Aid Al Adha : Les professionnels recommandent les souks organisés

Les éleveurs ont évité de répercuter la totalité du coût de production du bétail. Les prix sont plus élevés dans les garages et autres locaux ou lieux de vente à l’intérieur des villes.

Les prix du mouton du sacrifice sont jugés élevés, voire exorbitants dans certains lieux de vente. Alors que l’offre est abondante par rapport à la demande, les prix ne devraient pas augmenter selon la fameuse loi de l’offre et de la demande. Visiblement, cette fois il n’en est rien. Comme l’ensemble des produits alimentaires et autres ont connu une envolée des prix, par conséquence directe des effets de la crise russo-ukrainienne, ou par opportunisme, les prix du mouton ont suivi la même tendance. Il fallait s’y attendre quand même, ne serait-ce qu’au vu des conditions climatiques par lesquelles est passé le Maroc ces deux dernières années. En effet, la sécheresse qu’a connue le pays l’année précédente, exacerbée davantage en cette année, a mis les éleveurs dans une situation d’inconfort vis-à-vis de leur bétail, au point que pendant le début de cette année, les prix ont affiché des baisses considérables. Et pour cause, les éleveurs cherchaient à se «débarrasser» de leurs bêtes, ne trouvant plus de quoi les entretenir. A ces conditions pour le moins favorables, s’est ajoutée cette guerre entre la Russie et l’Ukraine qui a propulsé les prix des aliments du bétail à des niveaux jamais atteints auparavant. Heureusement que l’Etat a mené un plan de sauvetage auprès des éleveurs, entre autres, en mobilisant une enveloppe budgétaire consacrée à la subvention de l’orge, produit essentiel à l’alimentation du bétail.

A côté de cela, des précipitations pluviométriques ont permis d’améliorer le parcours végétal et donc la nourriture du bétail. Et le résultat est une amélioration de l’état de santé du bétail, et de la situation des éleveurs. Cela n’a évidemment pas été sans prix. En effet, M’hammed Karimine, président de la Fiviar, explique que cette situation a engendré une hausse remarquable du coût de la production, allant jusqu’à 30% par tête. Cela, en raison évidemment de la progression fulgurante des coûts des aliments destinés au bétail et importés de l’étranger dont notamment le maïs et l’orge dont le prix a plus que doublé pendant des périodes de cette année.

Cet alourdissement du coût de production n’a pas été répercuté entièrement sur le prix de vente sur le marché, l’éleveur préférant comprimer sa marge plutôt que de faire subir des perturbations dans un marché qui était déjà assez instable. D’ailleurs, les prix au kilo n’ont pas subi de changements significatifs dans les boucheries, si ce n’est reprendre leur niveau normatif.

Maintenant que l’Aïd approche, des informations circulent ci et là, attestant de prix de vente élevés par rapport à ceux de l’année dernière, des augmentations pouvant aller jusqu’à 30%. Le vice-président de la Comader, Rachid Benali, explique que ces hausses sont le fait uniquement des intermédiaires qui, profitant de la situation globale d’augmentation des prix, appliquent des marges faramineuses. L’éleveur, lui, ne profite aucunement de cette situation. Au contraire, il vend à plus ou moins le même prix de l’année précédente.

En revanche, M.Karimine ne voit pas cela du même œil. Pour lui, les intermédiaires ont toujours fait partie de la chaîne de valeur de la filière. Ils ont toujours existé et ce n’est pas en cette période qu’ils vont pratiquer des augmentations injustifiées. Il faut savoir que les prix ont en moyenne augmenté de 10 à 15% au niveau de la commercialisation au client final.

Autrement dit, sur les 20 à 30% supplémentaires de coût de production subis, les éleveurs n’en ont répercuté que le tiers ou au maximum la moitié. Ce qui ne couvre même pas leurs charges. «Cette pression à la hausse peut être expliquée également par la baisse de l’offre en cette année de 10% par rapport à l’année précédente», souligne M.Karimine. En effet, l’offre est estimée actuellement à plus de 7 millions de têtes disponibles. Bien qu’en baisse, elle reste abondante par rapport à une demande comprise entre 5,6 et 6 millions de têtes cette année. D’autant plus, l’arrivée des MRE en cette saison estivale est de nature à stimuler la demande et maintenir donc les prix élevés.

Il n’en demeure pas moins que nos sources recommandent de s’orienter vers les marchés organisés ou ceux mis en place par le ministère, et d’acquérir les moutons identifiés. Dans un souk situé à l’extérieur d’une ville, un mouton coûte dans les 2 000 DH, avec une moyenne de 50 DH/kg, alors que dans les garages ou lieux de vente situés à l’intérieur des villes, il est commercialisé à 3000 ou 3 200DH, soit un gain pouvant atteindre 1 200DH ou même plus par rapport au profit réalisé dans une période normale.