Artco, le spécialiste du tapis marocain personnalisé

Chaque mois, près de 200 tapis sortent de l’unité de production de Salé. 80% des clients sont des particuliers. L’entreprise emploie 140 personnes dont 70 tisseuses, toutes bachelières.

Dans l’univers de l’entreprenariat marocain, nombreuses sont les entreprises nées un peu par hasard et qui, au final, révolutionnent le secteur dans lequel elles évoluent. Artco, spécialisée depuis sa création en 1992 dans le tapis personnalisé, en fait partie. Une fois ses études en sciences économiques achevées, son co-fondateur, Fouad El Bernoussi, décide de se lancer dans l’entreprenariat, faute d’avoir trouvé une opportunité intéressante dans le salariat. Accompagné de son associé, il entreprend de réaliser une étude de marché pour évaluer les opportunités dans l’artisanat haut de gamme. Encouragés par un résultat qui leur est favorable, ils fondent leur entreprise. «Nous avons créé Artco pour répondre aux besoins d’une clientèle exigeante, soucieuse d’acquérir de beaux tapis. Jusque-là, il fallait passer par l’importation», confie M. El Bernoussi, qui finira par apprendre les rudiments du tapis artisanal sur le tas. Il faut dire qu’au début des années 1990, le tapis marocain souffrait de quelques lacunes, notamment en matière de qualité, de matières premières ou encore de respect des délais de livraison. Vite rattrapé par la concurrence asiatique et turque et très souvent copié, il n’a pas pu faire front. Dans les années 1990, plus de 2 millions de m2 de tapis marocains étaient exportés. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 150 000 m2. Malgré ce contexte difficile, Artco a su tirer profit d’une niche qui s’est rapidement développée.

85% des tapis Artco vendus sont personnalisés

Grâce à un crédit Jeunes promoteurs, les fondateurs d’Artco ont créé leur marque avec un investissement initial de moins de 1 MDH. Dès le départ, Artco se positionne sur le tapis personnalisé. «Nous avons une équipe de 7 personnes dédiée à la création, chapeautée par un responsable de service qui a une formation d’architecte. Cette équipe met tout en œuvre pour répondre aux exigences du client en matière de taille, de composition, et bien sûr de design, et réalise pour le client un modèle 3D du tapis», explique M. El Bernoussi. Il faut compter environ un mois pour la réalisation d’un tapis personnalisé de 3x2m par exemple. Fabriqués entièrement à la main selon le procédé «brodé main», et non «noué main» comme les tapis marocains traditionnels, les tapis Artco sont composés, pour 99% d’entre eux, de laine labellisée Woolwark en provenance d’Australie principalement, et de soie naturelle venue d’Inde. Des éléments décoratifs en cuir ou cuivre travaillé peuvent également être insérés. Le site de production, à Oulja, compte 140 employés dont 70 tisseuses, toutes titulaires du baccalauréat, ne serait-ce que pour respecter le devis du tapis. En 1992, ils n’étaient que 7, dont 5 tisseuses, et fabriquaient 5 tapis maximum par mois. Ce sont aujourd’hui près de 200 tapis Artco qui sortent de l’unité chaque mois.
Pour la vente, la marque compte 5 boutiques, à Salé, Rabat, Marrakech et Casablanca (2), et une cinquantaine de représentants dans tout le Maroc, essentiellement des boutiques d’ameublement. Les tapis sont vendus entre 1 500 DH et 5 000 DH/m2. Aujourd’hui, 80% de la production sont achetés par des particuliers. Les 20% restants vont notamment aux grands hôtels, tels que La Mamounia, le Sofitel Jardin des Roses, ou encore le Selman Marrakech, mais aussi aux ambassades, administrations publiques, banques et assurances. «Nous réalisons 10% de notre chiffre d’affaires à l’export, vers l’Afrique et le Moyen-Orient principalement, dans le cadre de grands projets», ajoute M. El Bernoussi.

Les modèles personnalisés pèsent 85% du chiffre d’affaires «tapis» d’Artco. Les 15% sont réalisés sur les tapis prêts que l’entreprise fabrique depuis la fin de la décennie 90. Une collection de 20 à 30 modèles est réalisée chaque année, selon un thème particulier. Les moquettes représentent 15% du chiffre d’affaires global. Pour ce produit, Artco a obtenu la carte exclusive d’une marque européenne. Même si le Maroc, par son climat tempéré, n’est pas un grand consommateur de moquettes, la demande semble être de plus en plus forte. Administrations, hôtellerie et particuliers s’y mettent.

Une nouvelle usine sera ouverte fin 2015

L’entreprise ne compte pas s’arrêter en si bon chemin puisqu’elle espère ouvrir sa nouvelle unité de production pour fin 2015. Celle-ci, située dans la nouvelle zone industrielle de Salé Aviation, permettra de multiplier par 1,5 la capacité actuelle. L’entreprise investit régulièrement pour soutenir son activité. Elle vient également de renouveler son identité visuelle avec un logo plus clair, combinant élégance et sobriété, pour confirmer son positionnement dans le luxe. Elle espère également ouvrir 2 nouveaux points de vente directs à l’horizon 2016.
Certifié ISO 9001 depuis 2003, Artco met à la disposition de ses clients un service après-vente qui répond sous 24h aux réclamations. La marque reste également proche de sa clientèle en participant aux salons internationaux, en Allemagne, en France ou au Moyen-Orient, et au Maroc, notamment au salon Minyadina et au Salon international du bâtiment (SIB). Elle se donne également les moyens d’une communication à grande échelle : entre 5 et 7% du chiffre d’affaires annuel sont ainsi consacrés à la communication. «En temps de crise, il faut augmenter ce budget pour maintenir une image de marque et non l’inverse comme ont tendance à le faire beaucoup d’entreprises», tel est le credo de M. El Bernoussi.