Algues marines : la saison de ramassage a démarré sous de bons auspices

Le quota des captures en 2017 augmente de 12% par rapport à 2016 du fait de la reconstitution du stock sous l’effet du plan d’aménagement des pêcheries. Setexam est la seule unité spécialisée dans la transformation de l’agar-agar. Pendant les deux mois que dure la campagne, 10 000 saisonniers, dont des plongeurs et des ramasseurs à pied, sont recrutés.

Lancée le 1er juillet, la campagne de ramassage de l’algue rouge a démarré sous de bons auspices. Premier révélateur de la bonne campagne qui se profile, à en croire Rachid Lebbar, le patron de Setexam -leader du marché marocain à l’export-, les quotas de capture ont évolué de 12%, à 7 350 tonnes sec. «Toutes les barques ramassent en moyenne 2 000 kg par jour comme durant les années antérieures à 2000», soutient-il.

Par région, El Jadida se taille comme de coutume la part du lion avec 4 950 tonnes, suivie de Boujdour et Safi avec respectivement 600 t et 520 t. Viennent ensuite Essaouira (420 t), la zone couvrant de Kénitra à Sidi Rahal (360 t) et Dakhla (100 t).

A l’export, le quota d’algue rouge à l’état brut est de 1520 t contre 967 t pour celui de l’agar-agar (gélifiant extrait de la matière première). Pour ce qui est des prix durant la campagne actuelle, celui au kg moyen humide -c’est-à-dire non séché puisqu’il est fraîchement débarqué- se situe dans une fourchette de 4 à 5 DH TTC. «Pour produire 1 kg d’agar-agar, il faut entre 24 et 26 kg d’algue rouge humide», nous explique Rachid Lebbar dont la société, créée en 1960, est un leader africain de la production de l’agar-agar.

Une biomasse régénérée et des prix valorisés

Ce qu’on appelle également l’or rouge et ses produits dérivés, en l’occurrence l’agar-agar, sont exploités comme intrants dans plusieurs industries et secteurs, à l’instar de l’agroalimentaire (confiserie, pâtisserie ou produits laitiers), la gastronomie, la microbiologie ou la cosmétologie.

Il va sans dire que l’amélioration du stock national découle directement du plan d’aménagement des pêcheries des algues mis en place dans le cadre de la stratégie Halieutis. «Pour notre pêcherie des algues, Halieutis a instauré l’idée principale que c’est la situation biologique de l’espèce qui détermine les quotas de capture, et donc oriente toute l’activité liée au secteur», explique Rachid Lebbar. «L’exploitation anarchique qui prévalait avant 2009 avait anéanti les stock puisque la cueillette se faisait en continu, alors que les algues ont besoin de se régénérer durant 11 mois (entre septembre et juillet). Maintenant, le fait de respecter le cycle biologique ces six dernières années a récompensé le secteur par une biomasse régénérée et des prix valorisés sur toute la chaîne de valeur», poursuit notre interlocuteur.

Si l’amont productif du secteur se rapproche d’année en année du bout du tunnel, l’aval de la transformation reste toujours à la traîne. Pour preuve, Setexam, dont l’usine se trouve à Kénitra, est la seule unité de transformation que compte le secteur à ce jour. «Toutes les unités de transformation ont fermé pour deux raisons principales. La première a trait à l’exploitation anarchique des années antérieures à Halieutis, tandis que la deuxième est liée au développement fulgurant de l’aquaculture dans le monde avec l’exploitation d’autres espèces agarophytes comme le Gracilaria dans le triangle du corail (ndlr, une zone de l’Océan Pacifique comprenant les eaux qui baignent la Malaisie, l’Indonésie, les Philippines et les îles Salomo)», estime le patron de Setexam. «Cette région de l’Asie produit 10 millions de tonnes par an alors que le quota de capture au Maroc était de 6 000 tonnes durant les six dernières années, ce qui fait que le prix des algues marocaines est 5 fois plus cher que celui de l’Asie», étaye-t-il. Pour résister, Setexam a sa propre recette : une offre différenciée par sa qualité et personnalisée pour chaque type de clientèle avec un focus sur des niches comme le bio, mais pas uniquement. La R&D est également prise en compte depuis les années 80 avec une équipe dédiée et un laboratoire d’algologie, ainsi que plusieurs projets de recherche avec les universitaires.

L’algoculture, une nouvelle activité pour booster le secteur

En plus des repos biologiques auxquels il faut ajouter un renforcement de la traçabilité des captures via la mise en place de plusieurs systèmes d’informations halieutiques (Samak au DPM, SIH à l’INRH), la stratégie Halieutis a également doté le secteur de l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA) dès 2011. Celle-ci compte parmi ses projets pilotes une ferme d’algoculture à Marchica près de Nador dont la production cible s’élève à 4 300 tonnes, soit plus de 70% de la production nationale. Érigée sur 28 hectares en partenariat avec le Fonds mondial pour l’environnement (FEM) et le Secrétariat d’État chargé du développement durable, sa technique d’élevage d’algue consiste en la mise en place de filets tubulaires suspendus entre cordes sub-flottantes. Pour le patron de Setexam, le développement de l’algoculture, bien qu’elle a tardé à s’installer au Maroc, ne peut être que positif pour le secteur.

En 2015, l’export de l’agar-agar a généré 250 MDH de devises et celui des algues à l’état brut 100 MDH. Au regard de l’évolution significative des quotas en 2017, le chiffre d’affaires à l’export pourrait connaître une croissance à deux chiffres.