Anapec, la grande désillusion

L’accueil est désastreux, les moyens font défaut et le conseil est inexistant.
Les chercheurs d’emploi, pratiquement livrés à eux-mêmes, s’y accrochent par manque d’alternative.

«Hé, vous, qu’est- ce que vous voulez?». Le ton agressif étonne et déstabilise. La préposée à l’accueil à l’agence de l’ANAPEC située sur le boulevard d’Anfa à Casablanca n’aime apparemment pas être dérangée par les chômeurs en quête d’emploi. Son interlocuteur est un jeune diplômé venu se renseigner pour la première fois au sujet des prestations offertes par l’agence. «Je voudrais avoir des informations», réplique-t-il, pris au dépourvu. «Au sujet de quoi?». «De la recherche d’un emploi bien sûr !». Rires de la quinzaine de personnes présentes dans le hall de l’agence, face à l’inanité de la question. Indifférente aux sarcasmes, la responsable de l’accueil, blasée, continuera quelques minutes son show avant de se résigner à fournir quelques renseignements à ce candidat à l’emploi. Puis, sans répondre à ses multiples interrogations, elle vaque à d’autres occupations.
Cette scène ridicule, à elle seule, reflète la qualité des prestations offertes par l’ANAPEC, l’agence lancée en grande pompe par le premier gouvernement d’alternance et censée dynamiser l’intermédiation de l’emploi après l’échec de l’expérience des CIOPES. L’établissement, qui, à son lancement en 2001, avait suscité les craintes des cabinets de recrutement privés, est aujourd’hui dénigré par ses propres clients.
Le froid de l’accueil est aggravé par l’état des lieux. Des offres d’emploi punaisées ici et là, sans classification thématique. Des conseils «pratiques» pour la recherche d’emploi affichés sans harmonie visuelle sur des tableaux délabrés, … aucune séduction pour les visiteurs. Les murs peints en blanc sont crasseux. Aucun document n’est tenu à la disposition des jeunes, ni plaquette, fiche ou dossier de présentation. Il faut se munir d’un stylo et prendre note de ce qui est affiché. Une perte de temps pour les chercheurs d’emploi. La borne informatique dans un coin de la salle semble insolite dans ce décor.
Au premier étage, le «conseiller». Pire que l’agent d’accueil. Il n’accorde aucune importance à votre présence. «J’ai du travail. Je vous expliquerai lorsque vous reviendrez munis de toutes les pièces du dossier. Leur liste est notée sur un «mika» (comprendre fiche en plastique) au rez-de-chaussée». No comment.

Des informations non actualisées
Après discussion avec les personnes qui viennent solliciter l’agence, il est clair qu’ils ne croient pas au miracle mais tentent malgré tout leur chance. Sait-on jamais ? Mais l’espoir, ténu, s’amenuise au fil du temps. «J’ai un BTS en informatique. Cela fait plus d’un an que j’ai déposé mon dossier. Je n’ai jamais été contacté. Je doute que nos dossiers soient suivis», soupçonne un jeune «client» de l’ANAPEC. Un autre, la quarantaine bien entamée, venu pour la première fois déposer son dossier, franchit la porte de sortie, visiblement dépité.
A l’agence Zellaqua, «spécialisée» depuis le 3 janvier dans l’accompagnement à la création d’entreprises, le décor est légèrement différent. Le sourire est au rendez-vous, mais la qualité de l’accueil y fait également défaut. Par exemple, vous quitterez l’agence sans jamais connaître le nom du «conseiller spécialisé» qui vous a accueilli, car à aucun moment il ne s’est présenté. Face à vos interrogations, et en dépit de la bonne volonté qui l’anime, il se contentera de vous réciter par cœur une présentation qu’il ressort apparemment à tous les visiteurs. Vos questions ciblées n’auront jamais de réponse. «Nous assurons également un suivi post-création… pour analyser les taux d’échec», ajoute-t-il. Inscrit dans une démarche négative, votre «conseiller spécialisé» vous met mal à l’aise. Et pourquoi ne pas analyser les taux de succès ? Si vous réclamez un prospectus présentant les nouvelles prestations de l’agence, il vous remettra, après dure recherche auprès de ses collègues, un flyer, avec cette mise en garde : «Il n’est pas actualisé. Ne prenez pas en considération les informations du dernier bloc». Il gardera la fiche visiteur que vous avez remplie et vous promettra un appel téléphonique. Vous n’y croyez pas vraiment.
L’agence semble dépourvue de moyens. La salle de réunion a pour seuls meubles trois chaises dont une cassée et renversée et un téléphone posé à même le sol. Vous garderez toutefois un bon souvenir de l’agent de sécurité posté à l’entrée de l’agence. Son sourire vous fera oublier un tant soit peu votre déception.
Et si l’ANAPEC faisait appel à un cabinet privé pour recruter son propre personnel ? Dans une logique de performance, l’idée n’est pas saugrenue. Les résultats ne peuvent être que meilleurs n

«J’ai du travail. Je vous expliquerai lorsque vous reviendrez avec toutes les pièces du dossier. La liste est notée sur une fiche au rez-de-chaussée».
No comment.

Avec un budget de 43,5 millions de DH pour 24 agences, l’Anapec n’a visiblement pas les moyens de sa mission. La qualité du service s’en ressent.