Aller à  l’hôtel pendant Ramadan ? Non merci !

Les hôtels ont rivalisé d’offres alléchantes sans parvenir à  attirer les nationaux. Gratuité pour les enfants de moins de 12 ans, la demi-pension à  300 DH dans un 4* ou à  500 DH dans un 5* . Les MRE qui constituent une clientèle d’appoint pour les villes de transit sont moins nombreux. Un petit rebond est espéré durant les derniers jours des vacances scolaires.

Ne demandez surtout pas à une famille marocaine de passer le mois de Ramadan en dehors de son domicile principal, elle ne le fera pas. Dans le cas contraire, c’est pour aller en Omra. Les hôteliers ont pourtant multiplié cette année les offres généreuses pour attirer la clientèle nationale, mais rien n’y fait. La plupart des établissements, notamment à Marrakech et Agadir, mais aussi dans d’autres villes, offrent en effet la gratuité aux enfants de moins de douze ans, et pour les parents, les tarifs en demi-pension, c’est-à-dire comprenant le ftour ou le dîner, souvent sous forme de buffet, peuvent descendre jusqu’à 300 DH par personne dans un hôtel 4* et autour de 500 DH dans un 5*. Partout dans les villes touristiques, qu’elles soient situées au sud ou au nord du pays, c’est le calme plat.

L’année dernière, les hôteliers affirmaient à pareille époque qu’ils n’avaient pas beaucoup de visibilité par rapport à la fréquentation de leurs établissements durant le mois sacré et réclamaient, avec une certaine naïveté, une campagne de communication de grande envergure pour inciter les nationaux à voyager durant ce mois. Cette année, ils ont eux-mêmes mis sur le marché, en utilisant à fond internet, des offres encore plus intéressantes, appuyées pour les chaînes hôtelières par une campagne de communication dans les médias… en vain.

A l’heure actuelle, il y en a qui sont gagnés par le découragement. Selon un hôtelier de Tanger, les établissements sont vides et le resteront durant ce tout mois. Il fait remarquer que toute la côte méditerranéenne est déserte, y compris des stations comme Kabila où les propriétaires de résidences secondaires peuvent pourtant venir passer Ramadan avec le même confort que dans leur résidence principale. «Assurément, il y a quelque chose d’incompréhensible. A la veille du ramadan, tout le monde a plié bagages, soit pour rejoindre sa résidence principale, soit pour traverser le détroit, en direction de l’Espagne», conclut notre interlocuteur.

La situation est difficile, mais pas compromise

Selon Faouzi Zemrani, patron de l’agence de voyages Z Tours, qui travaille beaucoup avec les nationaux, et qui a posté sur son site les offres des hôtels de pratiquement toutes les villes du Royaume, il y a certes des réservations passées par les nationaux, mais essentiellement pour la période de l’Aid et de l’après-l’Aid. En fait, certaines familles qui n’ont pas pu prendre des vacances avant Ramadan pour une raison ou une autre (travail, calendrier des examens etc.), vont essayer de profiter des derniers jours avant la rentrée scolaire. Le hic est que ces réservations sont de courte durée. En général, la durée de séjour ne dépasse pas une semaine. Néanmoins, dans un contexte aussi difficile et incertain, tout est bon à prendre ne serait-ce que pour couvrir une partie des charges fixes.

Pour Ramadan, explique M. Zemrani sans trop d’illusions, «nous attendons de voir si les choses vont bouger à partir de la deuxième semaine». Mais fait-il remarquer à juste titre, ce mois représente certes une aubaine, mais pour des activités autres que celles liées au tourisme. Du reste, les budgets de la majorité des Marocains ne peuvent pas supporter et les excès de consommation du mois et le voyage touristique.

Selon des hôteliers de Casablanca, même les Marocains résidents à l’étranger (MRE) qui avaient comme habitude de revenir au pays durant le mois sacré, et qui passaient une nuit ou deux dans les villes de transit comme Tanger, Casablanca ou Marrakech, sont depuis deux ans aux abonnés absents. La crise économique qui sévit en Europe, notamment en France et en Espagne où vit une forte communauté marocaine, a contraint beaucoup de monde «à renoncer momentanément au retour annuel de peur de perdre certains avantages professionnels, voire leur travail tout court», souligne un voyagiste.

Maintenant, les hôteliers s’accrochent à l’espoir de voir une petite reprise dès fin Ramadan grâce, aussi, aux arrivées internationales qui sont  moins importantes actuellement.

La fréquentation des établissements hôteliers durant les mois de mai, juin et juillet signifie peut-être que la destination Maroc n’est pas trop affectée. Bien au contraire, le secteur est en train de sortir la tête de l’eau après une mauvaise année 2011 due au printemps arabe et à l’attentat du café Argana de Marrakech en avril 2011. Mais on est encore loin des performances de 2010. Il faudra donc faire preuve de perspicacité et d’agressivité en matière de communication pour maintenir la clientèle étrangère et inciter davantage de nationaux disposant d’un pouvoir d’achat à fréquenter les sites d’hébergement classés .