AMO des indépendants : un marché substantiel pour l’industrie pharmaceutique et la médecine privée

A l’horizon 2025, le Maroc espère atteindre un taux de couverture médicale universel de la population de 90%. Le secteur privé devrait bénéficier de l’affluence des nouveaux adhérents de l’AMO. La CNSS dit être prête à accueillir la nouvelle population d’assurés.

La loi relative à l’Assurance maladie obligatoire (AMO) des indépendants a été adoptée par la première Chambre. Elle permettra à 10 millions de personnes de bénéficier d’une couverture médicale et donc d’une meilleure prise en charge de leurs maladies. A l’horizon 2025, le Maroc espère atteindre un taux de couverture médicale universel de la population de 90%. Pour l’instant, l’AMO couvre un tiers de la population et le Ramed (régime d’assistance médicale) un quart. Ce qui correspond à près de 60% de la population marocaine.

Avec l’entrée en vigueur de l’AMO des indépendants, des opportunités s’offrent aux différents protagonistes du secteur de la santé, à savoir les hôpitaux publics, les cliniques, les médecins, les laboratoires d’analyses, les pharmaciens et l’industrie pharmaceutique qui devraient s’attendre à une meilleure affluence, plus de commandes et par conséquent une augmentation de leur chiffre d’affaires. «L’AMO va sûrement dynamiser le secteur de la santé au Maroc. Son impact sera visible à long terme sur tous les aspects socioéconomiques du pays. Pour l’industrie pharmaceutique, une meilleure couverture et une meilleure prise en charge de la maladie auront des retombées positives sur l’évolution des volumes des ventes de médicaments. Ce qui permettrait d’augmenter sensiblement la consommation actuellement fixée à 413 dirhams/personne/an, la plus faible de la région MENA», espère Layla Sentissi, directrice exécutive de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP). Mais le médicament ne représente que 22% des dépenses de santé. Les consultations chez les cabinets de médecins privés, les prestations de santé dans les cliniques et les analyses chez les laboratoires représentent la plus grande partie des dépenses de santé. Selon Mohamed Benaguida, président de l’Association nationale des cliniques privées (ANCP), la nouvelle demande sera adressée au secteur privé.

Dix millions de bénéficiaires

«Dès que le patient a une couverture médicale, il s’adresse au secteur privé de la santé. C’était le cas des adhérents de la CMIM (Caisse mutualiste interprofessionnelle marocaine) qui ont opté pour le privé dès leur adhésion. Déjà aujourd’hui, 90% des dépenses de prestations de soins de l’AMO sont destinés au secteur privé. Il y aura donc une opportunité croissante de soins vers ce secteur qui doit mettre à niveau son infrastructure et son organisation bien qu’il demeure complémentaire au public», insiste-t-il.

Cela dit, le Maroc est doté d’une infrastructure hospitalière insuffisante. Le nombre de lits est estimé à un total de 35 000 dont 10 000 à 11000 dans le privé. Ce qui correspond à 1 lit pour 10 000 habitants. On compte un médecin pour 1600 habitants, alors que les normes de l’OMS sont de 1 pour 1000. Il existe donc un besoin criard en infrastructures de santé.

Et pour rendre le système plus efficace, la médecine privée veut construire un modèle d’optimisation des coûts des soins tout en améliorant les prestations de santé. En tout cas, la loi 61-13 qui intéresse les opérateurs économiques à investir dans le secteur de la santé devrait aider à résorber les déficits en matière d’unités de soins. A terme, les investisseurs lorgnent également les bénéficiaires du Ramed qui se dirigent encore vers l’hôpital public. «Jusqu’à présent, le régime de solidarité de l’AMO marche bien et soigne sans délais à moindre coût. Ses caisses ont 25 milliards de DH d’excédents budgétaires», déclare M. Benaguida. L’AMO rembourse les frais prodigués dans le privé à hauteur de 70% et ceux de l’hôpital public à hauteur de 90%. Sa prise en charge de maladies chroniques (tels que le diabète, les pathologies lourdes, l’hépatite C, les maladies auto-immunes) peut aller jusqu’à 100%. «Mais il faut attendre 6 mois après l’ouverture des inscriptions à la CNSS pour commencer à bénéficier de l’AMO», remarque Saad Agoumi, président du Collège national syndical des médecins spécialistes privés. Le délai devrait être encore plus long avant que la première catégorie de bénéficiaires, en l’occurrence les catégories professionnelles organisées (médecins, pharmaciens, architectes, avocats, taximen…), puissent en bénéficier. Ce qui représente une population inférieure à un million de personnes, en attendant l’organisation des artisans, des commerçants, des agriculteurs et des autres professions libérales. En fin de compte, le total sera de 10 millions de bénéficiaires.

La CNSS se dit pour sa part prête à accueillir les populations concernées. «Nous avons mis à jour nos systèmes d’informations et finalisé les recrutements nécessaires sans omettre la communication avec les professionnels pour récupérer les bases de données, les identifier à la CNSS et signer les protocoles d’accord avec les banques pour payer et prélever les prestations», précise Reda Benamar, directeur des études, communication et développement de la CNSS. La tarification, elle, est sujette à la détermination de la cotisation soumise à un revenu forfaitaire par catégorie. Et ce, en concertation avec les opérateurs.

L’article 37 de loi sur l’AMO des indépendants précise que ledit texte ne devrait rentrer en vigueur que si celle relative à la retraite des travailleurs indépendants et non salariés est votée à la première et deuxième Chambre. «Les discussions entamées sur la question l’année dernière devraient reprendre cette semaine. Pour ce faire, il faut que les décrets d’application de la loi 99-15 visant à élaborer un régime de retraite au profit des indépendants et non-salariés soient publiés. Le gouvernement a déjà travaillé sur tous les décrets sauf le décret spécifique à chaque catégorie socioprofessionnelle qui régit la relation entre l’organisme de tutelle de la profession et la CNSS», déclare M. Benamar. Dès la publication de cette loi, les catégories professionnelles doivent rentrer en contact avec le législateur et la CNSS pour bénéficier de la couverture maladie obligatoire. L’intérêt pour ce type de population n’est pas seulement de bénéficier d’une protection sociale (retraite et couverture médicale) mais aussi de s’identifier suivant leur métier auprès de l’organisme.