«Le financement et la couverture médicale des artisans posent toujours problème»

Le ministère se penche, dans le cadre de comités mixtes, sur l’élaboration de nouveaux produits de financement plus adaptés. Un comité interministériel tente de trouver une solution à  la problématique de la couverture médicale. La nouvelle ministre estime que la Vision 2015 du secteur avance bien et qu’il n’y a pas lieu de la modifier.

Depuis votre arrivée au ministère, quelle vision adoptez-vous pour mener à bien les dossiers laissés par votre prédécesseur ?

Comme vous le savez, le secteur de l’artisanat est doté d’une stratégie de développement intitulée Vision 2015. Lancée en 2007, cette stratégie à fort contenu culturel est bien avancée. D’importants chantiers ont été réalisés et beaucoup sont en cours. Le suivi des dossiers et les visites de terrain me permettent de juger de près l’état d’avancement des projets et de prendre connaissance des réalisations pour mieux appréhender les choses.

Ecouter les acteurs, principalement les artisans et artisanes, et comprendre leurs problèmes et leurs attentes, détecter les différentes problématiques, disposer d’un état des lieux global et objectif, est primordial pour prendre les décisions adéquates et mieux cibler les interventions futures.

Pour revenir à la stratégie 2015, celle-ci ayant donné les résultats escomptés, il n’y a aucune raison de la modifier. Elle doit être menée à terme, ce qui n’empêche pas de rectifier le tir le cas échéant. Il s’agit maintenant de veiller à la réalisation rapide des projets en cours, de consolider les acquis, tout en pensant bien entendu à explorer de nouvelles voies et s’attaquer à de nouveaux chantiers comme l’artisanat de services. Quelle que soit l’option prise, l’objectif reste d’œuvrer pour améliorer les conditions de travail et de vie des artisan(e)s, de favoriser la création d’emplois, d’aider à la commercialisation des produits et d’augmenter les volumes de l’export.

Quels sont les axes prioritaires sur lesquels vous avez décidé de vous pencher ?

L’artisanat est un secteur créateur d’emplois. J’attache une attention particulière à l’élément humain qui est incontestablement le moteur de tout développement. C’est pourquoi je veille à ce que toutes les stratégies du ministère accordent une importance particulière à l’amélioration des conditions de travail et de vie et au renforcement des capacités des acteurs œuvrant dans ce secteur.

La situation n’est pas simple, particulièrement en ce qui concerne l’accès des artisans au financement ou à la couverture médicale qui nécessitent une mobilisation de tous les intervenants, notamment des bénéficiaires eux-mêmes. En 2011, une convention de partenariat avait été signée entre le ministère et trois institutions bancaires pour mettre en place des produits de financement spécifiques au profit des artisans.

La mise en œuvre de cette convention s’est heurtée à des difficultés, notamment en matière de garanties des artisans. Aujourd’hui, nous nous penchons, dans le cadre de comités mixtes, sur l’élaboration de nouveaux produits plus adaptés aux artisans.

De même, pour le volet couverture médicale, le produit Inaya n’ayant pas atteint ses objectifs, nous œuvrons dans le cadre d’un comité interministériel pour essayer de trouver une solution à cette problématique.

Les réformes législatives constituent un autre axe prioritaire : la nouvelle loi sur les coopératives qui vise à créer les conditions favorables au développement de ce secteur est actuellement au niveau de la première Chambre. Tous ces chantiers ouverts vont de pair avec la mise en œuvre des Plans de Développement régionaux de l’artisanat (PDRA), déclinaisons territoriales de la Vision 2015, et des Plans régionaux de l’économie sociale et solidaire (PDRESS) qui continue d’être une priorité.

Comment appréhendez-vous la dernière ligne droite de la mise en œuvre de la Vision 2015 ?

Les résultats de la mise en œuvre de la Vision 2015 sont plutôt satisfaisants. Les statistiques livrées par l’Observatoire de l’artisanat nous confortent dans ce constat. Ce secteur mérite qu’on lui accorde la plus grande attention et nous allons accélérer le rythme des réalisations pour maintenir la dynamique enclenchée.

Cette dynamique a permis, à certains égards, de dépasser les objectifs tracés. A titre d’exemple, il était prévu l’élaboration de six PDRA, aujourd’hui le mécanisme est élargi à toutes les régions et nous en sommes à sept PDRA déjà lancés.

L’alphabétisation fonctionnelle est une belle initiative qui a été menée parallèlement dans le cadre du programme MCC. Elle a donné des résultats inattendus. Je ne résiste pas à l’envie de vous raconter ce que m’ont demandé des artisanes de Fès à l’issue de la remise des attestations de fin de programme de formation continue : «Vous nous avez appris à lire, à écrire et à compter, nous souhaitons maintenant apprendre les langues étrangères».

Pensez-vous conserver les mêmes axes de priorité ?

Vous conviendrez qu’il y a des axes de la Vision 2015 pour lesquels le travail est de longue haleine. Il est donc nécessaire, pour ces axes-là, de continuer la mobilisation avec les mêmes efforts et le même engagement, sinon plus. Ils seront sûrement revus et enrichis, mais toujours en concertation avec nos partenaires et, surtout, avec les artisans et les artisanes et leurs organes représentatifs.

Quels seront les chantiers lancés prochainement ?

D’abord pour ce qui est des PDRA, nous nous sommes fixé l’objectif de les généraliser pour couvrir tout le territoire national. Il nous reste à achever les chantiers concernant les infrastructures afin de créer des lieux de travail respectant les normes de sécurité et de santé et de les mettre à la disposition du maximum d’artisan(e)s.

Le volet formation retient toujours notre attention. C’est un bon moyen pour drainer plus de jeunes vers le secteur de l’artisanat. Il est donc primordial de rendre plus attractive cette formation et d’en améliorer la qualité. Notre souhait est que ces jeunes optent volontairement pour cette formation et non pas qu’elle soit considérée comme un pis-aller. La santé au travail et la couverture sociale me tiennent également à cœur et constituent l’une de mes préoccupations majeures.

D’autres chantiers nous interpellent comme la promotion des produits, la qualité et le respect des normes de travail et de l’environnement, et la communication. Le volet «appui technique», avec notamment la mise en place de centres d’appui technique et des Dar Sanaa, est un autre volet à poursuivre.

Un autre chantier de taille est celui de la préservation des métiers en voie de disparition afin d’assurer la continuité et le transfert aux nouvelles générations. Nous poursuivons le programme déjà entamé.
Sur le plan juridique, des réformes législatives pour mieux accompagner les chantiers précédents sont élaborées. Elles prennent la forme de projets de lois et de décrets relatifs au secteur qui sont, soit déjà engagés dans les circuits de validation, soit en cours d’élaboration.

Que deviendra cette stratégie après 2015 ?

Je voudrais juste préciser que le contrat programme de cette stratégie, c’est 46 articles, tous activés et mis en œuvre. Il s’agit donc d’un travail énorme dont le bilan est considérable en matière de vision, d’acquis, d’expériences et de réalisations. Il va sans dire que la capitalisation sur tout ce qui a précédé s’impose, mais il est aussi important d’entreprendre un travail d’évaluation pour bien asseoir les bases d’une nouvelle vision.

Plusieurs labels ont été créés pour soutenir l’artisanat marocain. Quel impact ont-ils eu réellement sur l’activité ?

La labellisation est un atout de taille pour le produit artisanal marocain et son impact sur le développement du secteur est indéniable. L’adoption de ces marques, tout en étant progressive, est en bonne voie de généralisation auprès de tous les artisans. Les campagnes de sensibilisation menées et les visites de contrôle effectuées par le ministère sur le terrain révèlent une prise de conscience des acteurs du secteur de l’intérêt de ces marques et un respect quasi-total des normes et règlements d’usage. Aujourd’hui, 14 marques de certification sont déposées.

A titre d’exemple, la marque «Madmoun» relative aux produits de la céramique à usage culinaire, mise en place dans le cadre du programme de lutte contre les émissions de plomb et de cadmium, a permis de baisser la limite admissible des émissions de plomb de 5 mg/l à 2 mg/l, alignant le tagine marocain sur les normes internationales les plus exigeantes. Pour cette année 2014, nous projetons la certification des unités de production conformes au label national et au Label régional de Marrakech-Tensift-El Haouz. Nous avons également 17 marques en phase de préparation.

Il s’agit de la poterie d’Oued Laou, de l’étoffe d’Ouezzane, de l’étoffe du Saïss, du zellige de Fès, du Label éco tannage qui sera le 1er label écologique, du tapis Médiouna, du tapis El Haouz, des tapis ruraux, notamment ceux de Béni Ourayn, Béni Mguild, Ait Seghrouchen, Ait Youssi, Béni Mtir, Mermouche et Zayan, du bois du thuya, de la bijouterie en argent du Sud, de la maroquinerie de Taghazout et du label régional du Grand Casablanca.

2013 devait être l’année de signature du contrat-programme pour l’artisanat de service. Qu’en est-il de ce projet à ce jour ?

Un grand travail de prospection a été entrepris en ce qui concerne l’artisanat de service, ce qui nous a permis d’en avoir une meilleure connaissance. L’état des lieux est fait et nous disposons de données chiffrées et de pistes claires d’intervention.

Sur cette base, les besoins budgétaires ont été déterminés et un projet de contrat programme a aussi été élaboré. En attendant, le ministère s’est engagé dans plusieurs actions structurantes, malgré les contraintes budgétaires actuelles qui, d’ailleurs, ont aussi touché les chantiers de la Vision 2015.

Ces actions ont trait notamment à l’intégration de ce sous-secteur dans la nomenclature des activités de l’artisanat nouvellement élaborée, aux projets de zones d’activités qui sont en cours de réalisation ou en cours d’étude, à la convention relative à la formation professionnelle qui est en cours de négociation avec l’OFPPT, ou encore aux normes de qualité qui sont en cours d’élaboration, notamment pour la coiffure et les bains maures.

Une chose est certaine : la prochaine vision du ministère concernera aussi bien l’Artisanat d’Art et de production que l’Artisanat de service. De la sorte, l’ensemble des 2,3 millions artisans du secteur seront couverts par cette vision.

L’année dernière a également connu le lancement de la construction du village d’artisans à Oued Laou et d’une zone d’activités à Khémis Zmamra. Quel est l’état d’avancement de ces chantiers ?

A ce stade, ces chantiers avancent à un rythme soutenu. Le village d’artisans d’Oued Laou qui comprend 5 ateliers professionnels, 2 salles d’exposition, 4 boutiques, des salles de formation, un bloc administratif, et une cafétéria, est achevé à 50%. Pour ce qui est de la zone d’activités de Khémiss Zmamra, dont la réalisation se fait par tranches, la 1ère tranche composée de 44 unités a été achevée et 30 unités sont déjà en activité.

Pour la 2e tranche, les travaux ont démarré pour 10 unités et la mobilisation du foncier par le Conseil municipal est en cours pour les tranches restantes. Globalement, le programme de construction et d’aménagement des espaces de production-vente de l’artisanat et dont l’objectif est de mettre à la disposition des artisans des espaces adaptés à leurs besoins se déroule de façon satisfaisante.

Sept plans de développement régionaux de l’artisanat ont été signés et 4 autres attendaient leur signature à fin 2013. Où en est l’exécution des PDRA déjà signés et quand seront signés les quatre autres ?

Je voudrais juste rappeler que le contrat programme de la Vision 2015 ne prévoyait que six PDRA à l’horizon 2015. Nous avons donc dépassé les objectifs de la stratégie. D’un autre côté, bon nombre de projets inscrits dans les PDRA ont été réalisés et leurs retombées commencent déjà à se faire ressentir.

A titre d’exemple, pour le PDRA de Fès, le premier à être signé, les objectifs ont été globalement atteints et ils ont même été dépassés en matière de création d’emplois. Trois autres PDRA sont en instance de signature. Il s’agit de ceux de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër, du Grand Casablanca et celui de Tadla- Azilal.

Trois PDRA sont en phase de finalisation, celui de  Tanger-Tétouan, de Taza-El Hoceima-Taounate et de l’Oriental. Les études relatives aux PDRA des régions de Chaouia-Ouardigha, du Gharb-Chrarda-Bni Hssen et de Doukkala-Abda sont en cours de réalisation.