Après 1,1% en 2016, le PIB devrait augmenter de 3,6% en 2017

La valeur ajoutée du secteur primaire croîtrait de 9,7% après une baisse de 9,8% en 2016. Les secteurs secondaire et tertiaire consolideraient leur reprise. La demande extérieure renouerait avec sa contribution négative.

Décidément, 2016 est une année à vite oublier ! La croissance économique n’aurait pas dépassé 1,1%, selon Ahmed Lahlimi, patron du HCP, qui s’exprimait sur le sujet lors de la conférence de presse qu’il a donnée mardi 17 janvier à Casablanca. Ce chiffre, qui vient après le 1,2% de Bank Al Maghrib annoncé le 20 décembre 2016, rappelle pour ceux qui l’auraient oublié que l’économie marocaine, quoi qu’on ait pu dire à un certain moment, dépend encore de l’agriculture et que celle-ci, à son tour, est tributaire de la clémence du ciel. Il s’agit là d’ailleurs d’une des observations dressées par M. Lahlimi au terme de son exposé du mardi 17 janvier. Car, si la croissance a été aussi chétive, c’est principalement en raison de la forte baisse de la valeur ajoutée du secteur primaire, consécutivement à un déficit pluviométrique sévère. Malgré un comportement plutôt favorable des productions arboricoles, maraichères, agroindustrielles et de la pêche, note le HCP, la valeur ajoutée du secteur primaire, du fait de la chute de la production céréalière de plus de 70% par rapport à la campagne précédente, aurait baissé de 9,8% au terme de l’exercice 2016.

Des statistiques élaborées par le HCP sur l’évolution de la valeur ajoutée sectorielle montrent que le rythme de progression de celle du secteur primaire est passé de 12,6% par an en moyenne au cours de la période 2008-2011 à 3,4% sur la période 2012-2017. Le rythme est ainsi divisé par 3,7 entre ces deux périodes !

La situation n’est pas plus brillante pour les activités hors agriculture. Leur valeur ajoutée aurait certes augmenté en 2016, mais très légèrement : 2,2% au lieu de 1,8% en 2015. Ceci résulterait en particulier du ralentissement des activités secondaires dont la valeur ajoutée a augmenté de 1,9% au lieu de 2,5% un an auparavant. La faible croissance de la valeur ajoutée des industries manufacturières (2% contre 4,3% en 2015) y est pour beaucoup. Là encore, observé sur une longue période, le rythme de croissance de ce secteur a été divisé par plus de 2 : 1,9% de hausse par an en moyenne entre 2012 et 2017 au lieu de 4% entre 2008 et 2011. Le même constat vaut pour le secteur tertiaire : même si sa valeur ajoutée a augmenté en 2016 de 2,3% contre 1,2% en 2016, le rythme de hausse a néanmoins été divisé par 1,6 entre les deux périodes considérées.

Quid maintenant de l’exercice qui vient de démarrer ? Dans le cadre de son Budget prévisionnel 2017, le HCP estime le niveau de croissance de cette année à 3,6%, soit quasiment le même chiffre (3,5%) que celui qu’il avait annoncé en juin dernier.

Ce triplement du rythme de progression du PIB attendu en 2017, on le doit surtout, selon M. Lahlimi, à une reprise du secteur primaire en liaison avec une nette amélioration du cumul pluviométrique. Sous l’hypothèse d’une production céréalière moyenne de 70 millions de quintaux (au lieu de 33,5 millions en 2016), la valeur ajoutée du secteur primaire devrait progresser de 9,7% contre une baisse de 9,8% en 2016. Les secteurs secondaire et tertiaires, pour leur part, devraient consolider leur croissance de 2016 en enregistrant en 2017 des valeurs ajoutées en hausse respectivement de 2,5% et de 2,4%.

Cette croissance de l’offre, qui s’explique en partie par l’effet de base, en particulier dans le cas du secteur primaire, continuerait d’être tirée par la demande intérieure. Celle-ci devrait progresser de 3,6% en 2017, exactement au même rythme qu’en 2016. Sa composante principale, la consommation des ménages, croîtrait, elle, de 3,2% au lieu de 2,6% en 2016. M. Lahlimi observe à ce propos que malgré la baisse du rythme de croissance de leur revenu brut disponible (voir La Vie éco du 6 janvier 2017), les ménages continuent de consommer, quitte à recourir à l’endettement. Il attribue cette tendance au fait que les conditions de vie de la population s’améliore de manière générale, même si le ressenti des populations dit le contraire.

L’investissement, au sens de la formation brute de capital fixe (FBCF), après des baisses en 2013 et 2014 et une modeste remontée en 2015 (+1,5%), devrait pour sa part prolonger son rythme de reprise : 3% contre 3,9% en 2016.

En revanche, la demande extérieure, qui a connu un intermède de deux années (2014 et 2015) de contribution positive à la croissance, serait d’un apport négatif à la croissance en 2017 (-0,3 point), comme ce fut le cas en 2016 (-2,8 point) et tout au long des années 2008 à 2011. Pour le Haut Commissaire au Plan, Ahmed Lahlimi, ce comportement de la demande extérieure constitue, en fait, «l’un des indicateurs phare de la vulnérabilité» du modèle de croissance du Maroc ; et ceci, pense-t-il, «renvoie à la question de fond que le Maroc devrait résoudre, à savoir la faible compétitivité de son tissu productif (…)».

Le déficit budgétaire, selon le HCP, devrait poursuivre son amélioration en s’établissant à 4% du PIB en 2016 et à 3,5% en 2017. En revanche, le déficit courant, lui, après des améliorations continues depuis 2013, s’aggraverait en 2016 pour se situer à 3,8% du PIB au lieu de 2,1% en 2015. Il devrait toutefois légèrement s’améliorer en 2017 en revenant à 3,4% du PIB. Il y a un mois, Bank Al Maghrib (BAM) avait livré, sur ces deux variables, des estimations différentes. Ainsi, pour BAM, le déficit budgétaire à 3,5% du PIB en 2016 et à 3,1% en 2017. Le solde du compte courant, lui, serait négatif respectivement de 2,8% du PIB et de 2,1%. Ces écarts dans les estimations sont toutefois normales, compte tenu du fait que les hypothèses de travail ne sont pas les mêmes chez les uns et chez les autres. Cela étant, qu’il s’agisse des finances publiques ou du compte courant, ces niveaux de déficit, il faut bien le dire, sont assez largement maitrisés pour un pays en développement.