Annulations, baisse des réservations, taux de remplissage en chute…, les hôteliers dépriment

Dans la majorité des villes, le taux de remplissage des hôtels est en-dessous de 40%. Les diplomates marocains à  l’étranger appelés à  s’activer pour rassurer les marchés émetteurs et lever l’amalgame avec ce qui se passe dans d’autres pays de la région.

Les déclarations rassurantes des officiels et autres leaders d’opinion n’y font rien : le secteur touristique est bel et bien dans une mauvaise passe, principalement à cause des conflits politiques qui secouent la région d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Le plus inquiétant c’est que les professionnels de ce secteur semblent à court d’idées pour faire face à cette crise. Certes, les chiffres qui illustrent cette crise ne sont pas encore compilés, mais les tendances et les impressions des hôteliers et des voyagistes sont là pour témoigner de la gravité de la situation.
A pareille époque, explique Jean Jacques Bouchet, DG de Fram au Maroc, «les destinations demandées par nos clients sont le Maroc, l’Egypte et la Tunisie, et si depuis déjà quelques années les ventes de dernière minute ont pris une place importante, cette fois-ci, on n’y compte pas vraiment». Le DG de Fram estime la baisse des réservations de ces dernières semaines à 50%, même si, précise-t-il, un tout petit frémissement est ressenti depuis quelques jours.
Selon cette même source, il n’y aura pas de grands changements dans le comportement du Français candidat au voyage, tant que les journaux télévisés des grandes chaînes françaises font leur ouverture sur les événements qui secouent la région. Néanmoins, il se félicite du fait que lors des dernières marches organisées le 20 mars dans plusieurs villes du Maroc, les manifestants se sont comportés avec une grande responsabilité.
D’une manière générale, et dans toutes les villes touristiques, les hôteliers filent du mauvais coton, et on s’estime plutôt satisfait quand l’établissement affiche un taux de remplissage de 35 à 40%. «Cela permet au moins de limiter les dégâts», résume un hôtelier de Marrakech.
Il est aujourd’hui clair que des annulations et, dans le meilleur des cas, des reports sont enregistrés dans le tourisme d’entreprises (séminaires, incentive et autres). Sur les segments des tour-opérateurs et des individuels, personne ne se risque à formuler des prévisions. Selon une source à la Fédération nationale du tourisme (FNT), «l’idée aujourd’hui est de faire face à la communication négative sur le pays et de maintenir la pression pour imposer notre point de vue auprès des donneurs d’ordre, en organisant des road show dans les marchés émetteurs» .

Communiquer, expliquer, rassurer

A Marrakech, qui en pareille période devrait être en plein boom, la plupart des hôteliers expliquent qu’en dehors de ceux qui se trouvent dans ce qu’ils appellent le Triangle d’or, c’est-à-dire au quartier l’Hivernage et alentours, les établissements affichent des taux de remplissage en baisse de 20 à 30 % par rapport à la même période de l’année dernière.
A Tanger, c’est aussi le calme plat et, constate le président du CRT, Mustapha Boucetta, le marché espagnol est en recul de 19% au mois de février et la tendance devrait se poursuivre dans les semaines, voire les mois qui viennent. Les professionnels de Tanger devaient d’ailleurs se réunir mercredi 23 mars avec le DG de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) pour réfléchir aux mesures à prendre.
A Agadir, Abderrahim Oumani, président du CRT, souligne que «le problème réside dans l’annulation des groupes», car, explique-t-il, «il y a un amalgame entre ce qui se passe ailleurs et ce qui se passe au Maroc». Mais, conclut-il, «je ne suis pas pessimiste, car là où nous allons dans les marchés émetteurs, nous expliquons aux décideurs qu’il n’y a pas de raison de s’alarmer». M Oumani fait allusion aux derniers salons de Berlin et de Moscou. Reste à savoir si ce sera suffisant.
A Fès, les responsables du CRT, tout en affirmant que les choses sont difficiles en ce moment, n’avancent pas de chiffres quant au niveau des réservations ou des annulations.

Une présence plus marquée sur internet

La plupart des professionnels sont d’accord pour dire qu’il faut non seulement intensifier la communication sur l’image du pays, mais surtout communiquer autrement. Et chacun y va de ses arguments. «Sortir de cette situation dépend de la promotion et le Maroc a tout intérêt à changer son fusil d’épaule, car la promotion classique ne paie plus», souligne un hôtelier de Marrakech, qui suggère que l’ONMT investisse de l’argent pour être présent sur les grands moteurs de recherche tel Google ou d’autres pour que le Maroc apparaisse à chaque clic des internautes.
Selon lui, acheter des mots clé sur internet est important, car le Maroc a été le premier à capitaliser sur les vols low-cost qui vont de pair avec internet.
Un autre professionnel en appelle directement aux ambassades et aux diplomates marocains à l’étranger, notamment en Europe où se trouvent nos principaux marchés émetteurs pour qu’ils jouent leur rôle en étant présents dans les débats sur la région qui sont nombreux sur les chaînes de télévision européennes, et notamment françaises. L’idée est partagée par un voyagiste qui dit avoir reçu un fax d’annulation d’un groupe de 250 personnes avec comme motif la une d’un quotidien national qui montre en exergue les incidents qui ont eu lieu dernièrement à Khouribga. «Aujourd’hui, dit ce voyagiste, la promotion du Maroc doit se faire sur le plan politique pour éviter les confusions». Mais il dit aussi n’avoir vu «aucun diplomate marocain expliquer ce qui se passe ici sur une chaîne française, par exemple, même si au soir du 20 mars, on s’est réjoui de ne pas faire l’ouverture des chaînes européennes».