Arboriculture fruitière : La production devrait baisser de 30 à 40%

La filière de l’arboriculture a totalisé une production de 2,17 millions de tonnes.

Le déficit hydrique et la hausse des prix des intrants en sont les principales raisons. Des agriculteurs ont volontairement réduit leur production. Face à une demande en hausse, les prix ont dû s’apprécier.

Avec ses 14 espèces fruitières, la filière de l’arboriculture a totalisé une production de 2,17 millions de tonnes en 2021. Si la filière joue un rôle socio-économique important en créant annuellement environ 35 millions journées de travail en milieu rural, elle est aujourd’hui confrontée au défi des changements climatiques dont les principaux facteurs sont le réchauffement climatique et le déficit hydrique. En effet, «la campagne 2021-2022 illustre bien les effets de ces changements, puisqu’elle a été la plus sèche avec un déficit pluviométrique moyen de 50% et d’enneigement de 65% à l’échelle nationale», souligne Tayab Snoussi, président de la FÉDAM (Fédération interprofessionnelle de la filière de l’arboriculture fruitière).
Bien que la superficie arboricole équipée en goutte-à-goutte soit d’environ 141 000 ha permettant d’économiser les apports d’eau aux vergers par le biais du pompage sous terrain essentiellement, la quasi-totalité des bassins de production (Sefrou, El Hajeb, Azrou, Midelt, Boumia, Beni Mellal, Marrakech.…) connaît de sérieux problèmes d’irrigation en raison du manque d’eau dont l’ampleur est variable selon les régions et le non-renouvellement des nappes servant à combler le volume d’eau prélevé la saison précédente. Ce déficit est encore plus aggravé par les élévations de températures du printemps et de l’été qui ont engendré une évapotranspiration plus intense qu’il a fallu compenser par les apports d’eau d’irrigation. Les espèces exigeantes en eau comme le pommier, le pêcher, le prunier nécessitent des volumes de 4 000 à 6 000 m3 annuellement. En revanche, l’amandier et le figuier sont plus résilients vis-à-vis du climat et ne demandent que la moitié environ de ce volume pour produire en qualité et en qualité. Notons que leurs cultures sont possibles en conditions pluviales avec une pluviométrie annuelle moyenne d’environ 400-500 mm.

Désordres sur les cycles végétatifs
En somme, le manque de neige et de pluie (disponibilités en froid) a donc eu un effet néfaste sur le comportement des espèces et des variétés arboricoles exigeantes. Ce qui s’est traduit par un retard de croissance des plants, dit dormance déficiente qui complique l’accomplissement des stades phénologiques. Ces derniers ont été caractérisés, entre autres, par un départ erratique des bourgeons, un retard très important à la floraison de 4 à 5 semaines, une faible floribondité des variétés tardives, un décalage de floraison très important entre les variétés pour une même espèce et donc une pollinisation défaillante et des phénomènes de stérilité florale conduisant à la chute des fleurs pour les espèces en bour comme l’amandier.
Ces symptômes traduisent des désordres sur les cycles végétatif et reproducteur des espèces fruitières et ont entraîné une réduction de la production constatée. En effet,
M. Snoussi estime le repli de la production de cette saison agricole de 30% à 40% des volumes de production, habituellement réalisés par la filière. Cela en raison du déficit hydrique certes, mais aussi à cause de l’augmentation des prix des intrants, à l’instar des engrais, des pesticides et du carburant. Si l’on ne prend que l’ammonitrate, son prix est passé de 350 DH à plus de 1 000 DH le quintal actuellement, alors que celui des pesticides a même quadruplé. Le coût de revient en a alors pâti, tirant la marge de certains agriculteurs à la baisse, pour atteindre 30 à 40 centimes et ce, sans prendre en compte l’amortissement des arbres ou la valeur locative de l’exploitation agricole.
Dans ces conditions, les agriculteurs ont intentionnellement réduit leur production pour certains fruits comme les abricots, les pêches-nectarines, les prunes à pruneaux et les figues. Cela, combiné à l’arrivée massive des Marocains du Monde et la levée des restrictions liées à la crise sanitaire notamment dans l’organisation des cérémonies et des fêtes, a contribué à booster la demande. Conséquence directe : Une hausse des prix des fruits en période estivale. Des différences de prix ont même été constatées entre les enseignes de grande distribution.

Changements climatiques

A la quête de conditions écologiques adéquates

Face aux changements climatiques, les tendances qui se dessinent pour s’y adapter consistent en l’adoption de cultures résilientes comme l’amandier, le figuier… Pour les espèces plus exigeantes, une migration vers les hautes altitudes à la recherche de conditions écologiques propices, notamment le froid, pour les rosacées à pépins essentiellement est déjà en cours. Tous les professionnels sont interpellés à économiser l’eau à travers la généralisation des systèmes d’irrigation goutte-à-goutte et à maîtriser les apports qui doivent être basés sur la détermination des besoins par les modèles scientifiques appropriés au niveau de chaque bassin de production. En plus des mesures qui sont déjà prises par le gouvernement pour faire face à la sécheresse, le rôle des stations d’avertissement agricole dans la détermination des besoins à l’échelle de chaque bassin et leur diffusion journalière auprès des producteurs devient un impératif de gestion de cette ressource vitale pour la pérennisation de la filière.