistance du chèque remis à l’Etat malien.

Tout d’abord, dans les péripéties qui ont marqué cette privatisation il y a lieu de relever deux désistements. En effet, après avoir été retenus lors du premier examen, le 20 mai 2008, le groupe français Société générale ainsi que le troisième réseau bancaire de l’Afrique de l’Ouest, Bank of Africa (BOA) – dont le premier actionnaire à 35% n’est autre que BMCE Bank – se sont abstenus de remettre une offre. Selon des sources bien informées, ces deux candidats étaient pourtant très intéressés au départ.

La banque hexagonale cherchait sérieusement à planter son étendard au Mali, et la BOA, qui contrôle déjà une banque éponyme basée à Bamako, 4e du pays, visait à renforcer son poids dans le système financier malien. Finalement, les deux banques ont renoncé à la course après la fameuse étape de la «data room» (consultation approfondie des états financiers de la cible). En effet, il semblerait que la BIM, dont le redressement est très récent (en 2005, la banque était encore au bord de la faillite), présente encore un sous-provisionnement massif estimé à près de 15 milliards de FCFA, soit presque autant que ses fonds propres à fin 2007.

Deuxième élément d’interrogation, les multiples implicites de la valorisation de la BIM  (77,2 milliards de FCFA soit 1,4 milliard de DH) sont des plus élevés. Avec le chèque qu’elle a remis à l’Etat malien, AWB paye 15 fois le bénéfice 2007 de la banque malienne dont 45% sont le fait d’éléments exceptionnels, soit un PER (multiple bénéfice net) normatif de plus de 27.

Le multiple des fonds propres (P/B) s’élève à 5,1. Ces deux ratios sont sans commune mesure avec ceux consentis, quelques mois auparavant, par Attijariwafa bank pour l’acquisition au Sénégal de la Compagnie bancaire de l’Afrique de l’Ouest (CBAO) et qui se situaient à 13,2 pour le PER et 3 pour le P/B. Ils sont également nettement plus élevés que ceux affichés par la nouvelle maison mère elle-même, qui capitalise à la Bourse de Casablanca, du haut de sa position de première banque au Maghreb, 62,4 milliards de DH, soit des P/B et PER respectivement de 3,67 et 25,4.

Attijariwafa bank obligée de rentabiliser rapidement cet investissement
Plus près de la BIM, c’est le marché hors-cote malien, où transitent des titres d’autres banques maliennes, notamment le leader local, BDM (Banque de développement du Mali), qui met en relief le caractère exceptionnel du prix payé par la banque marocaine.

En effet, selon nos investigations, les dernières transactions portant entre particuliers maliens sur les actions BDM se sont faites à moins de 80 000 FCFA, ce qui valorise cette banque – dont 27% du capital sont détenus par BMCE Bank – à 30 milliards de FCFA, soit à peine 40% de la BIM, alors que ses dépôts et ses crédits sont respectivement de 102% et 45% plus élevés que chez cette dernière ! Certes, le rachat d’un bloc de contrôle implique toujours une prime par rapport aux transactions minoritaires, laquelle peut atteindre 50% voire 60% du montant de la transaction, mais l’écart reste assez étonnant.

Les stratèges du premier groupe financier privé marocain peuvent toujours arguer que l’opération BIM comporte un ticket d’entrée sur un des marchés les plus prometteurs de l’Afrique de l’Ouest et que la conquête africaine revêt un caractère stratégique. Mais, à l’heure où les fonds propres viennent à manquer (relèvement du ratio de solvabilité par Bank Al Maghrib et financement de la croissance interne obligent), une participation, quelle qu’en soit la portée stratégique, se doit d’être rentable, et de préférence le plus tôt possible.

Et pour l’être réellement, il faudrait que son intégration au périmètre de consolidation soit rapidement relutive (c’est-à-dire que sa contribution aux produits consolidés compense la charge d’amortissement du goodwill sous-jacente à son acquisition). Mais quand on a payé plus de cinq fois les fonds propres, cet objectif est difficilement atteignable à court terme.