Aïd Al Adha, c’est 8,4 milliards de DH qui changent de mains en quelques jours

Rien que pour le mouton, le budget global tourne autour de 6,4 milliards de dirhams.
Epices, limonade, thé, sucre, couteaux…, les petites dépenses font exploser le budget.
Du vendeur de paille au boucher d’un jour en passant par les opérateurs télécoms, l’Aïd est source de recettes exceptionnelles.

Aà¯d Al Adha est un grand jour – ne l’appelle-t-on pas Aà¯d El Kébir ? – pour les musulmans, et les dépenses engagées sont à  l’avenant. Mais on se focalise sur le coût du mouton et on a tendance à  oublier les autres petites charges qui, mises bout à  bout, représentent une somme qui donne le vertige.
Concernant l’achat du mouton, si l’on considère que sur les 6 millions de ménages marocains, seuls 4 millions procèdent au sacrifice, sur la base d’un prix unitaire moyen de 1 600 DH, ce poste totalise 6,4 milliards de DH. S’ajoutent à  cela les épices achetées spécialement pour l’occasion. Plusieurs familles moyennes questionnées estiment ce coût à  100 DH. Un montant équivalent est destiné à  l’acquisition de petits ustensiles comme les brochettes, les petits plats ou les couteaux.
Il ne faut pas, non plus, oublier des dépenses exceptionnelles pour les légumes du couscous du jour de l’Aà¯d, la harira du lendemain, sans compter la limonade, le thé, le sucre et le charbon, dont la consommation augmente de manière vertigineuse tout au long de la semaine.
D’autres opérations occasionnent des frais qui paraissent anodins mais qui, au niveau d’un pays, prennent des proportions énormes. Il s’agit du transport et de la manutention du mouton, de sa garde, de la paille, l’échaudage et le brûlage de la tête et des pieds du mouton. D’ailleurs, le temps d’une matinée, à  raison de 20 DH par mouton sur un total de 4 millions de têtes, on en arrive à  un chiffre d’affaires de 80 MDH (moins que cela en réalité car certaines ménagères s’acquittent elles-mêmes de cette tâche).
Concernant la création d’emploi d’un jour, l’Aà¯d est un jour faste pour les bouchers, professionnels ou improvisés. Petit calcul mental: sachant que le sacrifice a lieu entre 9 heures et 14 heures, combien faut-il de bouchers pour venir à  bout de 4 millions de têtes ? Un vétérinaire des abattoirs explique qu’il faut près de 10 minutes à  un boucher professionnel pour égorger et dépiauter un ovin. Evidemment, les bouchers d’un jour mettront plus de temps pour accomplir la même opération. Alors, sur la base de 30 minutes par bête, combien de bouchers circulent dans le pays durant les 300 minutes o๠l’on procède au sacrifice, sachant que chacun d’entre eux ne pourra prendre en charge plus de 10 bêtes ? Cela nous donne 400 000 bouchers qui percevront une rémunération de 100 DH par tête d’ovin, soit 400 MDH qui changent de poche dans ce laps de temps. A titre d’illustration, une ville comme Casablanca compte 2 000 bouchers professionnels, ce qui donne une idée du nombre de bouchers improvisés ce jour- là , et de leurs aides d’un jour.
Mais le calcul n’est pas fini. Le lendemain de l’Aà¯d, autre opération au calendrier : le dépeçage. Il y a une telle demande pour cette opération que l’enseigne Acima, par exemple, propose les services de ses bouchers pour 50 DH par bête. Un petit tour dans certains magasins, samedi dernier, a montré qu’ils avaient connu une grande affluence. Normal puisque, ailleurs, les bouchers, qui avaient flairé la demande, exigeaient le double pour la même opération.

Jour de fête aussi pour les opérateurs téléphoniques
Et ce n’est pas tout, car les opérateurs télécoms, eux aussi, se frottent les mains. On peut en effet estimer que chaque ménage, sans parler des enfants, rechargent pour 50 DH au moins pour souhaiter bonne fête aux parents et connaissances. D’ailleurs, les réseaux des trois opérateurs connaissent des flux si importants que les niveaux de saturation et les taux d’échec d’appels atteignent des chiffres très élevées. Là  aussi, une simple multiplication aboutit à  un chiffre d’affaires de l’ordre de 200 MDH, soit 0,66 % du CA annuel du secteur réalisé en 2006.
En résumé, et à  supposer que toutes les dépenses annexes hors achat du mouton se montent à  500 DH par ménage, la facture atteint 2 milliards de DH, soit une dépense globale des ménages pour l’Aà¯d de 8,4 milliards de DH. Si ces derniers prévoient d’acheter (ou de faire à  la maison) au moins deux ou trois sortes de gâteaux, soit quelques dirhams qui s’ajoutent à  une facture déjà  lourde, heureusement, durant cette fête, ils s’abstiennent de consacrer un budget à  l’habillement, reporté à  Achoura !