Agrumes : la production en phase avec les objectifs du contrat-programme

Durant la campagne 2016-2017, les exportations ont progressé de 22% par rapport à la campagne précédente, à 650 000 tonnes. Le marché local a absorbé 1,56 million de tonnes. Malgré des conditions climatiques défavorables, la production de la prochaine campagne ne devrait pas être impactée.

«La production de la filière des agrumes au titre de la campagne 2017-2018 ne sera pas impactée par les conditions climatiques défavorables». C’est ce que relève l’Association des producteurs d’agrumes du Maroc (ASPAM). Cette perspective s’explique, à en croire Ahmed Derrab, secrétaire général de l’ASPAM, par l’entrée en production de nouvelles plantations suivant le schéma public-privé (PPP).

Sur une superficie totale s’élevant à 125 000 ha, la filière agrumicole a produit -au titre de la campagne sortante- 2 336 000 tonnes dont 650000 t destinées à l’export, soit 28%. «Par rapport à la campagne 2015-2016, le volume destiné à l’export a évolué de 22%», soutient Ahmed Derrab. Selon lui, cette évolution est «due essentiellement aux efforts de concertation et de coordination entre les professionnels et le ministère de tutelle via l’Établissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (EACCE), réunis dans le comité de coordination des exportations».

Toujours selon les chiffres de l’ASPAM, l’Union européenne s’est taillé la part du lion en important 35% des agrumes marocaines durant la campagne 2016-2017, talonnée par la Russie (35%) et l’Amérique du nord (17% répartie comme suit : 11% pour le Canada et 6% pour les États-Unis) ainsi que le reste du monde (5%). «Notre travail de coordination a permis d’assurer un équilibre harmonieux entre les destinations de nos produits. Nous avons pu revenir en force en U.E en passant en quelques années de 30 à plus de 40% ou réduire le volume dédié au marché russe en passant de 50 à 35%, tout en maintenant notre présence en Amérique du nord», explique M. Derrab.

Au rééquilibrage par destination des volumes exportés, il faut ajouter celui du profil variétal des agrumes en diminuant la prédominance des petites agrumes au profit d’autres variétés d’orange.
Un circuit de distribution local inadapté

De son côté, le marché local a absorbé durant la campagne sortante pas moins de 1,56 Mt, soit 67% de la production totale. «Des circuits de distribution non adaptés ou la multiplicité des intermédiaires provoquant un écart important entre le prix en amont et le prix en aval sont les principaux problématiques sur le marche local», peut-on lire dans un document de l’ASPAM.

Pour remédier à ces carences, l’interprofession compte agir sur plusieurs volets pour organiser le marché local, notamment en organisant l’offre d’agrumes et en aidant et en encourageant les producteurs à commercialiser directement leurs productions. Il s’agit également de lancer une campagne de promotion pour augmenter la consommation intérieure.

Quant à la transformation, activité pourtant stratégique, elle n’a collecté que de 50000 t, soit 2% de la production totale. En cause, des difficultés liées à l’irrégularité de l’approvisionnement des usines et aux variations des cours internationaux de sous-produits d’agrumes. A l’instar d’autres filières agricoles, l’agrumiculture devra profiter du contrat-programme de l’agro-alimentaire -dont Maroc-Citrus, membre de l’ASPAM a été l’un des signataires- qui prévoit un partenariat entre l’amont productif et l’aval industriel avec le soutien du gouvernement.

Notons par ailleurs que la freinte -c’est à dire les agrumes avariées- représente quant à elle près de 3% de la production totale.

Résultats positifs du contrat-programme

Lié à l’Etat par un contrat-programme couvrant la période 2009-2018, la filière des agrumes s’est ainsi fixé plusieurs objectifs, entre autres une superficie plantée ou renouvelée de 50 000 ha et une production de 2,9 Mt dont 1,2 Mt à l’export. L’investissement prévu est de 9 milliards de DH dont 6 milliards apportés par le privé et 3 milliards par l’État.

«Nous comptons dépasser légèrement l’objectif en termes de production et de nouvelles plantations. Dans l’export, nous restons un peu loin de l’objectif puisque nous sommes actuellement à près de la moitié du volume ciblé», commente M. Derrab. «Le marché des agrumes est hyper concurrentiel à l’international. Nos concurrents directs (l’Espagne, l’Italie et la Grèce) se situent -à l’exception de la Turquie et d’Israël- tous dans l’espace européen bénéficiant ainsi de la proximité des clients et des avantages liés à l’appartenance à un grand marché commun», argue le secrétaire général de l’ASPAM.

Pour donner un coup d’accélérateur à l’export, l’ASPAM promet de redoubler les efforts dans tout ce qui a trait à l’encadrement technique des agriculteurs et la concertation avec les autres intervenants à l’instar des ports. «Nous formons nos membres et organisons des ateliers au profit des techniciens et des ouvriers pour améliorer la qualité du produit ainsi que gérer tous les risques liés aux différentes étapes du verger jusqu’au client final», soutient Ahmed Derrab. «Sans vous ennuyer avec des détails trop techniques, nous conseillons par exemple les ouvriers de ne pas arracher les fruits mais de les cueillir conformément aux standards. Nous recommandons à nos membres d’éviter tout traitement phytosanitaire 15 jours avant la livraison des commandes pour éviter la présence de résidus au moment du contrôle à l’arrivée dans les ports étrangers. Bref, nous encadrons les producteurs pour améliorer la qualité et minimiser les nombreux risques sur tous les maillons de la chaîne», illustre-il.

Le poids socioéconomique de la filière agrumicole est conséquent à en juger par son apport en termes d’emplois avec 150 000 postes dont 100 000 dans les vergers. Dans le milieu rural, l’agrimuculture est une source de revenu principal pour 8 000 familles de producteurs, toujours selon les données de l’ASPAM.