Amo des pauvres : le démarrage reporté à  janvier 2008

La décision a été prise le 22 mai : le schéma du Ramed doit être affiné.
8,5 millions de bénéficiaires au lieu de 15 millions comme initialement prévu.
Les démunis relatifs devront payer 150 DH de cotisation par an.

Ce n’est plus en juillet 2007 mais plutôt en janvier 2008 que les économiquement démunis disposeront d’une couverture médicale. C’est ce qui a été décidé lors de la réunion, tenue le 22mai dernier, à  la Primature. Réunion au cours de laquelle la commission chargée des ressources financières du Ramed (Régime d’assistance médicale aux personnes démunies) a exposé les conclusions de ses travaux.

Il a également été précisé que le système entrera en vigueur simultanément dans toutes les villes du pays. Il n’est donc plus question d’une application progressive en commençant par certains sites sélectionnés, d’autant plus que «le dispositif est ficelé», commente une source proche du dossier.

Les dossiers seront instruits par les arrondissements
Le report de la date de démarrage permettra, selon des sources proches du dossier, d’élaborer les textes d’application de ce système de couverture médicale. Le travail sera entamé dans les tout prochains jours par la commission juridique chargée du suivi. Autre changement, c’est finalement une population de 8,5 millions de personnes, dont 4,5millions de démunis relatifs (dont la dépense annuelle varie entre 3 960 et 6 899 DH) et 4 millions de démunis absolus (dont la dépense annuelle est inférieure à  3 960 DH), qui en bénéficiera et non 15millions comme cela avait été annoncé dans le scénario de départ. Aujourd’hui, c’est donc 28% de la population nationale qui est concernée par ce régime.

Outre la détermination exacte du nombre de personnes à  couvrir, la commission a pu affiner les autres critères d’éligibilité de la population à  couvrir, le panier des soins et le montage financier du régime. Pour la ville comme pour la campagne, le taux de pauvreté de la commune est un élément déterminant dans l’octroi de la carte d’indigence. Les personnes nécessiteuses seront sélectionnées sur la base de 230 critères établis par la commission, étant entendu que ces critères varient selon lemilieu. Ainsi, dans le rural, sont intégrés dans la grille des critères le patrimoine de la famille, les biens immobiliers possédés, le bétail…

Dans les villes, en revanche, c’est le revenu monétaire qui constituera la principale référence. Ces critères ont été testés dans cinq villes/localités différentes, notamment la wilaya de Casablanca, Taroudant, Azilal, Khémisset et Salé. Cette démarche a permis, selon des membres de la commission, d’«affiner et de rectifier, si nécessaire, les critères de sélection, d’une part, et, d’autre part, d’évaluer les possibilités de fraude éventuelle».

Les ressources du Ramed seront gérées par l’Anam qui les budgétisera et les répartira entre hôpitaux Pour éviter les tentatives de falsification, la Primature a recommandé une nécessaire collaboration entre le ministère de l’intérieur et l’Agence nationale de l’assurance maladie (Anam). Dans la pratique, les informations et les dossiers seront instruits au niveau des arrondissements. Ensuite, ils seront transmis à  l’agence qui s’occupera des immatriculations et de l’octroi des cartes d’adhésion. Afin de suivre l’évolution sociale des bénéficiaires, les cartes seront renouvelées chaque année pour les démunis relatifs et tous les deux ans pour les démunis absolus. En dehors des critères de sélection, la commission a aussi annoncé, lors de sa dernière réunion, le montant du budget alloué au financement du Ramed.

Celui-ci s’élèvera à  2,6 milliards par an et sera augmenté annuellement de 1,9% jusqu’à  2010.Ce budget sera cofinancé par l’Etat, les collectivités locales et les démunis relatifs. Ces derniers, il faut le rappeler, et contrairement aux démunis absolus, devront payer une cotisation annuelle de l’ordre de 150 DH.

Par ailleurs, des négociations sont en cours pour déterminer les contributions de l’Etat et des collectivités locales. Selon un premier schéma, on avance que les 2/3 du financement seront pris en charge par l’Etat et le tiers restant par les collectivités sachant que rien n’est encore définitivement arrêté. En revanche, l’on sait de manière sûre, que les ressources seront gérées par l’Anamqui recevra les dotations du Ramed. Concrètement, l’agence se chargera de leur budgétisation et de leur répartition selon les besoins de chaque hôpital. Pour ce qui est des soins, les bénéficiaires du Ramed disposeront du même panier que les assurés couverts par l’Assurance maladie obligatoire (Amo).

Ils sont pris en charge pour les 41 maladies lourdes et pour les médicaments ainsi que les soins ambulatoires y afférents. La couverture prévoit également une prise en charge de la femme enceinte et de l’enfant âgé de moins de douze ans. L’équipe de Driss Jettou ne pourra certes pas fêter le démarrage de ce système, qui aura été un des plus importants chantiers de son mandat. Mais il lui revient de plein droit de l’inscrire dans son bilan qui, sur le plan social, contient des réalisations notables, même s’il reste encore beaucoup à  faire.