Aliments et protéines du Nord, un pionnier dans le segment de la nourriture pour animaux de compagnie

La société recycle des restes de poisson pour produire des aliments pour chats, chiens et poissons. Depuis 2004, elle a investi près de 45 millions de DH. Elle dispose d’une capacité de production de 700 tonnes par an exploitée à  hauteur de 30%.

On n’en parle pratiquement jamais ou rarement au Maroc. Pourtant, la fabrication d’aliments pour animaux de compagnie et poisson d’élevage est une activité promise à un bel avenir. Depuis 2004, Aliments et protéines du Nord (APN), société créée par les frères Mernissi et installée à Tanger, s’est justement lancée dans ce créneau. La création de cette société propriétaire des marques pour chiens et chats, Happy Dog et Happy Cat, est venue répondre à une démarche intégrée des différentes sociétés du groupe hollandais Seafood avec lequel «elle n’a que des liens économiques», précise la gérance.

Le procédé de fabrication repose sur la valorisation des déchets. En effet, sur un poisson de 500 grammes, il ne reste que 30% de chair et 70% de déchets après la préparation. Au lieu d’être acheminés vers la décharge publique, ces déchets sont valorisés sous forme de farine de poisson qui entre dans la composition des aliments pour poisson à hauteur de 15% à 30% et dans celle des aliments pour chiens et chats à hauteur de 15%. Le reste des ingrédients est constitué de céréales. Inédit au Maroc, ce procédé de fabrication permet de préserver les ressources marines, explique la société, qui produit également de la farine de crevette qu’elle revend aux fabricants d’aliments de bétail.

Elle revendique 90% du marché des aliments pour poisson

Dès ses débuts, l’unité de production installée sur 4 ha devait assurer la production à la fois des aliments pour poisson et des aliments pour chiens et chats pour assurer sa viabilité. Elle dispose d’une capacité de production de 700 tonnes et cumule un investissement de 45 MDH. Aujourd’hui, les marques Happy Dog et Happy Cat sont déclinées en une large gamme de produits. Les aliments pour chiens comptent par exemple une quinzaine de produits différents en fonction du gabarit ou de la race de l’animal. Tous ces produits sont commercialisés dans un vaste réseau d’intermédiaires constitué des grandes et moyennes surfaces, des vétérinaires, des magasins spécialisés et des chenils. APN revendique 15% du marché local et espère aller beaucoup plus loin. «Nous emboîtons ainsi le pas à l’Europe. Le marché des animaux domestiques se développe parce que les Marocains en adoptent de plus en plus», explique Othman El Mernissi.

Des projets de diversification pour élargir le marché

En tant qu’unique fabrique d’aliments pour poissons au Maroc, APN dispose d’un portefeuille d’une vingtaine de clients incluant Pisciculture du Nord, le Haut Commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désersification ou encore l’Institut national de recherches halieutiques, auprès desquels elle écoule directement sa production. La société tangéroise estime détenir 90% de ce marché.

APN ne se contente pas de produire des aliments. Elle accompagne l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA) et bon nombre de piscicultures du Maroc. Rappelons à ce titre que la stratégie nationale Halieutis vise une production de 200 000 tonnes à l’horizon 2020 pour l’aquaculture, contre seulement 300 tonnes actuellement. A l’échelle mondiale, 50% du poisson consommé actuellement provient d’élevages. Cette proportion atteindra 80% en 2030 et 100% en 2050. Raison pour laquelle APN met tout en œuvre pour participer à la naissance d’une véritable aquaculture nationale. Un partenariat a ainsi été mis en place avec la Faculté polydisciplinaire de Larache pour former des jeunes aux métiers de l’aquaculture. Un premier groupe de 21 jeunes a ainsi été formé l’année dernière.

En outre, APN a déposé sa candidature dans le cadre de l’appel à manifestation à intérêt pour le projet de développement de l’aquaculture marine dans la zone méditerranéenne Cap Mazari-Cap Targha, lancé par l’ANDA. La société réfléchit par ailleurs à la création d’un département dédié à la production d’engrais à partir des déchets rejetés par les poissons d’élevage et à la mise en place d’une écloserie (installation destinée à produire des œufs et des larves ou alevins, notamment de poissons, de crustacés et de mollusques) et d’une unité de réalisation de fermes aquacoles en mer.

Ces projets lui permettront sans doute d’élargir son marché. Pour le moment, l’usine ne fonctionne qu’à 30% de sa capacité. Le marché local absorbe 80% des produits. Les 20% sont exportés en France et en Tunisie. Des campagnes de prospection sont menées en Afrique subsaharienne, notamment au Sénégal et au Mozambique, pour chercher davantage de clients étrangers.