Assises internationales du tourisme : 200 professionnels étrangers attendus

Les organisateurs tablent sur 800 invités dont 600 nationaux.
Quelques annulations signalées de la part de patrons de TO internationaux, à  cause du changement de date.
Cette année, le ministère a préféré placer la rencontre sous le signe du «business».

Après un report pour raison de fête religieuse (Aïd Al Mawlid, le 31 mars) dont on a oublié de tenir compte et qui a quelque peu irrité les professionnels étrangers invités, les Assises internationales du tourisme auront enfin lieu ces 28 et 29 avril à Fès. Les opérateurs avertis craignaient que les grands noms du tourisme invités à l’évènement n’annulent leur participation. Il semblerait que ce soit effectivement le cas. Bien que les sources officielles affirment le contraire, nous apprenons de source proche du ministère qu’il y aurait entre 80 et 100 annulations et que quelques patrons de grands TO ne seront pas présents, comme le président de Thomas Cook et celui de Last Minute. Ces présidents devraient être remplacés par leurs numéros deux.

Sur le plan du contenu, la thématique retenue pour cette édition est plus orientée «business». D’ailleurs, les déclinaisons du programme se sont faites en termes d’«opportunités d’affaires» : «opportunités d’affaires pour les tour-opérateurs», «opportunités d’affaires pour les investisseurs et gestionnaires hôteliers» et enfin «opportunités d’affaires pour les compagnies aériennes». Et le dimanche 29, le thème retenu est «le marché de l’investissement».

«Il faut bien comprendre qu’à présent les Assises internationales du tourisme ne sont pas des rencontres où notre seul objectif est de dresser notre bilan. Nous voulons d’abord et avant tout convaincre les investisseurs qui ont décidé de venir au Maroc qu’ils ont fait le bon choix et les investisseurs potentiels de venir investir sur nos terres», explique un cadre du ministère du tourisme.

Des fonds d’investissements d’un montant de 5 milliards DH
Les Assises du tourisme ont ainsi pris une tournure marketing où il s’agit avant tout de mettre en avant les réalisations les plus flatteuses. En matière d’opportunités d’affaires pour les tour-opérateurs, un thème sera notamment développé par Abbas Azouzi, DG de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), où il sera question du positionnement marketing des nouvelles destinations touristiques car «si, aujourd’hui, le Maroc ne compte que 4 à 5 véritables stations, à l’horizon 2010, il en comptera 14», explique M. Azouzi. Il faut donc dès à présent définir leur positionnement, les clients potentiels, le mode de commercialisation et de distribution les plus appropriés.

En matière d’«opportunités d’affaires pour les investisseurs et gestionnaires hôteliers», l’accent sera mis sur les fonds d’investissements spécialisés dans la propriété hôtelière. Un sujet majeur dont dépend la cohérence de la Vision 2010. En effet, l’enjeu pour la réussite du développement des nouvelles stations balnéaires est que les chaînes hôtelières prestigieuses et les grands tour-opérateurs s’y côtoient de manière harmonieuse.

Or, il y a un risque que certaines chaînes préfèrent la sécurité en s’orientant vers des destinations à succès comme Marrakech et ne prévoient, dans leur plan de développement, leur installation dans les nouvelles stations que beaucoup plus tard. «Il faut donc orienter le marché», explique un opérateur averti de la place. Les fonds d’investissements mis en place en 2007 et dont la valeur globale s’élève à 5 milliards de DH sont, à ce titre, des structures à capitaux destinés à être propriétaires des unités construites dans les stations qui seront ensuite données en gestion aux chaînes hôtelières.

Enfin, en matière d’«opportunités d’affaires pour les compagnies aériennes», sera mise en exergue l’entrée en application de l’open sky avec l’Union européenne et ses conséquences bénéfiques pour le secteur avec l’arrivée de nouvelles compagnies dans le ciel marocain. Depuis les Assises internationales du tourisme de 2006, plusieurs nouvelles compagnies desservent le Maroc comme Easy Jet, avec un vol entre Londres et Marrakech et un autre entre Madrid et Casablanca ; Ryanair, qui a mis en place une ligne entre Londres et Fès et qui compte bientôt en lancer une autre entre l’Espagne et le Maroc, et, enfin, Thomson Fly, qui a ouvert un vol entre Londres et Marrakech. Les nouvelles compagnies arrivent donc et l’augmentation de la capacité hôtelière s’accompagne d’une augmentation effective du nombre de sièges.

Les professionnels marocains estiment avoir été délaissés
Ainsi, les Assises arborent une démarche plus agressive pour conquérir les tour-opérateurs et les investisseurs potentiels, à travers trois thèmes essentiels : le marketing, le financement et l’aérien.
Seul ombre au tableau, les opérateurs marocains affirment avoir été quelques peu délaissés dans cette grand-messe. D’abord, et pour la première fois, ils ont été tenus de payer leurs chambres pour pouvoir participer aux assises alors que ce sont ces mêmes opérateurs qui ont organisé les précédentes éditions à Marrakech, Ouarzazate, Agadir ou Tanger, et qui ont offert gracieusement l’hébergement à l’ensemble des participants.

Ensuite, les orientations de ces Assises, en termes de contenu et de messages, ont été, affirment-ils, le fruit d’une réflexion menée en solitaire par le ministère du tourisme, contrairement aux précédents éditions. «Il semblerait que le ministère du tourisme ait trouvé sa vitesse de croisière et qu’à trois années de la fin de cette vision, il n’ait plus besoin de nous», se désole un opérateur connu de Casablanca. Du côté du ministère, l’explication est tout autre. «Nous avons mis en place des assises nationales où les opérateurs marocains peuvent s’exprimer et parler de leurs problèmes, des lacunes de la Vision 2010, de ce qu’ils attendent du ministère de tutelle… Les Assises internationales, elles, ont un rôle marketing en direction de nos partenaires étrangers», explique un responsable au ministère du tourisme. Entre arguments et contre-arguments, difficile de trancher…

Dans tous les cas, l’événement aura lieu pour le plus grand plaisir des opérateurs de Fès qui affiche des résultats plus que satisfaisants. «De simple étape de circuit, nous sommes en train de devenir une ville touristique à part entière», souligne, non sans fierté, Driss Faceh, président du Conseil régional du tourisme (CRT) de la ville. En effet, Fès est en pleine mutation et de nombreuses réalisations ont été enregistrées depuis la signature, en décembre 2005, du Plan de développement régional. La rénovation du cœur historique a été réalisée à plus de 90%. La réhabilitation de la médina, quant à elle, est en cours de parachèvement et l’avenue Mohammed V, elle, a été complètement rénovée. Dans le même temps, le trafic aérien en direction de la ville a été doublé. De nouvelles dessertes relient à présent Fès à Marseille, Lyon, Londres… et bientôt Madrid.

C’est ainsi que la durée moyenne de séjour est d’ores et déjà passée de 1,7 à 2,1 jours. «Nous pouvons donc dire que nous sommes en pleine mutation. L’avenir s’annonce sous de meilleurs auspices. D’ailleurs, jusqu’au 10 juin prochain, les hôtels de la ville affichent un taux d’occupation de 70 %. Du jamais vu», se félicite M. Faceh.

Trois questions à
Gare au retard en matière de formation et de capacités hôtelières

Amyn Alami
Concepteur et rédacteur du contrat-programme de la Vision 2010, président du CRT de Casablanca

La Vie éco : Quel bilan faites-vous après 7 ans d’évolution de la Vision 2010 ?

Amyn Alami : Elle est en plein épanouissement. Les performances observées, sur le plan de la fréquentation en particulier, pour les premiers mois de 2007 sont très satisfaisantes et
laissent envisager pour 2007 le franchissement sans difficulté de la barre des 7 millions d’entrées alors même que l’essentiel des capacités du plan Azur n’est pas encore disponible. L’ouverture de ces capacités à partir de 2008 et surtout en 2009 et 2010 devrait provoquer une nouvelle rupture de croissance des arrivées sauf aléas ou impondérables.

Ces performances résultent notamment des excellentes avancées observées depuis quelques années sur deux paramètres essentiels : l’aérien et le marketing, où le Maroc a accompli des ruptures spectaculaires pour lesquelles il faut rendre hommage à l’action du gouvernement. Ces ruptures font elles-mêmes suite aux premières ruptures qui ont eu lieu en 2001/2002 au niveau du foncier, de la fiscalité et du lancement du Plan Azur

Est-ce à dire qu’il n’y a plus de problèmes ?
Les bonnes performances actuelles et l’arrivée programmée des nouvelles capacités du plan Azur ne doivent pas faire oublier les écueils qu’il reste à surmonter, notamment le problème de la formation dont le dispositif actuel n’est pas du tout au niveau de l’ambition 2010 et ne pourra faire face, si rien n’est fait très rapidement, aux besoins des unités hôtelières à venir.
Cette question est cruciale car elle conditionne aussi la qualité du service. Autre problème dont on ne parle pas encore assez, le goulet d’étranglement que pourrait constituer la construction des hôtels dans les délais impartis, sachant que la plupart des entreprises ou des bureaux d’études ont déjà des carnets de commande pleins et que ces partenaires indispensables n’ont pas la taille suffisante pour absorber le volume d’affaires colossal qui s’annonce.

Quels sont les enjeux à l’horizon 2010 ?
D’abord, que l’impératif de vitesse ne nous conduise pas à sacrifier la qualité des produits, ni le positionnement haut de gamme visé, ni à abandonner la cible principale, le tourisme individuel. Ensuite, que l’enthousiasme suscité par la Vision 2010 ne conduise pas à céder devant la pression immobilière. Et, enfin que, portés par le succès actuel, nous n’engagions pas trop de développements simultanés au risque de diluer les efforts et de compliquer la tâche. En conclusion, il faut rester vigilant, imposer une régulation intelligente si nous voulons disposer de zones parfaitement aménagées sur lesquelles nous pouvons asseoir un développement touristique durable.