Améliorer l’offre des soins dans les zones rurales, préoccupation majeure du ministère de la santé

Pour renforcer les ressources humaines, 70% des recrues seront affectées dans les zones rurales.
Des services d’urgences et des hôpitaux mobiles sont programmés pour les régions éloignées.
Couverture médicale des indépendants, organisation des professions paramédicales, prise en charge sanitaire des populations à  besoins spécifiques et mise en place d’un centre d’écoute pour la gestion des plaintes et des réclamations sont les autres chantiers.

L’année 2015 sera «l’Année de la santé en milieu rural». C’est ce qu’a décrété le ministère de la santé qui axera ses actions sur l’amélioration de l’offre de soins dans les zones rurales qui souffrent d’innombrables insuffisances aussi bien au niveau des moyens humains que matériels. «Nous avons déjà initié cette orientation à travers l’opération Riaya menée par le ministère de la santé suite aux intempéries qui ont touché les régions du Sud», déclare El Houssaine Louardi, ministre de la santé. Par ailleurs, ce département procédera à la mobilisation des ressources au profit du monde rural à travers la stratégie de la santé mobile. Le ministre souligne que son département affectera, dans le but de renforcer les ressources humaines, 70% des nouveaux recrutements de professionnels de santé aux zones rurales. Il tient aussi à préciser que l’amélioration des prestations sanitaires se fera grâce à la mise en place de la carte sanitaire puisque la loi 34-09 organisera l’offre publique et privée et permettra une répartition harmonieuse et équitable des soins sur le territoire.

En dehors de la priorité accordée aux zones rurales, le ministère de la santé focalisera ses actions sur quatre autres axes : la couverture médicale des indépendants, l’organisation des professions paramédicales, la prise en charge sanitaire des populations à besoins spécifiques et la mise en place d’un centre d’écoute pour la gestion des plaintes et des réclamations.
Concernant l’extension de l’AMO aux indépendants, El Houssaine Louardi précise que «la CNSS a été identifiée comme organisme gestionnaire de ce régime. Son lancement aura lieu cette année selon une démarche progressive et en concertation avec les différents départements de tutelle des catégories professionnelles concernées». La couverture des indépendants est une grande avancée puisqu’elle complétera l’édifice de la couverture sanitaire universelle au Maroc. La population concernée par ce nouveau régime est estimée à 11 millions de bénéficiaires. Soit 31% de la population totale. Le panier des soins garanti par le régime sera identique au panier de l’assurance maladie obligatoire des salariés du secteur privé. Il faut également souligner que le ministère devra activer la couverture des étudiants au cours de 2015. Ce régime sera pris en charge, rappelons-le, par la CNSS.  

Une loi pour la prise en charge des malades mentaux est à l’étude…

Par ailleurs, le ministère, après avoir renforcé les stratégies sanitaires se rapportant à la mère, l’enfant, les personnes âgées et les victimes de violence,  prévoit de mettre en œuvre trois stratégies visant la prise en charge sanitaire des malades mentaux, des populations handicapées et des populations carcérales. «Ces stratégies sont une déclinaison de plusieurs dispositions constitutionnelles relatives à ces populations», explique le ministre de la santé qui tient à souligner que la loi relative à la prise en charge des malades mentaux est actuellement à l’étude au Secrétariat général du gouvernement (SGG).

Autre chantier principal pour cette année : l’organisation des professions paramédicales. Quatre projets de loi relative à cette organisation sont actuellement en cours d’étude au SGG. Ce chantier sera finalisé avant la fin de 2015, selon le ministère. Enfin, ce dernier planche sur la mise en place, en collaboration avec le ministère du commerce, de l’industrie et des nouvelles technologies, d’un centre d’écoute pour la gestion des réclamations et des plaintes des citoyens en rapport avec leur utilisation des services de santé. Ce centre sera situé, dans un premier temps, au niveau central avant d’être déconcentré au niveau des régions dans une deuxième phase. Le ministre de la santé annonce que ces chantiers pour 2015 viendront renforcer les actions déjà lancées durant les trois dernières années et dont l’ambition est d’«améliorer les prestations sanitaires et d’équilibrer l’offre à travers l’ensemble du pays». A propos de 2014, M. Louardi souligne qu’elle a été marquée par la mise en service de 40 Urgences médicales de proximité (UMP) et la mise en place du premier hôpital mobile civil au Maroc installé dans sa première étape dans la localité rurale de Boumia dans la province de Midelt. Le ministère a également lancé le Service mobile d’urgences et réanimation (SMUR) de Marrakech. En plus  de ces services mobiles, on notera aussi la mise en service, au cours de 2014, de plusieurs structures de soins dont les plus importantes sont le CHU d’Oujda, les hôpitaux d’El Jadida, de Bouizakaren, de Mrirt et de Saaidia.

52 millions d’euros pour l’appui à la couverture médicale de base

Pour la prise en charge des personnes atteintes de cancer, le ministère de la santé a procédé à l’ouverture de quatre centres oncologiques à Fès, Rabat, Casablanca et Meknès. Deux hôpitaux psychiatriques ont aussi été créés à Marrakech et Oujda. Celui de Tétouan a été réhabilité.  
Au-delà du renforcement des infrastructures, le secteur de la santé a aussi bénéficié de ressources financières additionnelles à travers des dons de l’Union Européenne, du Fonds Mondial et de l’Allemagne. Le premier, octroyé par l’UE, est de l’ordre de 52 millions d’euros dans le cadre du programme d’appui à la couverture médicale de base. L’UE a également fait un autre don de 90 millions d’euros dans le cadre du projet de santé. Le secteur a bénéficié par ailleurs d’un don du Fonds Mondial s’élevant à 37 millions de dollars et d’un million d’euros donné par la coopération allemande en appui à un programme de biosécurité.
L’amélioration des prestations sanitaires et de la couverture médicale de base est donc la préoccupation majeure du ministère de la santé très critiqué, il faut le dire, pour les dysfonctionnements de la couverture médicale (en particulier le Ramed) et la mauvaise qualité des prestations de soins due au manque de ressources humaines et matérielles. Pour remédier aux faiblesses du secteur et permettre un large accès aux soins, le ministère a procédé, rappelons-le, à la révision des prix des médicaments. La baisse, organisée en deux temps, a permis la réduction du prix de 1700 médicaments. Ce qui permet une meilleure gouvernance du secteur pharmaceutique, d’une part, et, d’autre part, la viabilité financière des régimes de couverture médicale. Mais la baisse permettra surtout un plus grand accès aux soins et particulièrement pour les citoyens couverts par le Ramed.