Après la Banque Populaire, Attijariwafa bank et l’ONE vont titriser leurs créances

Le montant émis devrait atteindre 6 milliards de DH en 2012. Outre les banques, les établissements publics sont aussi très demandeurs. Le marché représente un potentiel de plusieurs centaines de milliards.

Après un calme plat qui aura duré 3 ans, le marché de la titrisation devrait connaître une grande effervescence en 2012. Quatre entités devraient en effet céder leurs créances pour un montant total de 6 milliards de DH. La Banque Populaire a ouvert le bal avec une opération d’un milliard de DH dont les souscriptions s’achèvent ce vendredi 27 janvier. Dans les semaines qui viennent, l’Office national de l’électricité (ONE) et Attijariwafa bank devraient suivre avec des opérations de 2 milliards de DH chacune qui sont en phase de validation par le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM). Enfin, un établissement public dont l’identité est pour l’heure gardée secrète devrait placer près d’un milliard de DH de créances. «Avec tous ces deals, le marché de la titrisation devrait enregistrer pour la seule année 2012, un volume d’opérations deux fois plus important que ce qui a été réalisé sur les 11 dernières années au Maroc», se réjouit Houda Chafil, DG de Maghreb Titrisation. Cette filiale de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) est l’architecte de toutes les opérations programmées et par ailleurs le seul opérateur agréé au niveau national pour mettre en place des Fonds de placement collectif en titrisation (FCPT) par l’intermédiaire desquels les créances titrisées sont cédées aux investisseurs institutionnels.
Selon les professionnels, ce sont les banques et les établissements publics qui devraient recourir le plus à la titrisation, système auquel ont également droit les autres établissements de crédit (crédit à la consommation, leasing… ), les sociétés d’assurance et de réassurance ainsi que les  personnes morales délégataires ou titulaires de licences d’exploitation de services publics. Toutes les banques à capitaux majoritairement marocains (BMCE Bank et le CIH), en plus de la CDG, devraient donc s’y mettre. «Les négociations sont même déjà bien entamées avec ces entités», assure-t-on auprès de Maghreb Titrisation. En revanche, ces opérations sont peu envisageables pour les filiales de banques françaises dans la conjoncture actuelle. Côté secteur public, pratiquement toutes les entités étatiques sont éligibles.
Dans l’immédiat, les études semblent très avancées pour la mise en place d’un mécanisme de titrisation des créances des pétroliers détenues sur la caisse de compensation. En tout, «un gisement de plusieurs centaines de milliards de DH de créances à titriser existe aujourd’hui au Maroc», estime Mme Chafil.

150 points de base économisés en intérêts par les cédants

Dans la conjoncture actuelle, la titrisation de créances peut être une bonne alternative aux crédits bancaires. Pour les banques elles-mêmes, ce levier peut constituer une bouffée d’oxygène. En effet, en se délestant d’une partie de leurs créances par voie de titrisation, elles pourront mécaniquement améliorer leur taux de solvabilité, ce qui leur permet d’augmenter leur capacité d’intervention. Une manne d’autant plus salvatrice que le taux d’emploi du secteur bancaire (crédits à l’économie rapportés aux ressources clientèle) dépasse actuellement 106% et que les exigences en fonds propres sont grandissantes en raison des contraintes réglementaires imposées par les règles
de Bâle II. En outre, grâce à la titrisation, les banques pourraient bénéficier d’une amélioration de leur ratio de liquidité avec des rentrées de trésorerie immédiates. Enfin, en titrisant, les établissements financiers seraient en mesure de réduire leur exposition vis-à-vis de certains clients ou secteurs pour lesquels ils auraient atteint le maximum en termes de coefficient de division des risques.
La même logique s’applique aux établissements publics. S’ils titrisent leurs créances, ils réduisent leur exposition vis-à-vis de leurs débiteurs, étant donné que les créances cédées au FCPT sont complètement expurgées du bilan. Par rapport à un crédit bancaire classique, les fonds encaissés leur permettent de réaliser une économie de 100 à 150 points de base, d’après les estimations des professionnels.