Association nationale des investisseurs touristiques : créée depuis une semaine et déjà  décriée !

Pour la Fédération nationale du tourisme et celle des industries hôtelières, l’association empiète sur leurs prérogatives.
On juge que les investisseurs peuvent s’exprimer tout en restant au sein de la Fédération nationale du tourisme.
Les investisseurs, eux, se disent marginalisés et sans aucune organisation pour les défendre.

Il a suffi d’une semaine à peine pour que la toute nouvelle Association nationale des investisseurs touristiques (Anit), regroupant les gros opérateurs du secteur, notamment, fasse l’objet de vives réactions de la part des associations professionnelles historiques, en l’occurrence la Fédération nationale du tourisme (FNT) et la Fédération nationale des industries hôtelières (FNIH). La raison est que les 12 membres de cette association donnent l’impression aux autres professionnels de vouloir accaparer le débat.
Tout en assurant inscrire leur action «hors de tout esprit corporatiste», ils affirment dans un communiqué publié le 10 juin que l’objectif premier de leur association est d’«accompagner les pouvoirs publics dans la mise en œuvre de la stratégie touristique nationale, la Vision 2010, ou encore participer à la conception des stratégies futures, notamment la Vision 2020». Une telle ambition, l’on s’en doute, n’est pas du goût de tout le monde.
«C’est une association d’investisseurs et d’aménageurs développeurs dont les objectifs empiètent sur le rôle et les attributions des associations professionnelles légitimes et légales et particulièrement la Fédération nationale du tourisme, affiliée à la CGEM, qui est l’interlocuteur des pouvoirs publics et le signataire de la Vision 2020», proteste Ali Ghanam, président de la FNIH et vice-président de la FNT. «Légitime, parce que les représentants des associations professionnelles ont été élus, et légale, parce que la loi 61/00 portant statut des établissements touristiques interdit formellement la création de plusieurs associations professionnelles», poursuit-il. Sur ce dernier point, M. Ghanam s’étonne que des hôteliers siègent au sein de cette nouvelle association, alors qu’ils ont le cadre professionnel pour exprimer leurs doléances et faire passer leurs idées.

La Vision 2020, le dossier qui fâche

Le président de la FNIH précise en substance que même les aménageurs développeurs ont la possibilité de rejoindre la FNT puisqu’un collège a été créé, uniquement pour eux, au sein de la fédération lors de l’assemblée générale extraordinaire qu’elle a tenue à cet effet en juin 2008. Très remonté contre la récente initiative, il en rajoute une couche : «En plus du fait que l’association nouvellement créée veut s’occuper des problèmes de financement de l’investissement touristique ou même de réglementation, ses promoteurs ont annoncé vouloir accompagner les pouvoirs publics dans la mise en œuvre de la Vision 2020, et ont même créé une commission, sans en référer au comité  de pilotage de la Vison 2020 composé de membres du ministère du tourisme, de la CGEM et la FNT». M. Ghanam estime, à ce titre, que «ce n’est pas le moment de saper tout le travail qui a été fait par ce comité et les bureaux d’études qui travaillent sur ce dossier».

L’Anit va demander son adhésion à la CGEM

Un professionnel qui tient à garder l’anonymat explique qu’il y a aujourd’hui dans le secteur du tourisme deux écoles : celle du bénévolat au service de l’intérêt général et celle des intérêts personnels. La même source n’en reste pas là en affirmant qu’il est contre la multiplication des associations, car elles affaiblissent le secteur. «Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues à condition qu’elles placent l’intérêt général avant l’intérêt personnel», souligne-t-il.
A l’ANIT, évidemment, on ne voit pas les choses de cette manière. En fait, affirme Fouad Chraibi, président de la nouvelle association, la création de l’ANIT a été décidée parce que «les portes de la FNT sont fermées aux fonds d’investissement et cette fédération a mis du temps avant de créer le collège dit des aménageurs développeurs». Il fait remarquer en outre que «les membres de l’ANIT sont des investisseurs majeurs qui n’avaient pas jusque-là de cadre pour s’exprimer».
En ce qui concerne la préparation de la Vision 2020, le président de l’ANIT se dit étonné que les investisseurs et aménageurs ne soient ni invités aux réunions du comité de pilotage ni informés de l’évolution des dossiers en cours, alors qu’ils représentent un poids réel dans le secteur, soit plus de 40 milliards de DH d’investissements et plus de 80 000 lits, le tout pour les projets réalisés ou en cours de réalisation. L’ANIT qui vient de voir le jour compte aussi demander à adhérer à la CGEM, et se dit disposée à «travailler avec tout le monde si on le lui permet», conclut son président. Mais tel que c’est parti, la polémique n’est pas près de s’estomper de sitôt.