Après 18 mois d’Amo, cliniciens et pharmacies déchantent

Pas plus de médicaments vendus ni de patients supplémentaires pour les hôpitaux
privés.

En cause, le niveau élevé du ticket modérateur et une base de tarification
basse.

En 2004, en plein débat sur l’Assurance maladie obligatoire (Amo), les professionnels du médicament avaient rendu publique une étude dans laquelle ils estimaient à  20% l’augmentation des ventes de médicament dans les deux années qui suivraient son entrée en vigueur. Aujourd’hui, près d’un an et demi après son entrée en vigueur, qu’en est-il au juste de ces prévisions ? L’Amo a-t-elle eu, finalement, un impact positif sur l’activité des pharmaciens, des fabricants de médicaments, des médecins et des cliniques ?

La réponse est négative ! Les professionnels et prestataires du secteur, à  qui La Vie éco a posé la question, sont unanimes. Selon eux, «les résultats constatés sur le terrain sont très loin des attentes auxquelles avait donné lieu l’annonce de la mise en place de l’Amo». Deux raisons principales sont avancées. D’une part, chez les assurés, une méconnaissance de leurs droits, ce qui aboutit à  une non-utilisation de la nouvelle couverture médicale et, d’autre part, une forte prédominance encore chez les Marocains de l’automédication. Cette dernière a toujours existé, certes, mais elle s’est aujourd’hui aggravée, selon les professionnels, à  cause de l’exclusion des soins ambulatoires du panier des soins de l’Amo, cette dernière ne couvrant que les pathologies lourdes et la santé maternelle et de l’enfant.
Pour les pharmaciens, la nouvelle couverture ne constitue pas «la bouffée d’oxygène attendue par un secteur qui subit, depuis quelques années, une grave crise». Normal, poursuit-on chez les professionnels, puisque la liste des médicaments remboursables est limitée et ne comprend pas les nouvelles molécules, les plus prescrites par les médecins. Ils n’ont donc constaté aucune amélioration de leur activité et affirment que le chiffre d’affaires des officines a enregistré, durant ces dernières années, une stagnation continue. Pour débloquer la situation, estime un groupe de pharmaciens, «il faudrait élargir la liste des médicaments remboursables et revoir la base des remboursements pour encourager les assurés à  accéder aux soins». Il importe de souligner, à  ce titre, que la liste des médicaments a subi, durant la première année de l’Amo, deux extensions, le nombre des produits remboursables étant passé de 600 à  1 600. De plus, les négociations menées aujourd’hui par l’Anam avec les diverses spécialités permettront une autre extension de la liste qui comptera alors environ 2 400 médicaments. Soit plus de la moitié des médicaments disponibles sur le marché marocain.

Le ticket modérateur est prohibitif pour les assurés de la CNSS
Qu’en est-il pour les médecins et les cliniques ? Pour l’Association nationale des cliniques privées (ANCP), on ne pourra établir un premier bilan de l’Amo qu’en avril 2008. Pour l’instant, il n’y a pas de chiffres disponibles donnant une indication sur l’évolution du chiffre d’affaires ou du nombre de patients traités dans les 200 cliniques que compte le pays.

Par contre, l’association précise que «si avec la Cnops (NDLR, en charge des fonctionnaires) les relations sont plutôt fluides et le nombre de dossiers en progression, on ne peut en dire autant en ce qui concerne la CNSS dans la mesure o๠les cliniques privées reçoivent très peu d’assurés CNSS (en charge des salariés du privé)». L’explication réside, selon l’ANCP, dans le niveau du ticket modérateur – la part supportée par le patient. Il est, rappelons-le, de 30% lorsque l’assuré se soigne dans une clinique et seulement de 10% lorsqu’il s’adresse à  un hôpital public. Ainsi, à  titre d’exemple, un salarié du secteur privé, couvert par l’Amo, paiera la somme de 3 600 dirhams pour une intervention chirurgicale de

12 000 dirhams. «Ce qui est trop lourd pour une personne payée au smig ou même un peu plus», reconnaà®t l’ANCP en rappelant qu’elle avait mis en garde contre ce problème dès le départ. Partant de là , il est clair que les cliniques reçoivent plus d’assurés Cnops puisque le ticket modérateur pour les fonctionnaires s’élève à  10% qu’il opte pour le public ou pour le privé.

L’incidence de l’Amo sur le chiffre d’affaires des cliniques privées n’est malheureusement pas encore estimée, mais il est clair, selon certains praticiens, que «l’on ne peut pas compter sur les assurés Amo pour améliorer notre chiffre d’affaires et ceci en raison du niveau de la tarification nationale de référence qui ne correspond pas du tout à  la réalité de la médecine d’aujourd’hui!».

Les cliniques privées dénoncent à  ce sujet la forfaitisation de plusieurs actes médicaux notamment la césarienne, la cataracte, la vésicule. Les forfaits varient entre 4 500 et 7 500 dirhams pour ces actes qui, actuellement, sont facturés entre 10 000 et 12 000 dirhams dans le secteur privé.

En revanche, pour les polycliniques de la CNSS, l’effet n’est certes pas quantifié, mais il est, selon le «pôle des unités médicales» de la Caisse, nettement ressenti. La mise en place de l’Amo a drainé à  coup sûr de nouveaux assurés et donc augmenté le nombre de patients. Enfin, du côté des hôpitaux publics, c’est l’inconnue totale, aucun des responsables contactés dans ce sens n’ayant donné suite à  nos demandes.
En définitive, il faudra certainement attendre encore un an ou deux pour que le système atteigne sa vitesse de croisière et que les premiers effets commencent à  se faire vraiment
sentir.