«Les Banques Populaires régionales sont entièrement autonomes de la BCP»

Fonctions support et comité de crédit sont décentralisés au niveau de chaque BPR, leur conférant un avantage concurrentiel. La BP Rabat-Kénitra concentre plus de 10% des ressources du groupe, dont 70% sont réinvestis sous forme de crédits dans la région. La baisse du taux directeur ne se répercutera pas forcément par un allégement du coût des crédits aux particuliers.

La Banque Populaire promeut actuellement un ensemble de mesures d’accompagnement des PME. Comment l’appui à cette catégorie d’entreprises se décline-t-il à l’échelle des BPR ?

L’accompagnement de la PME, de façon générale, relève d’une mission statutaire de la Banque Populaire. Et les BPR, de manière spécifique, compte tenu de leur connaissance de l’environnement régional, assurent un accompagnement de proximité à l’égard des PME, permettant à celles-ci d’accéder à des opportunités commerciales qualifiées de nécessaires à leur développement, aussi bien au Maroc qu’à l’international. En effet, les BPR accompagnent les entreprises de toutes tailles et cela va du premier crédit de création d’entreprise aux grandes opérations d’investissement. Nous comptons à ce titre, parmi nos clients à la BP Rabat-Kénitra, des opérateurs qui ont démarré avec des lignes de trésorerie de quelques dizaines de milliers de dirhams et qui figurent aujourd’hui parmi les plus grandes entreprises nationales.
 
Pour décliner cette vocation, il est nécessaire que les ressources collectées au niveau d’une région y soient réinvesties. Or, on a l’impression que les dépôts captés au niveau national ne profitent pour l’essentiel qu’à Casablanca…

Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas de phénomène d’éviction d’une région en faveur d’une autre. D’ailleurs, le propre de notre modèle coopératif consiste à ce que les BPR collectent des ressources pour les réinvestir en substance dans cette même région. Au niveau de la Banque Populaire Rabat-Kénitra, nous réinvestissons pratiquement 70% des ressources collectées dans la région et ce pourcentage ne cesse d’augmenter compte tenu de la croissance que connaît cette aire géographique.
 
Hormis l’ancrage régional, la particularité des BPR est l’organisation en coopérative. Comment ce modèle se décline-t-il sur le terrain ?

Cette structure fait de chaque client de BPR un sociétaire et un décideur. Les clients sont en effet des sociétaires membres de l’assemblée générale qui désigne, par vote, les membres du conseil de surveillance de la BPR. Les 10 BPR implantées sur tout le territoire national comptent, actuellement, plus de 429 000 sociétaires.
 
Les BPR doivent nécessairement remonter du cash au bénéfice de leurs sociétaires. Comment concilier cette contrainte avec les objectifs de développement ?

Les bénéfices dégagés sont en grande partie réinvestis du fait de la prise en compte par nos sociétaires de l’engagement des BPR pour le développement régional. Ces profits sont employés, entre autres, dans le développement du réseau. A ce titre, la Banque Populaire Rabat-Kénitra entretient depuis longtemps un rythme d’ouverture de 25 nouvelles agences par an pour un parc qui atteint actuellement 250 agences bancaires employant près de 1 400 personnes.
 
Est-ce que les BPR disposent de toute l’autonomie nécessaire pour décliner leurs choix stratégiques ?

Les BPR sont des banques à part entière. Chaque établissement dispose de ses propres fonctions supports (ressources humaines, logistique, comptabilité et finance…) et de son propre comité de crédit. La quasi-totalité des dossiers de crédit déposés dans la région sont examinés et traités au niveau de la BPR. Cette autonomie de décision permet en outre aux BPR d’être plus réactives dans leurs réponses au client. Cela dit, il faut préciser que les BPR collaborent avec le niveau central dans certains cas. Par exemple, lorsqu’un client exprime d’importants besoins nécessitant des montages financiers complexes ou le recours à notre salle des marchés, nous nous appuyons sur l’expertise et les moyens du groupe. Le recours à ces éléments, ainsi qu’à d’autres fonctions, nous permet de profiter pleinement de la synergie intra-groupe.   
 
Comment se présentent les indicateurs d’activité de la BPR Rabat-Kénitra ?

La BP Rabat-Kénitra génère plus de 10% des ressources globales du groupe avec un total de 25 milliards de DH, soit une part de marché de 35 à 40% dans la région (hors Rabat). Le produit net bancaire a atteint 1,1 milliard de DH et nous totalisons près de 1 million de clients allant des grands institutionnels aux TPE, en passant par divers secteurs. Sans compter les particuliers et les professions libérales.
 
Qu’en est-il des créances en souffrance ?

Le taux de contentialité de la BP Rabat-Kénitra est inférieur à la moyenne nationale. Notre implantation étendue à toute la région nous permet de développer une connaissance approfondie des opérateurs, et de cerner le potentiel des secteurs. Cela nous permet d’apprécier plus finement le risque et de mieux le gérer.
n Les deux baisses successives du taux directeur semblent commencer à impacter les taux du crédit aux entreprises. A quand une baisse pour les particuliers ?
Les économies en termes de coût de refinancement que réaliseront les banques à la suite de la révision du taux directeur seront nécessairement répercutées sur les particuliers. Mais cela peut se faire autrement que par une baisse des taux de leurs crédits. En effet, les banques peuvent aussi choisir d’offrir gratuitement à leurs clients davantage de services à plus forte valeur ajoutée, notamment dans les nouvelles technologies. Par ailleurs, nous constatons que le coût du financement, tout en étant important pour la demande, n’est pas nécessairement le critère prioritaire. L’accompagnement et la qualité de service sont en effet très appréciés par la clientèle de l’entreprise, tandis que les particuliers sont très sensibles à la rapidité de traitement et de décision de leur requête.
 
Quels sont les apports du projet de loi portant réforme du Crédit Populaire du Maroc?

Le projet de loi prévoit en premier lieu que le capital social de la BCP soit détenu à hauteur d’au moins 51% par les BPR. Cela revient à consacrer la prise de participation majoritaire déjà effective des banques régionales dans l’organe central suite au désengagement de l’Etat du capital de la BCP. En second lieu, le nouveau cadre prévoit que la BCP monte à au moins 51% dans le capital des BPR. Cette nouvelle structure qui alignera le Groupe Banque Populaire sur les standards des grands groupes mutualistes internationaux contribuera à renforcer les fonds propres du groupe et, partant, la solidité financière des BPR.