«Nous proposons des produits qui n’existent pas sur le marché marocain»

D’ici peu, le bureau de représentation de Casablanca sera doté d’une vingtaine de personnes. Outre la viabilité économique des projets, la banque étudie plusieurs critères qualitatifs avant d’accorder ses financements.

Comment est organisée la BERD au Maroc ?

Juridiquement, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement est présente au Maroc à travers un bureau de représentation basé à Casablanca. Dans notre façon de travailler, les bureaux sont implantés dans chacun de nos pays d’opération. Celui du Maroc est un bureau quasi indépendant en termes de développement des projets mais qui repose entièrement sur le siège de la BERD à Londres pour tout ce qui est «back-office», et aussi notamment pour la prise de décision. Toutefois, nous sommes en train de réfléchir à des modes de délégation, qui ne sont pas encore opérationnels. Ils vont permettre une décentralisation du pouvoir décisionnel, mais avec une limitation des montants des engagements et des prérogatives. Pour les projets les plus techniques où une expertise spécifique s’avère nécessaire, nous faisons appel à des collègues de Londres qui travaillent sur les mêmes problématiques dans nos autres pays d’opération. L’accord de siège, signé au mois de septembre dernier par le ministre de l’économie et des finances, précise le cadre de déploiement pratique et clarifie les détails opérationnels de notre présence dans le Royaume.
Actuellement, notre équipe est constituée de onze personnes dont quatre dédiées au «Small Business Support», qui suivent ainsi les projets et accompagnent les PME en amont et en aval de la décision d’investissement, et cinq banquiers rompus aux lignes de crédit et au risque financier. Des collègues qui viennent de Londres nous rejoignent aussi pour des missions longues. D’ici peu, nous serons une vingtaine, en plus d’un appui ponctuel du siège pour assurer une forte présence locale et une intervention efficace.

Justement, quel est votre mode d’intervention sur le terrain ?

Nous intervenons de deux façons. La première est de prêter directement aux entreprises qui ont des besoins de financement, ou à travers des prises de participation dans le tour de table. Nous intervenons aussi indirectement par le biais d’intermédiaires, en l’occurrence les banques locales marocaines auprès desquelles nous mettons en place des lignes de crédits à placer auprès de leur clientèle. Toujours dans le financement indirect, la BERD est également présente dans le tour de table de quatre fonds de capital investissement, en l’occurrence Maroc Invest, Capital Invest, Mediterranea Capital et Abraaj.  
Lorsque cela est nécessaire, notre partenariat avec les banques commerciales englobe tout le côté support à la mise en œuvre de la ligne de crédit, comme par exemple pour la ligne de crédit dédiée à l’efficacité énergétique en cours de finalisation. C’est-à-dire l’accompagnement sur le terrain, la formation des banquiers sur les différents produits et toute la logistique du réseau interbancaire entre les clients et les récipiendaires de ces fonds.
Notre grande force est de bénéficier d’un retour d’expérience de nos clients, à travers le financement direct, ce qui nous aide à connaître les grandes orientations du marché et ainsi à adapter nos offres de financement. La plupart des autres organisations consœurs qui n’investissent qu’à travers des lignes de crédit auprès des banques n’ont pas ce retour d’expérience du terrain.

De par vos statuts, vous n’êtes pas une banque commerciale. Sur quoi se basent donc vos comités pour retenir ou évincer un projet donné ?  

Comme on est une banque internationale avec un mandat, nos équipes vont se charger de regarder des aspects très particuliers des projets à financer, notamment la responsabilité sociale et environnementale, les politiques d’achat des projets publics qui sont régis par des standards en matière d’achat, la politique genre ainsi que la politique de gouvernance du client. Cet ensemble d’aspects constitue une sorte de charte de la banque. Toutefois, en parallèle à cette analyse par critère, les comités vont émettre une opinion sur la qualité du projet en termes de risque crédit, de faisabilité économique et de rentabilité financière.
A cet égard, la BERD n’a pas vocation à financer des projets qui ne seraient pas viables économiquement et financièrement, chaque projet est donc jugé pour ses qualités financières et ses propres mérites. C’est vrai que nous avons une signature internationale AAA, que nous disposons de plus de 30 milliards d’euros de capitaux, mais cela ne veut pas dire pour autant que nous pouvons donner du financement librement. En revanche, il y a des actions où l’on peut intervenir et qui sont intéressantes pour nous d’un point de vue commercial. On peut être complémentaire aux banques tout en s’alignant sur les taux du marché. Nous ne pratiquons pas de taux bonifiés. Nous venons avec une offre concurrentielle adaptée à des besoins particuliers qui n’ont pas encore une réponse sur le marché.

Vous insistez sur le fait que vos solutions vont être complémentaires à celles des banques domestiques et des autres grands bailleurs de fonds au Maroc, tout en apportant un plus au marché. Comment ?

La complémentarité de notre offre consiste en l’introduction de certains produits financiers peu usuels en raison des pratiques bancaires locales, de l’absence d’un cadre juridique adapté, ou du manque de l’assistance nécessaire aux clients pour aborder ce type de produits. La BERD répond alors en proposant un produit qui n’existe pas sur le marché.
Pour ce faire, nous veillons à bien étudier la requête des clients, les assister techniquement si besoin est. L’opération mezzanine avec Citruma en est un exemple. L’autre rôle innovant de la BERD est aussi d’être un catalyseur dans les émissions obligataires à travers notre image qui est empreinte d’un côté international et qui peut très bien aider des investisseurs, surtout étrangers, à participer à une levée de fonds obligataires. Nous avons expérimenté cela avec les levées de BMCE Bank et Zalagh. La prime de risque payée fut la même que pour les autres investisseurs. En d’autres termes, il s’agit de porter le message auprès d’autres investisseurs étrangers pour leur dire que la BERD souscrit à des émissions obligataires et qu’eux aussi peuvent en faire autant. C’est un effet d’entraînement sur des produits innovants.
Nous avons aussi été, grâce au concours précieux des autorités marocaines, la première banque non domestique à être autorisée à lever des dirhams par le biais de «swaps» de devise, dirhams que nous remettons à la disposition de nos clients dans le cadre de nos investissements.
Sans être totalement novatrice, la BERD peut aussi apporter de la complémentarité avec des «seniors lenders» en capitalisant sur la relation privilégiée entre la banque et le client. La banque pourra aussi envisager une plus forte exposition envers un client sur lequel les établissements bancaires marocains ont atteint leur niveau d’endettement maximum.